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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401929

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401929

mercredi 22 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401929
TypeDécision
Formation2ème chambre
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2024, M. B, représenté par la SELARL Eden avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, dans l'attente du réexamen de sa situation ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de procéder au retrait de son nom dans le fichier des signalements aux fins de non-admission ou d'interdiction de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

S'agissant de la décision portant refus d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- elle fait une inexacte application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnait ses dispositions.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale portant refus d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays d'éloignement :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale l'obligeant à quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 14 août 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juin 2024.

Par une ordonnance du 25 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Absolon, première conseillère,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais né le 25 août 1999, est entré régulièrement sur le territoire français le 6 septembre 2019 muni d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ", valable du 2 septembre 2019 au 2 septembre 2020. M. A a ensuite bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 2 septembre 2022, puis d'un titre de séjour temporaire valable jusqu'au 2 septembre 2023, lesquels revêtaient la mention " étudiant ". L'intéressé a demandé le 16 juillet 2023, le renouvellement d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 mars 2024, le préfet du Calvados a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, mentionne les dispositions sur le fondement desquelles M. A a présenté sa demande, et expose les motifs sur lesquels le préfet du Calvados s'est fondé pour refuser son admission au séjour. Elle satisfait ainsi aux exigences de motivation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'elle serait insuffisamment motivée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation de M. A. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". En outre, aux termes de l'article L. 433-1 du même code : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte () ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que sur cinq années d'études, le requérant n'a validé aucun diplôme. S'il a été inscrit au titre de l'année 2019/2020, en licence L1A chimie à l'université de Caen Normandie, il ressort de ses relevés de notes qu'il a obtenu des moyennes de 9,157 sur 20 pour la première session et de 9,307 sur la seconde session. L'intéressé s'est donc réinscrit dans cette formation au titre de l'année universitaire de 2020/2021, au cours de laquelle il a obtenu les moyennes de 10 sur 20 à la première session et de 0,178 sur 20 à la seconde session. Il ressort également des relevés de note que pour l'année 2021/2022, le requérant a été inscrit en licence L2A chimie dans la même université, obtenant une moyenne de 7,718 sur 20, puis une moyenne de 4,738 sur 20. Si le requérant a recommencé cette formation en 2022/2023, ses moyennes ont été limitées à 8,604 sur 20 pour la première session et à 7,811 sur 20 pour la seconde session. Pour justifier ses résultats, le requérant fait valoir que le décès de son frère en mai 2021 l'a affecté psychologiquement. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé mentale du requérant l'a réellement et sérieusement empêché de suivre ses études. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande de titre de séjour, le préfet du Calvados aurait entaché sa décision d'une inexacte application des dispositions citées au point 4 et d'une méconnaissance de ces mêmes dispositions.

6. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 mars 2024 lui refusant l'admission au séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, en application des dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français qui accompagne la décision de refus de titre de séjour n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de cette décision. La décision de refus de titre de séjour étant, ainsi qu'il a été dit au point 2, suffisamment motivée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

8. En deuxième lieu, pour les motifs exposés aux points 2 à 5, le moyen tiré de ce que la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français reposerait sur un refus de séjour illégal doit être écarté.

9. En dernier lieu, pour l'application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré régulièrement sur le territoire français en 2019. Le requérant se borne à faire valoir que d'une part, la décision litigieuse le priverait de poursuivre et de terminer ses études, et que d'autre part, il entretient une relation amoureuse depuis août 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que sa relation de couple est très récente. En outre, l'intéressé ne fournit aucun élément probant susceptible d'établir des liens intenses, stables et anciens en France, et ne justifie pas être isolé en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

12. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui la fondent. Par suite, elle est suffisamment motivée.

13. En second lieu, pour les motifs exposés aux points précédents, le moyen tiré de ce que la décision attaquée portant fixation du pays d'éloignement reposerait sur une décision illégale portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 mars 2024 fixant le pays d'éloignement.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les () décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

16. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour indique dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve M. A. Elle fait par ailleurs état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels le préfet a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence M. A sur le territoire français et à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France. Elle est ainsi suffisamment motivée.

17. En deuxième lieu, pour les motifs exposés aux points précédents, le moyen tiré de ce que la décision attaquée reposerait sur une décision illégale portant obligation de quitter le territoire, doit être écarté.

18. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

19. Pour les motifs de fait exposés au point 10, les moyens tirés de ce que la décision attaquée aurait une inexacte application des dispositions précitées, de ce qu'elle méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé doivent être écartés.

20. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Calvados a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à la SELARL Eden avocats et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Marchand, président,

- Mme Pillais, première conseillère,

- Mme Absolon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2025.

La rapporteure,

Signé

C. ABSOLON

Le président,

Signé

A. MARCHANDLe greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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