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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200810

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200810

vendredi 11 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200810
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS DELVIGNE MATTHEW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er juillet 2022, le 11 octobre 2024 et le 11 novembre 2024, la SCI Casa Bianca, représentée par Me Delvigne, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) ainsi que des pénalités y afférentes mises à sa charge au titre des années 2016 et 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- les propositions de rectifications sont insuffisamment motivées dès lors que la reconstitution des bases imposables doit être effectuée en tenant compte des conditions concrètes de fonctionnement de l'entreprise ainsi que le prévoit la doctrine de l'administration et que les mentions " montant différent FA " et " montant FA diff Ch " qui figurent sur les tableaux transmis par le service ne lui ont pas permis de comprendre le motif du rejet ;

- cette insuffisance de motivation porte par elle-même atteinte aux droits de la défense ;

- l'administration a exagéré son résultat en affectant à tort une quote-part significative de cessions au titre de l'exercice clos en 2017 ce qui a abouti au prononcé d'un non-lieu à statuer dans l'instance enregistrée sous le n° 2200809 et ces erreurs n'ont pas uniquement aggravé l'imposition de ses résultats industriels et commerciaux mais aussi les rappels de TVA mis à sa charge ;

- le service ajoute une condition à la loi en ce qu'il n'existe pas de dispositions qui prohiberaient la déduction de charges au seul motif que la société qui a émis la facture aurait un associé commun avec celle qui s'acquitte de cette charge et que ces sociétés n'auraient pas conclu de contrat entre elles ;

- la déduction de la TVA qui a grevé le montant des factures d'installation de cuisines vendues par l'entreprise Suzzoni doit être admise dès lors que l'installation des cuisines est conforme aux usages de la profession et que sans ce geste commercial, elle n'aurait pas pu vendre certains lots de sorte que ces dépenses ont été réalisées dans l'intérêt de l'entreprise ;

- la déductibilité de la TVA qui a grevé la facture de 175,83 euros émise par l'entreprise SARL Espace Pièces doit être admise car cette dépense a été faite dans l'intérêt de l'entreprise ;

- la déductibilité de la TVA générée par les frais exposés pour acquérir des droits à construire auprès de la SCI Charley doit être admise ;

- les factures émises par les entreprises LBD menuiseries, Emmanuelli, TEC, EGCB et EIB non prises en compte par l'administration au motif qu'elles étaient absentes, ou raturées ou encore qu'il n'a pas été possible de mettre en cohérence leur montant avec les sommes qu'elle a effectivement payées, doivent être prises en compte dans le calcul de son droit à déduction.

Par des mémoires en défense enregistrés le 23 septembre 2022, le 30 octobre 2024 et le 6 décembre 2024, le directeur du contrôle fiscal sud-est outre-mer doit être regardé comme concluant au non-lieu à statuer à hauteur de 47 661 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête. Le directeur soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;

- les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Delvigne, avocat de la SCI Casa Bianca.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Casa Bianca exerce une activité de construction-vente et procède à des ventes en état futur d'achèvement (VEFA). En l'absence de déclaration fiscale au titre des années 2015, 2016 et 2017, le service des impôts lui a adressé une mise en demeure de régulariser sa situation. En l'absence de réponse, le 12 octobre 2018, l'administration fiscale lui a notifié selon la procédure de taxation d'office une première proposition de rectification de rappels de TVA, assortis de pénalités pour un montant total de 427 288 euros. Elle a ensuite émis un avis de mise en recouvrement de ce montant le 15 mars 2019. En réponse aux réclamations successives formées par la SCI Casa Bianca, l'administration a, en dernier lieu, par une lettre du 26 avril 2022, accepté partiellement de faire droit à sa demande, en abandonnant le rappel des droits mis en recouvrement pour l'année 2015 et en maintenant à la charge de la SCI une somme totale de 153 505 euros composée de 105 498 euros en droits et 48 007 euros en pénalités. Par la présente requête, la SCI Casa Bianca doit être regardée comme demandant la réduction des rappels de TVA et des pénalités afférentes laissées à sa charge au titre des années 2016 et 2017.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que, par une première décision du 23 septembre 2022, le directeur du contrôle fiscal sud-est Outre-mer a prononcé un dégrèvement, en droits et pénalités, de 14 710 euros au titre de rappels de TVA au titre des années 2016 et 2017. Par une deuxième décision du 29 octobre 2024, ce directeur a prononcé un dégrèvement supplémentaire de 3 535 euros de droits et 1 757 euros de pénalités soit un total de 5 292 euros, au titre de l'année 2016. Par une troisième et dernière décision du 6 décembre 2024, le même directeur a accordé à la SCI Casa Bianca un dégrèvement supplémentaire, en droits et pénalités, de 27 659 euros au titre des années 2016 et 2017 portant le montant total des dégrèvements accordés en cours d'instance à la somme de 47 661 euros. Les conclusions de la requête de la SCI Casa Bianca sont, dans cette mesure, devenues sans objet et il n'y a, par suite, pas lieu d'y statuer. Il n'y a donc pas lieu d'examiner les moyens de la requête ayant trait à une facture EDF du 21 mars 2016, deux factures de notaire des 27 janvier et 1er août 2016, plusieurs factures de l'entreprise MP carreleurs des 16 mai, 29 mai et 1er décembre 2016, une facture de l'entreprise Pulsat du 3 mars 2017, deux factures EDF des 1er et 21 février 2017, des factures de la société TEC des 18 mai, 17 juin, 24 novembre, 25 novembre, 9 et 15 décembre 2016 et 21 juin 2017, des factures émises par l'entreprise EIB entre le 23 avril et le 21 décembre 2016, des factures émises par l'entreprise Rossi frères peinture les 29 avril, 28 décembre et 31 décembre 2016 et une facture émise par l'entreprise LBD menuiserie le 31 juillet 2016.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

3. Aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions () ".

4. Selon la société requérante, la proposition de rectification du 16 juin 2020 ainsi que les décisions d'acceptation partielle du 7 octobre 2020, 30 juin 2021 et 26 avril 2022 sont insuffisamment motivées dès lors que la reconstitution des bases imposables doit être effectuée en tenant compte des conditions concrètes de fonctionnement de l'entreprise et qu'en l'espèce, l'administration a violé sa propre doctrine. Elle ajoute que les mentions " montant différent FA " et " Montant FA diff Ch " qui figurent sur les tableaux transmis par le service ne lui ont pas permis de comprendre le motif du rejet.

5. Toutefois, la société requérante a été informée des bases d'imposition retenues par le service, des modalités de calcul et de la catégorie des impositions mises à sa charge. La circonstance, à la supposer établie, que le service n'aurait pas indiqué initialement les raisons pour lesquelles il a écarté certains justificatifs qu'il a considéré insuffisamment probants ne saurait lui être reprochée dès lors que ce niveau de précision n'est pas exigé par les dispositions précitées et qu'en tout état de cause, le service, qui s'est appuyé sur les éléments comptables transmis par la société, a précisé les motifs de ces mises à l'écart au cours de l'instruction des réclamations. Par suite, la SCI Casa Bianca n'est pas fondée à soutenir que les décisions prises par l'administration sont insuffisamment motivées.

6. Il résulte de ce qui précède que les bases et éléments de calcul ayant été portés à la connaissance de la société requérante conformément aux dispositions de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales, cette dernière a été mise en mesure d'en discuter. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que ses droits de la défense ont été méconnus.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :

S'agissant de la charge de la preuve :

7. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".

8. Les rehaussements en litige ont été notifiés selon la procédure de taxation d'office dont la SCI Casa Bianca, ainsi qu'il a été dit précédemment, n'est pas fondée à soutenir qu'elle est irrégulière. Dans ces conditions, la charge de la preuve pèse sur elle.

S'agissant des conséquences des rectifications de l'imposition directe de ses résultats industriels et commerciaux au titre de l'exercice 2017 :

