vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2300348 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP RIBAUT-PASQUALINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 mars 2023, M. A C, représenté par Me Ribaut-Pasqualini, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Corse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la date du jugement à intervenir, sous astreinte de 5 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
- s'agissant de sa demande de renouvellement de titre de séjour en tant qu'étudiant, le préfet ne saurait lui reprocher un changement d'orientation dès lors que s'il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étudiant afin d'obtenir un diplôme universitaire de guide-conférencier, il lui était loisible de s'engager ensuite dans un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) de pâtissier ;
- s'agissant de sa demande de titre de séjour en tant que salarié, il n'a pas à justifier le visa de long-séjour prévu à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il a présenté une demande de changement de statut et bénéficie d'une autorisation de travail et d'un salaire d'environ 1 000 euros par mois ;
- s'agissant de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, sa vie privée est ancrée en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Vega substituant Me Ribaut-Pasqualini, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant azerbaïdjanais, né le 23 octobre 1995, M. C est entré en France le 12 septembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiant, valable jusqu'au 30 août 2020. Ce titre de séjour a été renouvelé en dernier lieu jusqu'au 3 septembre 2022. M. C a sollicité le 31 août 2022, le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié et son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 15 février 2023, le préfet de la Haute-Corse a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I.- Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse / () / II.- La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. () " Aux termes du I de l'article R. 5221-3 du même code : " L'étranger qui bénéficie de l'autorisation de travail prévue par l'article R. 5221-1 peut, dans le respect des termes de celle-ci, exercer une activité professionnelle salariée en France lorsqu'il est titulaire de l'un des documents et titres de séjour suivants : () 2° La carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " salarié ", délivrée en application de l'article L. 421-1 () ". Aux termes de l'article R. 5221-20 : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : () 5° Lorsque l'étranger est titulaire d'une carte de séjour portant les mentions " étudiant " ou " étudiant-programme de mobilité " prévue à l'article L. 422-1, L. 422-2, L. 422-5, L. 422-26 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il a achevé son cursus en France ou lorsqu'il est titulaire de la carte de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " prévue à l'article L. 422-14 du même code, l'emploi proposé est en adéquation avec les diplômes et l'expérience acquise en France ou à l'étranger. "
3. Il résulte des dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail que la condition relative à l'adéquation entre l'emploi proposé à l'étranger titulaire d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " et ayant achevé son cursus en France, avec les diplômes et l'expérience acquise en France ou à l'étranger, est appréciée par l'autorité administrative compétente pour accorder l'autorisation de travail et non pour délivrer la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Il suit de là qu'en se fondant sur les circonstances que l'emploi de M. C, dont l'employeur s'était vu accorder une autorisation de travail le 3 novembre 2022, n'est pas en adéquation avec les études suivies en France, le préfet de la Corse-du-Sud a entaché d'une erreur de droit son refus de délivrer à l'intéressé une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".
4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, doivent être annulées par voie de conséquence.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de Haute-Corse de réexaminer la demande de titre de séjour portant la mention " salarié " de M. C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Haute-Corse du 15 février 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Corse de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour en qualité de salarié présentée par M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Haute-Corse.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Thierry Vanhullebus, président,
M. Jan Martin, premier conseiller,
Mme Pauline Muller, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
Le rapporteur,
signé
J. B
Le président,
signé
T. VANHULLEBUSLe greffier,
signé
A. AUDOUIN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
A. AUDOUIN
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