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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2400158

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2400158

mercredi 7 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2400158
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantLAUNOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire, enregistrées les 19 janvier et 6 février 2024, M. C A, représenté par Me Launois, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre la décision du 27 novembre 2023 par laquelle la directrice territoriale de Caen de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié la cessation des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir, à titre provisoire, les conditions matérielles d'accueil dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et ce, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- il est dans une situation de particulière vulnérabilité dès lors qu'il bénéficie d'un contrat d'hébergement précaire pour deux mois dans une structure qui est fermée de 9 heures à 15 h 30.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- l'OFII n'a pas tenu compte des observations écrites présentées par son conseil, adressées par lettre recommandée dans le délai de quinze jours imparti ; dès lors, la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure ;

- l'OFII n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- il a reçu une convocation datée du 16 mai 2023 pour se rendre à la préfecture le 31 juillet 2023, ainsi qu'une convocation pour le 27 juin 2023 aux fins de renouveler son attestation ; il s'est présenté le 27 juin 2023 à la préfecture mais pas le 31 juillet 2023, pensant que cette deuxième convocation lui avait été adressée par erreur ; il n'a jamais reçu de convocation pour se rendre à la préfecture le 25 septembre 2023 ; dès lors, la décision attaquée est entachée d'erreur de fait ;

- l'OFII, qui s'est cru en situation de compétence liée, a commis une erreur de droit ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en l'absence de circonstances exceptionnelles justifiant une privation totale du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII a méconnu l'article 20 de la directive 2013/33/UE.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le requérant était informé qu'il devait se présenter à toutes les convocations de l'administration ;

- la convocation pour le 25 septembre 2023, qui a été expédiée à son adresse de domiciliation par courrier postal, n'a pas été retirée en temps utile et a été retournée à l'administration ;

- dès lors, le requérant s'est lui-même placé dans la situation d'urgence qu'il invoque ;

- il ressort des termes de la décision attaquée que l'OFII a pris en compte la situation du requérant ;

- le requérant ne présente aucune vulnérabilité particulière imposant sa prise en charge au titre des conditions matérielles d'accueil ;

- ses absences ne peuvent pas être regardées comme légitimes ;

- la décision attaquée n'a pas pour effet de porter atteinte à sa dignité.

M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 23 janvier 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 3 janvier 2024 sous le n° 2400018 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision du 27 novembre 2023 de la directrice territoriale de Caen de l'OFII lui notifiant la cessation des conditions matérielles d'accueil.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bénis, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu les observations :

- de Me Launois, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Elle précise que le courrier adressé par voie postale pour une convocation le 25 septembre 2023 n'a pas pu lui être remis en l'absence d'indication de son numéro de domiciliation.

L'audience a été suspendue afin que Me Launois puisse prendre connaissance du mémoire en défense de l'OFII enregistré le 6 février 2024 à 10 h 04.

L'OFII n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A ressortissant guinéen né le 3 juin 2000 à Conakry, a présenté une demande d'asile le 16 mai 2023, qui a été enregistrée dans le cadre de la procédure Dublin. Il a obtenu le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier du 27 novembre 2023, la directrice territoriale de Caen de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a notifié à M. A la cessation des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en omettant de se présenter aux dates prévues pour ses entretiens à la préfecture. M. A demande la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.

5. Pour justifier de l'urgence, le requérant soutient qu'il est dans une situation de particulière vulnérabilité dès lors qu'il bénéficie d'un contrat d'hébergement précaire pour deux mois dans une structure qui est fermée de 9 heures à 15 h 30. Il ressort des pièces du dossier que M. A, lorsqu'il a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 16 mai 2023, s'est vu remettre le même jour en main propre une convocation en vue d'un entretien à la préfecture prévu le 31 juillet 2023 à 10 heures. Il est constant qu'il ne s'est pas rendu à cet entretien. La préfecture de la Seine Maritime a expédié le 31 juillet 2023 sous pli recommandé, à l'adresse de domiciliation de M. A chez France Terre d'Asile, une nouvelle convocation pour le 25 septembre 2023 à 10 heures. Le pli contenant cette convocation, qui n'a pas été retiré, a été retourné le 24 août 2023. Le requérant fait valoir que l'enveloppe n'a pas pu lui être remise en l'absence de mention de son numéro de domiciliation. Or, M. A a bien reçu le courrier du 2 octobre 2023 notifié à la même adresse de domiciliation et l'informant de l'intention de l'OFII de prononcer la cessation des conditions matérielles d'accueil, alors que le numéro de domiciliation n'était pas indiqué sur l'enveloppe contenant ce courrier. Ainsi, M. A, qui a été déclaré en fuite le 26 septembre 2023 en raison de sa non-présentation à deux convocations à la préfecture de la Seine-Maritime, s'est lui-même placé dans la situation d'urgence qu'il invoque. Compte tenu de ces éléments, la condition d'urgence ne peut pas être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions aux fins de suspension de la requête de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais liés à l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Launois et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Calvados et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Fait à Caen, le 7 février 2024.

Le juge des référés,

Signé

F. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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