9. Aux termes de l'article 1601-2 du code civil : " La vente à terme est le contrat par lequel le vendeur s'engage à livrer l'immeuble à son achèvement, l'acheteur s'engage à en prendre livraison et à en payer le prix à la date de livraison. Le transfert de propriété s'opère de plein droit par la constatation par acte authentique de l'achèvement de l'immeuble ; il produit ses effets rétroactivement au jour de la vente ". Aux termes de l'article 1601-3 de ce code : " La vente en l'état futur d'achèvement est le contrat par lequel le vendeur transfère immédiatement à l'acquéreur ses droits sur le sol ainsi que la propriété des constructions existantes. Les ouvrages à venir deviennent la propriété de l'acquéreur au fur et à mesure de leur exécution ; l'acquéreur est tenu d'en payer le prix à mesure de l'avancement des travaux. / Le vendeur conserve les pouvoirs de maître de l'ouvrage jusqu'à la réception des travaux ". Et aux termes de l'article R. 261-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'immeuble vendu à terme ou en l'état futur d'achèvement est réputé achevé au sens de l'article 1601-2 du code civil, reproduit à l'article L. 261-2 du présent code, et de l'article L. 261-11 du présent code lorsque sont exécutés les ouvrages et sont installés les éléments d'équipement qui sont indispensables à l'utilisation, conformément à sa destination, de l'immeuble faisant l'objet du contrat, à l'exception des travaux dont l'acquéreur se réserve l'exécution en application du II de l'article L. 261-15 () ". Il résulte de ces dispositions combinées qu'en matière de vente en l'état futur d'achèvement, le transfert du droit de disposer de l'immeuble est complètement intervenu au moment de l'achèvement de l'immeuble, c'est-à-dire lorsque l'ensemble des travaux prévus a été réalisés.

10. Par ailleurs, aux termes de l'article 269 du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " 1 Le fait générateur de la taxe se produit : / a) Au moment où la livraison () du bien () est effectué () ".

11. En se bornant à soutenir qu'un nombre important de lots a été livré au cours de l'année 2016 et que sa requête, enregistrée sous le n° 2200809, dirigée contre l'imposition d'office de ses revenus industriels et commerciaux au titre de l'exercice 2017 a abouti à un non-lieu à statuer en raison d'erreurs commises par le service au sujet de la date à prendre en compte pour le fait générateur de l'impôt, la SCI Casa Bianca n'apporte pas la preuve qui lui incombe de l'exagération de son imposition au titre de l'année 2017.

S'agissant du droit à déduction :

12. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. () /II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / () a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () 2. La déduction ne peut pas être opérée si les redevables ne sont pas en possession () desdites factures () ". Aux termes de l'article 272 du même code : " () 2. La taxe sur la valeur ajoutée facturée dans les conditions définies au 4 de l'article 283 ne peut faire l'objet d'aucune déduction par celui qui a reçu la facture () ". Aux termes de cet article 283 : " () 3. Toute personne qui mentionne la taxe sur la valeur ajoutée sur une facture est redevable de la taxe du seul fait de sa facturation. () Lorsque la facture ne correspond pas à la livraison d'une marchandise ou à l'exécution d'une prestation de services, ou fait état d'un prix qui ne doit pas être acquitté effectivement par l'acheteur, la taxe est due par la personne qui l'a facturée ". Et aux termes de l'article 257 du même code, dans sa version applicable au litige : " I. Les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée dans les conditions qui suivent. / 1. Sont assimilés à des biens corporels et suivent le régime du bien immeuble auquel ils se rapportent : / 1° Les droits réels immobiliers () ". Aux termes de l'article 289 de ce code : " I. - 1. Tout assujetti est tenu de s'assurer qu'une facture est émise, par lui-même, ou en son nom et pour son compte, par son client ou par un tiers () 3. La facture est, en principe, émise dès la réalisation de la livraison ou de la prestation de services. () II. - Un décret en Conseil d'Etat fixe les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures. Ce décret détermine notamment les éléments d'identification des parties, les données concernant les biens livrés ou les services rendus et celles relatives à la détermination de la taxe sur la valeur ajoutée () ". Ces mentions obligatoires sont listées à l'article 249 nonies A de l'annexe II à ce code. Par ailleurs, aux termes de l'article 205 de l'annexe II audit code : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert () est déductible à proportion de son coefficient de déduction ". Enfin, selon l'article 206 de cette annexe : " I. - Le coefficient de déduction mentionné à l'article 205 est égal au produit des coefficients d'assujettissement, de taxation et d'admission. / () IV. - 1. Le coefficient d'admission d'un bien ou d'un service est égal à l'unité, sauf dans les cas décrits aux 2 à 4. () 2. Le coefficient d'admission est nul dans les cas suivants : / 1° Lorsque le bien ou le service est utilisé par l'assujetti à plus de 90 % à des fins étrangères à son entreprise () ".

13. Il résulte de ces dispositions combinées que la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'opérations imposables est, notamment, subordonnée, dans le cas de services facturés à l'entreprise, à la condition, qui découle des dispositions combinées du 2 de l'article 272 et du 4 de l'article 283 précités, que les sommes facturées constituent la contrepartie de services dont l'entreprise peut justifier qu'ils lui ont été effectivement fournis et que les biens acquis par l'entreprise ne soient pas mis à disposition ou utilisés principalement par un tiers ou plus généralement à des fins étrangères à l'entreprise.

