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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2402885

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2402885

mardi 4 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2402885
TypeDécision
Avocat requérantD'HERBOMEZ ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 octobre 2024, Mme D C, épouse E, représentée par Me Lemaire, demande au juge des référés :

1°) de prescrire, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise en vue de déterminer et d'évaluer l'ensemble des préjudices résultant de la chute dont elle a été victime le 14 juillet 2021 alors qu'elle circulait à vélo sur la voie publique ;

2°) de mettre les entiers dépens à la charge solidairement de la société Eurovia Basse-Normandie et de la compagnie d'assurance SMA.

Elle soutient que :

- elle a été victime d'une chute le 14 juillet 2021 alors qu'elle circulait à vélo sur la route communale n° 8 de Raudou sur la commune de Fay (61390) ;

- l'entreprise Eurovia, qui était titulaire des travaux sur cet ouvrage, avait entrepris des travaux de tranchée transversale, sans signalisation réglementaire conforme avant la zone de travaux ni dispositif technique pour faciliter le passage de l'obstacle ;

- elle a présenté des fractures rachidiennes multiples et souffre d'importantes séquelles, principalement motrices.

Par un mémoire, enregistré le 7 novembre 2024, la caisse primaire d'assurance maladie du Calvados, qui ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, demande au juge des référés de la recevoir en son intervention.

Par un mémoire, enregistré le 18 février 2025, la société Axa France Iard et la communauté de communes des pays de L'Aigle, représentées par la Selarl LX Normandie, demandent leur mise hors de cause.

Par un mémoire, enregistré le 3 mars 2025, la société SMABTP, assureur de la société Eurovia Basse Normandie, et la société Eurovia Basse Normandie, représentées par Me Xavier Lagrenade, concluent à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'il soit donné acte de leurs protestations et réserves d'usage quant à l'expertise sollicitée et au rejet de la demande de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et tendant à mettre les frais d'expertise à leur charge.

La société SMA, à qui la requête a été communiquée, n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative ;

- la décision de la présidente du tribunal administratif du 2 janvier 2024 portant désignation du juge des référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce titre, lorsqu'il est saisi d'une demande d'expertise visant à évaluer un préjudice en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, le juge ne peut se fonder, pour rejeter cette demande, sur l'absence de lien de causalité entre le préjudice à évaluer et la faute alléguée qu'en cas d'absence manifeste d'un tel lien de causalité.

3. A l'appui de sa demande d'expertise, la requérante fait valoir qu'elle a été victime d'une chute le 14 juillet 2021 alors qu'elle circulait à vélo sur la route communale n° 8 de Raudou sur la commune de Fay (61390). Elle expose que l'entreprise Eurovia, qui était titulaire des travaux sur cet ouvrage, avait entrepris des travaux de tranchée transversale, sans signalisation réglementaire conforme avant la zone de travaux ni dispositif technique pour faciliter le passage de l'obstacle. La photographie versée au dossier fait apparaître sur la chaussée une tranchée transversale dépourvue de bitume et non signalée. Un compte rendu d'hospitalisation mentionne l'admission de Mme C le 14 juillet 2021 au service des urgences du centre hospitalier de L'Aigle pour une douleur cervicale à la suite d'une chute de vélo. Le bilan d'imagerie réalisé aux urgences a mis en évidence de nombreuses fractures rachidiennes. Compte tenu de ces éléments, la requérante est fondée à faire valoir qu'une expertise judiciaire serait utile pour déterminer contradictoirement, dans la perspective d'un

litige éventuel contre la communauté de communes des pays de L'Aigle notamment, les préjudices subis à la suite de la chute survenue le 14 juillet 2021. Il y a lieu de faire droit à la demande d'expertise, en fixant la mission de l'expert ainsi qu'il est précisé ci-dessous à

l'article 1er de la présente ordonnance.

4. Par ailleurs, en l'état de l'instruction et compte tenu de ce qui vient d'être exposé, la participation aux opérations d'expertise de la communauté de communes des pays de L'Aigle et de son assureur la société Axa France Iard apparaît utile pour permettre éventuellement, dès à présent, aux parties de faire valoir leurs droits, sans préjuger de l'existence et de l'étendue de ceux-ci.

Sur les frais d'expertise :

5. Il sera statué, après dépôt du rapport d'expertise, sur la fixation et la charge des frais d'expertise par la présidente du tribunal, dans les conditions prévues à l'article R. 621-13 du code de justice administrative. Dès lors, les conclusions présentées par la requérante tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de la société Eurovia Basse-Normandie et de la compagnie d'assurance SMA, ainsi que les conclusions de la société SMABTP et de la société Eurovia Basse Normandie tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de la requérante, ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Le professeur B A, exerçant au centre hospitalier universitaire de Bicêtre, service de neurochirurgie, 78 rue du Général Leclerc, Le Kremlin-Bicêtre cédex (94275), qui pourra demander au tribunal de lui adjoindre un sapiteur, est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission, en présence de Mme D C, des sociétés Eurovia Basse Normandie, SMABTP et SMA, de la communauté de communes des pays de L'Aigle, de la société Axa France Iard, et des CPAM de l'Orne et du Calvados, de :

1°) se faire communiquer tous documents utiles relatifs à l'état de santé de Mme C en rapport avec la chute dont elle a été victime le 14 juillet 2021 sur la voie publique, entendre tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme C ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) fournir tous éléments techniques et de fait, faire toutes autres constatations ou investigations utiles de nature à permettre au juge du fond de déterminer si la chute de

Mme C sur la voie publique est la cause des dommages allégués ;

3°) décrire et évaluer la gravité de chacun des préjudices qui seraient le résultat de cette chute, en les distinguant de ceux imputables à l'état antérieur à la chute dont elle a été victime le 14 juillet 2021 ou à toute autre cause étrangère ;

4°) dire si l'état de santé de la requérante est susceptible de modification, d'amélioration ou d'aggravation, et fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ; fixer, si possible, la date de consolidation de l'état de santé de Mme C ;

5°) rendre un avis sur la relation directe et exclusive entre les débours dont feront état les CPAM du Calvados et de l'Orne et la chute survenue le 14 juillet 2021 ;

6°) d'une manière générale, donner toute information ou appréciation qui apparaîtrait utile pour permettre au juge du fond de déterminer les responsabilités encourues et les préjudices subis.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues par l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert, qui communiquera aux parties un pré-rapport avec un délai leur permettant de faire valoir leurs dires avant d'analyser leurs observations dans son rapport définitif, déposera son rapport au greffe dans le délai de cinq mois et notifiera aux parties des copies du rapport dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C épouse E, aux sociétés Eurovia Basse Normandie, SMABTP et SMA, à la communauté de communes des pays de L'Aigle, à la société AXA France Iard, aux caisses primaires d'assurance maladie de l'Orne et du Calvados, et à l'expert.

Fait à Caen, le 4 mars 2025.

Le juge des référés,

signé

F. CHEYLAN

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Tabourel

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