jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2400399 |
| Type | Décision |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LEBEY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 février et 24 avril 2024, M. B A, représenté par Me Lebey, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2024 par lequel le préfet de la Manche a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Manche de réexaminer sa demande de renouvellement d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui verser directement dans l'hypothèse où il ne bénéficierait pas de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il a été signé par une autorité ne disposant pas d'une délégation de signature régulière ;
- il est insuffisamment motivé ;
- son droit à être entendu a été méconnu dès lors qu'il n'a pas pu présenter ses observations devant la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur de fait en retenant qu'il ne s'est pas présenté à la commission du titre de séjour ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il participe effectivement à l'éducation et à l'entretien de ses enfants ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 432-1 de ce même code ; il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- cette décision méconnait les dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et présente des garanties de représentation ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions de refus de délivrance d'un titre de séjour et de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur ce territoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2024, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 24 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas,
- et les observations de Me Lebey, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 26 mai 1986, est entré irrégulièrement en France le 6 mars 2011. Le 1er mai 2012, il a fait l'objet d'une réadmission Schengen à destination de l'Italie. Une première obligation de quitter le territoire français a été prise à son encontre le 3 avril 2015, puis une seconde le 7 juin 2016. La légalité de cette dernière a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Caen du 21 septembre 2016. Un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français lui a été délivré, valable du 28 mai 2018 au 27 mai 2019, régulièrement renouvelé jusqu'au 26 novembre 2021. Il en a sollicité le renouvellement le 30 juin 2020 et le 3 décembre 2021. Par arrêté du 8 février 2024, le préfet de la Manche a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de deux ans. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-87 du 1er septembre 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, numéro spécial n° 1, et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Manche a donné délégation à Mme Perrine Serre, secrétaire générale de la préfecture de la Manche, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Manche, à l'exception de certains actes dont ne fait pas partie l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes sur lesquels il se fonde, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 423-22, L. 423-23, L. 432-1, L. 435-1, L. 611-1, L. 611-3, L. 612-1, L. 721-3, L. 722-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il rappelle, en outre, les principaux éléments de la situation administrative de M. A, les condamnations pénales dont il a fait l'objet, l'existence de ses trois enfants et leur situation ainsi que l'avis émis le 25 novembre 2022 par la commission du titre de séjour. L'arrêté attaqué comportant la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de ce qu'il serait insuffisamment motivé doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-7, () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Aux termes de l'article L. 423-7 du même code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article R. 432-14 du même code : " Devant la commission du titre de séjour, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé ".
5. Avant de refuser le renouvellement du titre de séjour de M. A en qualité de parent d'enfant français, le préfet de la Manche a saisi pour avis la commission du titre de séjour. Il ressort des pièces du dossier que celle-ci s'est réunie le 25 novembre 2022, en l'absence de l'intéressé, et qu'elle a émis un avis défavorable à sa demande. Si le requérant soutient qu'il s'est présenté en préfecture aux date et heure de sa convocation mais n'a pas été conduit devant la commission par le personnel de la préfecture, il ne produit aucun élément permettant d'étayer ses allégations, ni ne fait, au demeurant, état des éléments circonstanciés qu'il n'aurait dès lors pas pu faire valoir auprès de la commission et qui auraient été de nature à influer sur le sens de l'avis qu'elle a rendu ou sur les décisions en litige. Dans ces conditions, le défaut d'audition de M. A par la commission du titre de séjour n'a pas été de nature à le priver d'une garantie. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
6. En premier lieu, il ressort des termes de la décision contestée que le préfet de la Manche a procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait été empêché de présenter ses observations devant la commission du titre de séjour. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ". Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A est père de trois enfants. Son premier enfant, C, né le 25 mai 2016 de son union avec une ressortissante britannique, ne dispose pas de la nationalité française. Ses deux autres enfants, D, né le 5 octobre 2017, et Illyes, né le 19 décembre 2018, sont de nationalité française. M. A est toutefois, depuis 2019, séparé de la mère de ses deux derniers fils, chez qui ils résident habituellement, et il n'établit pas, par les quelques pièces qu'il produit, à savoir une demande d'aide liée au handicap de D et quelques photographies non datées, participer effectivement à l'entretien et l'éducation de ses enfants de nationalité française depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans à la date de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
11. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Manche a également refusé de renouveler le titre de séjour dont M. A était titulaire au motif que sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 2 juillet 2015 à une peine de six mois d'emprisonnement ferme pour vol aggravé par deux circonstances, le 25 avril 2018 à deux mois d'emprisonnement pour usage de faux documents administratifs, le 23 avril 2019 pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, le 31 août 2020 pour conduite d'un véhicule terrestre à moteur sans assurance et en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, et enfin le 9 mars 2022 à trois mois d'emprisonnement avec sursis probatoires pour des faits de récidive de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Si M. A fait valoir qu'il n'a, depuis, fait l'objet d'aucune condamnation et qu'il a la capacité et la volonté de s'insérer, le préfet de la Manche n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant, eu égard au caractère répété et pour certains très récents des faits commis par M. A, que la présence de celui-ci représente une menace pour l'ordre public et en refusant, pour ce motif, de renouveler sa carte de résident.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, en l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. M. A se prévaut de la présence en France de ses enfants et de sa relation avec une ressortissante française. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il entretiendrait avec ses enfants des liens d'une particulière intensité, sa relation de couple étant, par ailleurs, récente à la date de la décision contestée. En outre, ainsi qu'il a été dit, il a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales et représente une menace pour l'ordre public, aucun élément ne démontrant une quelconque insertion socio-professionnelle en France. Dans ces conditions, et alors même qu'il allègue vivre en France depuis plus de dix ans, le préfet de la Manche, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de mener une vie privée et familiale normale.
15. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et doit, par suite, être écarté.
16. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions politiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
17. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait des liens intenses avec ses enfants, ni qu'il subviendrait à l'entretien et à l'éducation de son fils ainé, placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance, et de ses deux plus jeunes garçons. Au surplus, M. A ne fait état d'aucun obstacle à ce qu'il puisse rendre des visites régulières à ses enfants en France. Par suite, ce moyen doit être écarté.
18. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; ".
19. La décision portant obligation de quitter le territoire français opposée à M. A, qui s'est vu refuser le renouvellement du titre de séjour, ne peut être regardée comme méconnaissant les dispositions précitées de l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
20. L'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
21. M. A a fait l'objet de nombreuses condamnations pénales pour des atteintes aux biens et aux personnes. Dès lors, c'est à bon droit que le préfet de la Manche a refusé d'accorder un délai de départ volontaire au motif que l'intéressé représente une menace réelle et actuelle à l'ordre public.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
22. En l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
23. Aux termes de L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
24. Pour interdire à M. A de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans prévue par les dispositions précitées, le préfet de la Manche s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé représente une menace à l'ordre public. Toutefois, il ressort de ce qui précède que M. A est père de deux enfants français et d'un enfant placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance, à l'égard desquels il établit exercer ponctuellement son droit de visite. Dans ces conditions, en lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans le préfet de la Manche a commis une erreur d'appréciation.
25. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 8 février 2024 prise à son encontre portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
26. Eu égard aux motifs qui la fonde, l'annulation, par le présent jugement, de la seule décision d'interdiction de retour n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
27. L'Etat n'étant pas, pour l'essentiel, la partie perdante dans la présente instance, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 8 février 2024 du préfet de la Manche est annulé en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans à l'encontre de M. A.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Lebey et au préfet de la Manche.
Copie sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Macaud, présidente,
- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,
- Mme Sénécal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
SIGNÉ
C. DUCOS DE SAINT BARTHELEMY DE GÉLAS
La présidente,
SIGNÉ
A. MACAUDLa greffière,
SIGNÉ
E. BLOYET
La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. Bloyet
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00589
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00031
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00061
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00081
09/04/2026