lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2401421 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | URGENCE- Etrangers |
| Avocat requérant | ABDOU-SALEYE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif d'Orléans le 31 mai 2024 et transmise par une ordonnance de renvoi le 6 juin 2024 au tribunal administratif de Caen, enregistrée sous le numéro 2401455, M. B A, représenté par Me Abdou-Saleye, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2024-124 du 30 mai 2024 par lequel le préfet du Calvados a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur le refus de séjour :
- il est illégal dès lors que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- il est illégal dès lors que le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour ;
- il méconnaît son droit à une vie personnelle et familiale normale ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation sur la menace à l'ordre public.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire le prive de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation sur la menace à l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Des pièces complémentaires ont été produites à l'audience par M. B.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 3 juin 2024 sous le numéro 2401421, M. B A, représenté par Me Abdou-Saleye, demande au tribunal :
1°) de joindre la présente procédure avec la procédure contre le refus de séjour et les décisions subséquentes ;
2°) d'annuler l'arrêté n° 2024-AR0231 du 1er juin 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a assigné à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la requête est recevable et que la décision portant assignation à résidence :
- est entachée d'incompétence ;
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de l'obligation de quitter le territoire français ;
- est disproportionnée ;
- méconnaît son droit à la vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 1er juin 2024 le juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire d'Orléans a prononcé la mainlevée de la rétention administrative de M. B A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les mesures prises par l'autorité préfectorale en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Abdou-Saleye, représentant M. A.
Le préfet du Calvados n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée au terme de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant turc, né le 19 octobre 1982 à Istanbul (Turquie), a sollicité le 3 mars 2021 le renouvellement d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté n° 2024-124 du 30 mai 2024 et un arrêté n° 2024-AR0231 du 1er juin 2024, dont il est demandé les annulations, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination, a pris une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans et l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2401455 et n° 2401421 soulèvent les mêmes questions, concernent la même situation et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sans délai :
3. Cet arrêté comporte deux séries de décisions qu'il importe de distinguer au regard de l'office du juge désigné.
S'agissant de la décision portant refus du titre de séjour :
4. Il résulte des dispositions des articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, qu'il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français dont il pourrait être saisi, ainsi que des conclusions à fin d'injonction et de celles relatives aux frais du litige. En revanche, il n'appartient pas au juge désigné de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant refus de séjour.
5. Par suite, les conclusions de la requête de M. A dirigées contre l'arrêté n° 2024-124 du 30 mai 2024 en tant que, par cet arrêté, le préfet a refusé son titre de séjour relèvent de la compétence de la formation collégiale du tribunal et, dès lors, doivent être renvoyées à celle-ci.
S'agissant de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, refusant le délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans :
6. D'une part, aux termes, du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
7. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français le 11 janvier 2001. Le requérant fait valoir qu'il a bénéficié de titres de séjour portant mention " vie privée et familiale " du 17 septembre 2009 au 6 février 2019. Il est constant que M. A est marié depuis 21 juillet 2005 avec une ressortissante française. M. A vit avec son épouse et ont trois enfants âgés de 17, 16 et 10 ans qui ont toujours vécu en France et qui sont scolarisés. M. A est propriétaire avec son épouse de quatre biens immobiliers avec revenus fonciers dont leur résidence principale se situe sur la commune d'Ifs. M. A a été propriétaire et gérant de la société " Entreprise Simon " jusqu'en 2019. Il déclare toujours travailler dans cette société qui est aujourd'hui au nom de son épouse. M. A justifie de nombreuses attestations de bonne intégration de sa famille et établit des liens intenses, stables et anciens en France. Dans ces conditions, nonobstant deux condamnations pénales pour des faits de menace contre une personne en charge d'un service public et pour aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour d'un étranger, faits anciens commis entre 2017 et 2018 et non réitérées, M. A est fondé à soutenir que le préfet du Calvados, en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, eu égard aux conséquences d'une séparation avec ses trois enfants et en raison de la fragilité inhérente à l'enfance, qui justifie une protection juridique particulière, une atteinte aux intérêt supérieurs de ses enfants garantis par les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990.
9. La décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai délivrée à l'encontre de M. A étant entachée d'une erreur de droit doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination ainsi que la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
S'agissant de l'arrêté portant assignation à résidence :
10. Pour les mêmes raisons que celles développées ci-dessus, M. A est fondé à soutenir que l'assignation à résidence édictée par l'arrêté n° 2024-124 du 30 mai 2024 doit être annulée par voie de l'exception tirée de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
11. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que les conclusions de la requête de M. A dirigées contre la décision portant retrait d'un titre de séjour, figurant dans l'arrêté n° 2024-124 du préfet du Calvados du 30 mai 2024 doivent être renvoyées devant la formation collégiale. Ce même arrêté, qui oblige M. A à quitter le territoire français sans délai, refuse l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixe le pays de destination et prononce une interdiction de retour pendant une durée de cinq ans, ainsi que l'arrêté n° 2024-AR0231 du préfet du Calvados du 1er juin 2024, portant assignation à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours, doivent être annulés.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
13. En raison du motif qui la fonde, la demande d'annulation de la décision du préfet du Calvados figurant dans l'arrêté n° 2024-124 du 30 mai 2024, qui l'oblige à quitter le territoire français sans délai, implique nécessairement, sous réserve de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'une autorisation provisoire de séjour soit délivrée au requérant sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative :
14. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 500 euros à verser à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : Les conclusions de la requête de M. A dirigées contre la décision portant refus d'un titre de séjour, figurant dans l'arrêté n° 2024-124 du préfet du Calvados en date du 30 mai 2024 sont renvoyées devant la formation collégiale.
Article 2 : Les décisions du préfet du Calvados figurant dans l'arrêté n° 2024-124 du 30 mai 2024, qui obligent M. A à quitter le territoire français sans délai, refusent l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixent le pays de destination et prononcent une interdiction de retour pendant une durée de cinq ans, ainsi que l'arrêté n° 2024-AR0231 du préfet du Calvados du 1er juin 2024, portant assignation à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours, sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Calvados de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'État versera la somme de 1 500 euros à M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Abdou-Saleye et au préfet du Calvados.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.
Le rapporteur,
signé
P. C
Le greffier,
signé
N. BELLA
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. Bella
2, 2401455
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601104
Le Tribunal Administratif de Caen, statuant en urgence, rejette la requête d'un demandeur d'asile contestant son refus d'entrée sur le territoire. Le juge estime que la demande d'asile était manifestement infondée et que la procédure, notamment la délégation de signature et l'audition par visioconférence, était régulière. La décision s'appuie sur les articles L. 352-1 et L. 352-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2600400
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en urgence, annule l'arrêté du 2 février 2026 par lequel le préfet de l'Orne avait obligé M. B..., ressortissant russe, à quitter le territoire français sans délai. La solution retenue se fonde sur l'autorité de la chose jugée attachée à un précédent jugement du 28 janvier 2026, qui avait déjà annulé un arrêté similaire pour atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale (article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme). Le tribunal considère que la nouvelle décision, identique dans son fondement et ses motifs, méconnaît cette autorité, malgré une modification de la durée de l'interdiction de retour.
09/02/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2402991
18/11/2024
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2402979
13/11/2024