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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2502022

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2502022

jeudi 4 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2502022
TypeDécision
Formation2ème chambre
Avocat requérantABDOU-SALEYE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen a annulé l'arrêté du préfet du Calvados du 7 mai 2025 refusant un titre de séjour à une ressortissante bolivienne, au motif d'un défaut d'examen particulier de sa situation. Le préfet n'avait pas répondu à sa demande de changement de statut vers un titre "salarié", se limitant à examiner le renouvellement de son titre "étudiant". En conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination ont également été annulées. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation de l'intéressée dans un délai de deux mois et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juin 2025, Mme C... D... A..., représentée par Me Abdou-Saleye, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 7 mai 2025 par lequel le préfet du Calvados a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » ou, à défaut, une carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant », dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa situation dans le délai d’un mois à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d’un titre de séjour :

- elle est entachée d’erreurs de droit, dès lors que le préfet n’a pas examiné la possibilité de lui délivrer un titre de séjour « salarié » conformément à la demande qui lui a été soumise et n’a pas vérifié, comme l’impose l’article 14 de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024, si elle pouvait prétendre à la délivrance d’un titre de séjour sur un autre fondement que celui sollicité ;
- le refus de renouveler le titre de séjour dont elle bénéficiait en qualité d’étudiante est entaché d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions des articles L. 422-1 et L. 433-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le refus de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié méconnaît les dispositions des articles L. 421-1 et L. 433-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise sur le fondement d’une décision illégale portant refus de délivrance d’un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise sur le fondement d’une décision illégale portant refus de délivrance d’un titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2025, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Pringault, conseiller ;
- et les observations de Me Abdou-Saleye, avocat de Mme D... A....


Considérant ce qui suit :

Mme C... D... A..., ressortissante bolivienne née le 8 novembre 1990, a, le 7 mai 2025, fait l’objet d’un arrêté du préfet du Calvados refusant de lui délivrer un titre de séjour, l’obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi. Par sa requête, Mme D... A... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Il ressort de la motivation de l’arrêté attaqué que le préfet du Calvados s’est prononcé sur le droit de Mme D... A... au renouvellement de sa carte de séjour en qualité d’étudiante, renouvellement qu’il a refusé au motif que cette dernière ne justifiait pas d’une progression significative dans ses études ni du sérieux de celles-ci, et a par ailleurs estimé qu’elle ne pouvait pas être admise au séjour pour un autre motif que celui initialement sollicité. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, après avoir déposé le 26 juillet 2023 une demande de renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant », l’intéressée a, le 14 mars 2025, sollicité un changement de statut pour obtenir un titre de séjour en qualité de salarié, en précisant avoir obtenu un contrat de travail et une autorisation de travail. La décision attaquée ne mentionne pas cette demande de changement de statut et n’y apporte aucune réponse. Dans ces conditions, Mme D... A... est fondée à soutenir que le préfet du Calvados, en ne se prononçant pas sur la possibilité de lui délivrer un titre de séjour « salarié » conformément à la demande qui lui avait été soumise, a entaché la décision portant refus d’un titre de séjour d’un défaut d’examen particulier de sa situation.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l’arrêté du 7 mai 2025 par lequel le préfet du Calvados a refusé de délivrer à Mme D... A... un titre de séjour doit être annulé, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d’injonction :
Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le préfet du Calvados procède au réexamen de la situation de Mme D... A.... Il y a dès lors lieu de lui enjoindre d’y procéder dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement et de la munir, dans l’attente d’une nouvelle décision, d’un récépissé de demande de titre de séjour l’autorisant à travailler.
Sur les frais liés à l’instance :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Mme D... A... d’une somme de 600 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :



Article 1er : L’arrêté du préfet du Calvados du 7 mai 2025 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Calvados de procéder au réexamen de la situation de Mme D... A... dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de la munir, dans l’attente d’une nouvelle décision, d’un récépissé de demande de titre de séjour l’autorisant à travailler.

Article 3 : L’Etat versera une somme de 600 euros à Mme D... A... sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... D... A... et au préfet du Calvados.

Délibéré après l’audience du 12 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Renault, présidente,
Mme Absolon, première conseillère,
M. Pringault, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2025.


Le rapporteur,
Signé
S. PRINGAULT

La présidente,
Signé
Th. RENAULT



La greffière,

Signé

M. B...


La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,



M. B...


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