14. En premier lieu, la société requérante soutient que le service ajoute une condition à la loi dès lors qu'il n'existe pas de dispositions qui prohiberaient la déduction de charges au seul motif que la société qui a émis la facture aurait un associé commun avec celle qui s'acquitte de cette charge et que ces sociétés n'auraient pas conclu de contrat entre elles. Selon elle, la SARL du Soleil et l'agence immobilière Etoile immobilier, au sein desquelles son dirigeant est associé, ont engagé d'importants moyens matériels en vue de promouvoir la commercialisation de sa promotion immobilière. Ainsi, la SCI Casa Bianca entend déduire pour les années 2016 et 2017 une vingtaine de factures représentant un total d'environ 177 333 euros TTC. Ces factures portent notamment sur des frais de commercialisation, de publicité, d'ingénierie, de démarchage, le remboursement de factures, une campagne publicitaire en Corse, sur le continent et sur internet, des affiches, une distribution en boîtes aux lettres, une recherche d'investisseurs, un montage de dossiers et " garanties ", une " recherche de clientèle sur le continent, contact financement, développement loi Pinel avec gestionnaire du patrimoine " et des " honoraires de vente sur garages ". La société produit également des relevés bancaires de 2012, 2013, 2014 ainsi que l'acte de vente du droit à bâtir au profit de la SCI Casa Bianca, initialement consenti à la SARL du Soleil, daté du 5 décembre 2014. Pour justifier d'un droit afférent à une facture émise par l'agence immobilière Etoile immobilier, la SCI requérante produit une note d'honoraires du 23 juillet 2013 adressée par cette agence immobilière à la SARL du Soleil. Toutefois, aucun élément ne permet de justifier la réalité et de l'effectivité des services rendus au cours des années en litige. Par suite, la SCI Casa Bianca n'apporte pas la preuve qui lui incombe d'un droit à déduction au titre des factures émises par des sociétés dont le capital est partiellement détenu par son dirigeant.

15. En deuxième lieu, la SCI Casa Bianca soutient qu'elle est en droit de déduire les taxes grevant les factures d'installation de cuisine dès lors qu'il s'agit d'un usage courant de la profession permettant de vendre certains lots. Cependant, en se bornant à se prévaloir d'un usage sans autre élément de justification de ces affirmations, elle n'établit pas que ces dépenses auraient été exposées dans l'intérêt et pour les besoins de l'entreprise. En outre, elle ne conteste pas que ces cuisines ont été acquises pour être utilisées par des tiers, à des fins étrangères à l'entreprise.

16. En troisième lieu et pour le même motif que celui exposé au point précédent, en se bornant à soutenir que la facture de 715,83 euros émise par la SARL Espace Pièces correspond à un " cadeau-client " et lui a permis de réaliser une cession, sans produire aucun commencement de justificatif, la SCI Casa Bianca ne démontre pas que cette dépense a été exposée dans l'intérêt de l'entreprise. Par suite, sa demande de déduction ne saurait être accueillie.

17. En quatrième lieu, en vertu de l'article 269 du code général des impôts, dans sa version applicable à la date d'acquisition des droits à construire, la taxe est exigible lors de la réalisation du fait générateur qui correspond ainsi qu'il a été dit au point 10 à la date de livraison du bien. Et en application de l'article 256 du même code, le transfert du pouvoir de disposer d'un bien corporel comme propriétaire est considéré comme une telle livraison de bien. Par ailleurs, aux termes de l'article 208 de l'annexe II audit code, dans sa version applicable au litige : " I. Le montant de la taxe déductible doit être mentionné sur les déclarations déposées pour le paiement de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, à condition qu'elle fasse l'objet d'une inscription distincte, la taxe dont la déduction a été omise sur cette déclaration peut figurer sur les déclarations ultérieures déposées avant le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l'omission. Les régularisations prévues à l'article 207 doivent également être mentionnées distinctement sur ces déclarations () ".

