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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2500021

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2500021

jeudi 13 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2500021
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen, statuant en plein contentieux, était saisi par Mme A... d’une demande de remise supplémentaire ou totale d’un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 1 596,36 euros pour la période de juin à août 2023, pour lequel le département de l’Orne n’avait accordé qu’une remise partielle de 319 euros. Le tribunal a examiné la situation de précarité et la bonne foi de la requérante au regard des dispositions des articles L. 262-46 et suivants du code de l’action sociale et des familles. Il a constaté que l’indu résultait d’une omission de déclaration de ressources, sans que la bonne foi de Mme A... soit établie au vu des circonstances. La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant ainsi la décision du département de l’Orne.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 4 janvier 2025, le 15 avril 2025 et le 10 octobre 2025, Mme B... A... demande au tribunal d’annuler la décision du 1er janvier 2025 par laquelle le département de l’Orne ne lui a accordé qu’une remise partielle de 319 euros sur un indu de revenu de solidarité active d’un montant de 1 596,36 euros pour la période du 1er juin 2023 au 31 août 2023.

Elle soutient que :
- elle a informé la caisse d’allocations familiales de son départ en retraite ; la caisse d’allocations familiales a commis une erreur en lui versant une allocation ;
- elle a reçu un courrier l’informant d’un prélèvement mensuel de 109,56 euros à compter d’avril 2025 sur le montant de sa pension ;
- sa situation financière ne lui permet pas de rembourser la somme demandée, ou le cas échéant, une somme à hauteur maximale de 20 euros par mois.

Par des mémoires enregistrés le 9 avril 2025 et le 21 mai 2025, le département de l’Orne conclut au rejet de la requête au motif que la décision attaquée est légalement fondée.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Macaud a été entendu au cours de l’audience publique, à l’issue de laquelle la clôture de l’instruction a été prononcée.


Considérant ce qui suit :

1. Par courrier du 25 septembre 2023, la caisse d’allocations familiales de l’Orne a notifié à Mme B... A... un indu de revenu de solidarité active de 1 596,36 euros portant sur la période du 1er juin 2023 au 31 août 2023. Mme A... a sollicité, le 7 octobre 2024, la remise de cette dette. Par la décision du 1er janvier 2025, le département de l’Orne a accordé une remise partielle de 319 euros. Par la présente requête, Mme A... sollicite une remise supplémentaire ou totale de la dette.

2. Aux termes de l’article L. 262-1 du code de l’action sociale et des familles : « Le revenu de solidarité active a pour objet d’assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d’existence, d’inciter à l’exercice d’une activité professionnelle et de lutter contre la pauvreté de certains travailleurs, qu’ils soient salariés ou non-salariés ». Aux termes de l’article L. 262-2 du même code : « Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active (…) ». Aux termes de l’article L. 262-3 du même code : « (...) L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat (…) ». Aux termes du premier alinéa de l'article R. 262-6 du même code : « Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent (...) l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ». Aux termes de l’article R. 262-37 du même code : « Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. (…) ». Aux termes de l’article L. 262-46 de ce code : « Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l’organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active (…) La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d’une manœuvre frauduleuse ou d’une fausse déclaration (…) ».

3. Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d’un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d’examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l’indu résulte de ce que l’allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l’intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l’inverse, portent sur des ressources dépourvues d’incidence sur le droit de l’intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l’information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l’omission, des justifications données par l’intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l’allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu’il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l’allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l’information reçue, ignorer qu’il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l’omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

4. Il résulte de l’instruction que l’indu de revenu de solidarité active notifié à Mme A... a pour origine la prise en compte du montant de la pension de sa retraite au titre de la période allant de mars à mai 2023. En l’espèce, Mme A... indique percevoir une pension de retraite d’environ 1 000 euros et justifie devoir faire face à diverses charges usuelles notamment en assurances, eau, électricité et gaz. Si elle expose devoir faire face également à un prélèvement de 109,56 euros sur le montant de sa retraite, il résulte du courrier du 3 avril 2025 que cette retenue est opérée par la Carsat dans le cadre d’un autre litige. Le département de l’Orne précise en outre avoir donné un accord de principe à l’échéancier proposé par Mme A... pour le remboursement de l’indu de revenu de solidarité active. Au regard de l’ensemble de ces éléments, Mme A... ne peut être regardée, à la date du présent jugement, comme étant dans une situation de précarité telle qu’elle ne puisse faire face au remboursement de l’indu de revenu de solidarité active mis à sa charge.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme A... n’est pas fondée à demander une remise supplémentaire ou totale de l’indu de revenu de solidarité active.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au département de l’Orne.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2025.


La magistrate désignée,

SIGNÉ

A. MACAUD
La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET


La République mande et ordonne au préfet de l’Orne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme
La greffière,



E. Bloyet

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