Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2025, Mme C... F..., représentée par Me Foucault, demande au juge des référés de prescrire, sur le fondement de l’article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise portant sur sa prise en charge par le centre hospitalier Aunay-Bayeux.
Elle soutient que :
- elle a été hospitalisée le 23 mars 2023 dans le service de gynécologie-obstétrique du centre hospitalier Aunay-Bayeux en vue d’un accouchement par césarienne programmée ;
- à la suite de l’accouchement par césarienne réalisé le 23 mars 2023, elle a présenté rapidement des douleurs importantes lors de la miction ;
- elle a été admise le 6 avril 2023 au service des urgences pour une douleur abdominale intense ;
- un uroscanner complémentaire réalisé le 7 avril 2023 a mis en évidence un épanchement liquidien intrapéritonéal évoquant une brève vésicale ;
- elle a été transférée le 7 avril 2023 au CHU de Caen pour une prise en charge urologique ;
- une laparotomie exploratoire réalisée le 8 avril 2023 a fait apparaître une plaie du dôme vésical mesurant environ deux centimètres, qui a été suturée lors de l’intervention ;
- l’expert mandaté par son assureur a estimé que cette plaie vésicale résultait d’une maladresse chirurgicale lors de la césarienne.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2025, le centre hospitalier Aunay-Bayeux, représenté par la SELAS Tamburini-Bonnefoy, déclare, sous réserve de ses droits et moyens de défense au fond, ne pas s’opposer à la demande d’expertise et précise l’étendue de la mission devant être confiée à l’expert.
Par un mémoire, enregistré le 28 octobre 2025, la MSA des Côtes Normandes, qui ne s’oppose pas à la mesure d’expertise sollicitée, demande au juge des référés de la recevoir en son intervention.
Par un mémoire, enregistré le 3 novembre 2025, l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la SCP Saïdji & Moreau, déclare, sous réserve de ses droits et moyens de défense au fond, ne pas s’opposer à la demande d’expertise et précise l’étendue de la mission devant être confiée à l’expert.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative ;
- la décision de la présidente du tribunal administratif du 1er septembre 2025 portant désignation du juge des référés.
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l’article R. 532-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l’absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d’expertise ou d’instruction (...) ».
L’utilité d’une mesure d’instruction ou d’expertise qu’il est demandé au juge des référés d’ordonner sur le fondement de l’article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d’une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d’autres moyens et, d’autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l’intérêt que la mesure présente dans la perspective d’un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce titre, lorsqu’il est saisi d’une demande d’expertise visant à évaluer un préjudice en vue d’engager la responsabilité d’une personne publique, le juge ne peut se fonder, pour rejeter cette demande, sur l’absence de lien de causalité entre le préjudice à évaluer et la faute alléguée qu’en cas d’absence manifeste d’un tel lien de causalité.
A l’appui de sa demande d’expertise, Mme C... F... fait valoir qu’elle a été hospitalisée le 23 mars 2023 dans le service de gynécologie-obstétrique du centre hospitalier Aunay-Bayeux en vue d’un accouchement par césarienne programmée. A la suite de cet accouchement réalisé le 23 mars 2023, elle a présenté des douleurs importantes lors de la miction. Elle a été admise le 6 avril 2023 au service des urgences de cet établissement pour une douleur abdominale intense. Un uroscanner réalisé le 7 avril 2023 a mis en évidence un épanchement liquidien intrapéritonéal évoquant une brève vésicale. Elle a été transférée le 7 avril 2023 au centre hospitalier universitaire (CHU) de Caen pour une prise en charge urologique. Une laparotomie exploratoire réalisée le 8 avril 2023 a fait apparaître une plaie du dôme vésical mesurant environ deux centimètres, qui a été suturée lors de l’intervention. L’expert mandaté par son assureur a estimé que cette plaie vésicale résultait d’une maladresse chirurgicale lors de la césarienne. Compte tenu de ces éléments, la requérante est fondée à faire valoir qu’une expertise judiciaire serait utile pour déterminer contradictoirement les faits et pour permettre au juge du fond d’apprécier si la responsabilité du centre hospitalier Aunay-Bayeux est engagée en raison d’un manquement aux règles de l’art médical, et pour examiner les préjudices résultant d’un tel manquement. Il y a lieu de faire droit à la demande d’expertise, en fixant la mission de l’expert ainsi qu’il est précisé ci-dessous à l’article 1er de la présente ordonnance.