18. L'administration a maintenu la remise en cause de la déductibilité des droits à construire acquis par la SCI Casa Bianca au motif que ces derniers résultent d'un acte notarié du 5 décembre 2014 non visé par la proposition de rectification initiale du 12 octobre 2018 et dès lors que la société requérante ne prouve pas que les sommes en cause emportent des conséquences au niveau de la TVA. Il résulte des termes de l'acte de vente d'un lot en copropriété porteur de droits à bâtir du 5 décembre 2014 dont le vendeur était la SCI Charley et l'acquéreur la SCI requérante, que la mutation a été soumise à la TVA au taux de 10 % sur la marge, le terrain n'ayant pas ouvert droit à déduction de TVA lors de l'apport à la SCI Charley. En outre, il a été prévu que la taxe serait supportée par le vendeur, qualifié de redevable légal. Ainsi, cette opération a emporté des conséquences en matière de TVA et il résulte des dispositions précitées au point 12 que cette taxe était déductible.

19. Par ailleurs, le droit à déduction a pris naissance lorsque la taxe a été exigible auprès du redevable soit, le 5 décembre 2014, lors du transfert du pouvoir de disposer du bien comme un propriétaire. Toutefois, il résulte des dispositions citées au point 12 qu'il revenait à la société requérante de mentionner le montant de la TVA déductible sur les déclarations déposées pour le paiement de cette taxe, au plus tard jusqu'au 31 décembre 2016. Or, cette dernière ne justifie pas avoir déposé ces déclarations. Par suite, la SCI Casa Bianca ne peut prétendre à une déductibilité des frais exposés pour l'acquisition du terrain sur lequel elle a réalisé les opérations de VEFA.

20. En cinquième lieu, l'administration a maintenu le refus de déduire des droits afférents à des factures raturées, non présentées, ou encore lorsqu'elle n'a pas été en mesure de mettre en cohérence des factures avec les justificatifs de paiement produits par la société requérante. La SCI Casa Bianca ne conteste pas le motif du refus opposé lorsque les factures produites avaient déjà été retenues par le service. Cette dernière n'est donc pas fondée à se prévaloir d'un droit à déduction au titre des factures écartées pour ce motif.

21. S'agissant des factures émises par l'entreprise LBD Menuiseries, selon la société requérante, la déduction doit être admise à due proportion des sommes acquittées. Elle soutient que les factures restant en litige s'élèvent à 36 612,40 euros et qu'elle a acquitté 32 772,41 euros au profit de cette entreprise. Si les factures 1620 du 31 mai 2016, d'un montant de 3 241,81 euros TTC et 1697 du 31 juillet 2016 d'un montant de 3 038,20 euros TTC sont mentionnées en débit au livre des grands comptes de l'entreprise LBD Menuiseries et si la société requérante produit un relevé bancaire où des chèques d'un montant de 9 975,07 euros et 1 056,96 euros apparaissent en débit les 6 et 11 juillet 2016, le montant de 9 975,07 se retrouvant au livre des grands comptes, aucun élément ne permet de déterminer si les sommes payées ont permis de régler entièrement ou partiellement le montant figurant sur cette facture.

22. S'agissant des factures émises par l'entreprise Emmanuelli, la requérante soutient qu'elle a été condamnée par le tribunal de commerce de Bastia le 10 mai 2019 à en payer une partie et qu'elle a acquitté 66 624,54 euros sur les 66 377,92 euros qu'elle devait à cette entreprise. Le jugement du tribunal de commerce ou encore le document daté du 23 juillet 2021 portant " solde de tout compte de la facture des travaux effectués à la résidence Charley II " ne permettent pas de comprendre le détail des sommes payées afin de les rattacher le cas échéant à des factures concernées par la période en litige. En outre, si la SCI requérante produit une facture 1701034 du 31 janvier 2017 d'un montant de 9 072,80 euros, une autre facture du même jour portant la même référence d'un montant de 3 087,46 euros, une facture 1606027 du 30 juin 2016 d'un montant de 21 379,60 euros, une facture 1607044 de 2 725,80 euros du 28 juillet 2016 et une facture 1606026 du 30 juin 2016 d'un montant de 3 087,46 euros, laquelle avait été écartée par le service en raison de son caractère incomplet, aucun élément ne permet de mettre en cohérence le montant de ces factures avec des paiements effectués.

