mercredi 9 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2402468 |
| Type | Décision |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BERNARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 septembre 2024 et le 10 mars 2025, M. A B, représenté par Me Bernard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 juillet 2024 par laquelle la directrice territoriale de Caen de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié la cessation totale de ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à la date du 18 juin 2024, dans un délai de cinq jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'est pas motivée en fait ;
- il n'a pas été mis à même de présenter efficacement ses observations avant la réception de la décision mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil, en contrariété avec les exigences posées par l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle lui reproche à tort d'avoir volontairement dissimulé qu'il bénéficiait déjà d'une protection internationale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée le place dans le dénuement le plus total, en contrariété avec les articles L. 550-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les dispositions de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et celles de l'article 1er de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle se fonde sur les dispositions relatives aux conditions de cessation des conditions matérielles d'accueil alors que l'OFII entend en réalité lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure, l'OFII ayant décidé de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil, au lieu de les lui refuser, afin de pouvoir fonder sa décision sur le manquement aux exigences des autorités en charge de l'asile, lequel ne figure pas au nombre des motifs de refus énumérés par l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pringault, conseiller ;
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public ;
- et les observations de Me Bernard, avocate de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, de nationalité afghane, a présenté une demande d'asile le 18 juin 2024, qui a été enregistrée dans le cadre d'une procédure accélérée. Il a obtenu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Après avoir constaté qu'il avait déjà obtenu la protection internationale en Grèce le 24 mars 2022, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a fait part, le 18 juin 2024, de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de fournir les informations utiles à l'instruction de sa demande. Par un courrier du 9 juillet 2024, la directrice territoriale de Caen de l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'a informé de la cessation totale de ses conditions matérielles d'accueil. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 554-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil () est écrite et motivée () ".
3. En l'espèce, la décision attaquée mentionne que M. B a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées le 18 juin 2024 et que l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié son intention de mettre totalement fin à ses conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargés de l'asile en s'abstenant de fournir les informations utiles à l'instruction de sa demande d'asile. Cette formulation stéréotypée ne précise pas les informations utiles à l'instruction de sa demande d'asile qu'il n'aurait pas fournies. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 9 juillet 2024 par laquelle la directrice territoriale de Caen de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié la cessation totale de ses conditions matérielles d'accueil doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. L'exécution du présent jugement implique que l'Office français de l'immigration et de l'intégration procède au rétablissement des conditions matérielles d'accueil de M. B à compter du 9 juillet 2024, date de prise d'effet de la décision annulée, jusqu'à la date à laquelle il a cessé de remplir les conditions pour en bénéficier. Il lui est enjoint d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Bernard, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Bernard de la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 9 juillet 2024 portant cessation totale des conditions matérielles d'accueil de M. B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, au rétablissement des conditions matérielles d'accueil de M. B à compter du 9 juillet 2024 jusqu'à la date à laquelle il a cessé de remplir les conditions pour en bénéficier.
Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera la somme de 1 200 euros à Me Bernard, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Bernard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 25 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Marchand, président,
Mme Absolon, première conseillère,
M. Pringault, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2025.
Le rapporteur,
Signé
S. PRINGAULT
Le président,
Signé
A. MARCHAND
Le greffier,
Signé
D. DUBOST
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
D. Dubost
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2502339
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