O R D O N N E :
Article 1er : Le docteur E... D..., exerçant 8 Domaine du Golf, route de Tendos, Bosc Guerard Saint Adrien (76710), qui pourra s’adjoindre le professeur A... B..., exerçant au Medical Training Center, centre hospitalier universitaire de Rouen, 20 rue Marie Curie, Rouen (76000), en qualité de sapiteur urologue, est désigné en qualité d’expert. Il aura pour mission, en présence de Mme C... F..., du centre hospitalier Aunay-Bayeux, de l’ONIAM et de la MSA des Côtes Normandes, de :
1°) se faire communiquer toutes les informations et documents utiles à l’accomplissement de sa mission, et notamment le dossier médical de Mme C... F... au centre hospitalier Aunay-Bayeux et au CHU de Caen ; procéder à l’examen sur pièces du dossier médical de Mme C... F... ainsi qu’éventuellement à son examen clinique ;
2°) analyser l’état de santé de Mme C... F... avant son admission le 23 mars 2023 au centre hospitalier Aunay-Bayeux et l’évolution de son état de santé depuis cette prise en charge ;
3°) rendre un avis motivé sur l’existence d’un ou plusieurs manquements aux règles de l’art médical et aux données acquises de la science médicale éventuellement commis par le centre hospitalier Aunay-Bayeux lors de l’accouchement par césarienne réalisé le 23 mars 2023 ; analyser la nature et évaluer la gravité du ou des manquements éventuellement constatés ;
4°) décrire et évaluer la gravité de chacun des préjudices résultant du ou des manquements constatés, en les distinguant de ceux imputables à l’état de la patiente antérieur à son admission au centre hospitalier Aunay-Bayeux ou à toute autre cause étrangère ; préciser, le cas échéant, le taux de perte de chance d’éviter chacun des préjudices reconnus imputables à un manquement ;
5°) le cas échéant, dire si l’état de santé de la requérante est susceptible de modification, d’amélioration ou d’aggravation, et fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ; fixer, si possible, la date de consolidation de son état de santé ;
6°) rendre un avis sur la relation directe et exclusive entre les débours dont fera état la MSA des Côtes Normandes, et le ou les éventuels manquements relevés à l’encontre du centre hospitalier Aunay-Bayeux, en distinguant expressément, le cas échéant, ces débours de ceux imputables à l’état initial ou à l’évolution d’une éventuelle pathologie de la patiente en l’absence de tout manquement ;
7°) d’une manière générale, donner toute information ou appréciation qui apparaîtrait utile pour permettre au juge du fond de déterminer les responsabilités encourues et les préjudices subis.
Article 2 : L’expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l’expert prêtera serment dans les formes prévues par l’article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L’expert, qui communiquera aux parties un pré-rapport avec un délai leur permettant de faire valoir leurs dires avant d’analyser leurs observations dans son rapport définitif, déposera son rapport au greffe dans le délai de cinq mois et notifiera aux parties des copies du rapport dans les conditions prévues à l’article R. 621-9 du code de justice administrative.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... F..., au centre hospitalier d’Aunay-Bayeux, à l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la MSA des Côtes Normandes et à l’expert.
Copie en sera transmise pour information au centre hospitalier universitaire de Caen.
Fait à Caen, le 7 avril 2026.
Le juge des référés,
signé
F. CHEYLAN
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Tabourel