23. S'agissant des factures émises par l'entreprise Rossi Frères peintures restant en litige, si la société justifie avoir effectué deux virements, l'un d'un montant de 27 843,02 euros effectué le 15 février 2017, l'autre d'un montant de 28 882,44 euros, effectué le 22 mars 2017, les éléments qu'elle produit ne sont pas suffisants pour permettre de déterminer si ces paiements ont permis de régler les sommes dues au titre de ces factures ou d'autres factures. Dès lors, si ainsi qu'elle le soutient, elle serait en droit de déduire la taxe afférente à un règlement partiel, cette taxe étant, du fait de ce versement, devenue exigible auprès de l'émetteur de cette facture et par suite au niveau du client, en application des articles 271, I-2° et 269, 2-c du code général des impôts, elle ne justifie pas avoir effectué un tel règlement partiel et ne peut donc prétendre à une déduction du montant de TVA afférent aux factures restant en litige.

24. S'agissant des factures émises par l'entreprise TEC, la facture du 24 novembre 2016 est raturée et les factures du 16 janvier 2017 d'un montant de 3 690 euros et du 24 février 2017 d'un montant de 72 930 euros ne sont pas produites. Dès lors, il ne peut être fait droit à la demande de déduction même partielle au titre de ces factures.

25. S'agissant des factures émises par l'entreprise EGCB encore en litige, la société requérante ne produit aucun commencement de justification de règlement de sorte qu'elle ne peut se prévaloir d'un quelconque droit à déduction à ce titre.

26. S'agissant des factures émises par l'entreprise EIB toujours en litige, la société requérante ne produisant aucun justificatif les concernant, il ne peut être fait droit à sa demande de déduction les concernant.

27. Enfin, s'agissant de la facture émise par l'entreprise CGA le 23 janvier 2017 d'un montant de 285,96 euros, la SCI Casa Bianca, en l'absence de toute preuve de paiement produite devant le tribunal, ne peut pas prétendre à une déduction à ce titre.

28. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ainsi que des pénalités y afférentes mises à la charge de la SCI Casa Bianca au titre des années 2016 et 2017 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

29. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la SCI Casa Bianca présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à concurrence de la somme de 47 661 euros, objet des dégrèvements intervenus en cours d'instance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Casa Bianca et au directeur du contrôle fiscal sud-est outre-mer de la direction générale des finances publiques.

Délibéré après l'audience du 1er avril 2025, où siégeaient :

- M. Pierre Monnier, président ;

- M. Jan Martin, premier conseiller ;

- Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2025.

La rapporteure,

Signé

N. SADATLe président,

Signé

P. MONNIER La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2502339

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté les requêtes de la SA Montpellier Rugby Club visant à obtenir la décharge de la cotisation foncière des entreprises (CFE) pour les années 2022 à 2024. Le tribunal a jugé que le club disposait bien, pour les besoins de son activité professionnelle, du contrôle et de l'utilisation matérielle du stade Yves du Manoir, mis à sa disposition par la métropole via des conventions d'occupation. Cette décision s'appuie sur les dispositions des articles 1467 et 1467 A du code général des impôts définissant l'assiette de la CFE.

08/04/2026

TA34Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2506327

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête d'un ressortissant marocain demandant l'annulation d'un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le tribunal a jugé que l'absence d'information sur le recours suspensif lors de la notification était sans effet sur la légalité de l'acte, et que l'exclusion du pays de renvoi à un État de l'espace Schengen ne constituait pas une atteinte disproportionnée aux droits du requérant, qui séjournait irrégulièrement. La décision s'appuie sur les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

08/04/2026

TA14Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2301139

Le Tribunal Administratif de Caen a rejeté la requête d'un agent du département de la Manche contestant son placement en disponibilité d'office pour raisons de santé. Le tribunal a jugé que la procédure était régulière, notamment en écartant l'exception de non-lieu à statuer soulevée par l'administration malgré l'admission ultérieure de l'agent à la retraite pour invalidité. La décision s'appuie sur les dispositions du code général de la fonction publique relatives aux congés de maladie et à la disponibilité d'office (articles L. 822-1, L. 514-4 et L. 826-1).

08/04/2026

TA14Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2400190

Le Tribunal Administratif de Caen, statuant sur deux requêtes en excès de pouvoir, a rejeté la demande d'annulation de deux titres de perception émis contre une enseignante contractuelle pour recouvrer des indus de rémunération. Le tribunal a jugé que les titres étaient réguliers en la forme et que la créance n'était pas prescrite, notamment au regard des dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000. Il a également estimé que le versement d'un demi-traitement pendant l'instruction d'une demande de retraite pour invalidité ne constituait pas un droit acquis.

08/04/2026

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