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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300496

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300496

vendredi 13 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300496
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bastia a rejeté la demande de la SAS MJ Management, qui sollicitait le remboursement d’un crédit d’impôt pour investissements en Corse. La juridiction a estimé que l’acquisition de deux véhicules en crédit-bail n’ouvrait pas droit au crédit d’impôt pour l’exercice 2021, la date de conclusion du contrat (2020) étant déterminante. Le tribunal a également jugé que la société ne démontrait pas que les autres investissements (pompe à carburant et démonte-pneu) étaient éligibles au titre des biens d’équipement amortissables en mode dégressif. La solution s’appuie sur les articles 244 quater E et 39 A du code général des impôts, ainsi que sur le règlement (UE) n° 651/2014.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 avril 2023, la SAS MJ Management doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) le remboursement d’un crédit d’impôt pour investissements en Corse pour un montant de 147 725 euros au titre de l’exercice clos le 31 décembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
l’administration fiscale ne pouvait limiter le montant de sa demande de remboursement de crédit d’impôt pour investissements en Corse à hauteur de 318 370 euros dès lors qu’elle a omis de prendre en compte le crédit d’impôt d’un montant de 32 206 euros dont la SARL l’Atrium, membre du groupe fiscal auquel elle appartient, avait droit au titre du droit au report de ce même crédit d’impôt ;
les investissements qu’elle a réalisé pour l’acquisition de deux véhicules en crédit-bail sont éligibles au bénéfice du crédit d’impôt pour investissements en Corse, les véhicules ayant été immatriculés en 2021 et les paiements résultant du contrat ayant été réalisés en 2021 ;
les investissements réalisés pour l’acquisition d’une pompe à carburant « Solaco » et d’un démonte-pneu sont éligibles au crédit d’impôt pour investissements en Corse sur le fondement des biens d’équipement amortissables selon le mode dégressif ;
les investissements qu’elle a réalisés ont été exploités en Corse ;
les investissements qu’elle a réalisés doivent être qualifiés d’investissement initial au sens du règlement (UE) n° 651/2014 du 17 juin 2014.


Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2023, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le règlement (UE) n° 651/2014 de la Commission du 17 juin 2014 ;
le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience. Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Doucet ;
et les conclusions de M. Halil, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

La SAS MJ Management, créée le 21 mai 2014, société holding tête du groupe fiscalement intégré composé notamment de la SARL Logexor, a sollicité le 25 avril 2022 le bénéfice d’un crédit d’impôt pour investissements en Corse au titre de l’exercice clos le 31 décembre 2022, pour un montant de 350 576 euros correspondant à 20 % de 2 343 650 euros d’investissements réalisés par la SARL Logexor. Par une décision du 14 février 2023, l’administration a accepté sa demande à hauteur de 202 851 euros et a rejeté le surplus. Par la présente requête, la SAS MJ Management demande au tribunal de lui accorder le remboursement d’un crédit d’impôt pour investissements en Corse pour un montant de 147 725 euros au titre de son exercice clos le 31 décembre 2021.

Sur le bien-fondé de la demande de remboursement :

Sur la loi fiscale :
Aux termes de l’article 244 quater E du code général des impôts, dans sa version applicable à l’exercice en cause : « I. – 1° Les petites et moyennes entreprises relevant d’un régime réel d’imposition peuvent bénéficier d’un crédit d’impôt au titre des investissements, autres que de remplacement, financés sans aide publique pour 25 % au moins de leur montant, réalisés jusqu’au 31 décembre 2023 et exploités en Corse pour les besoins d’une activité industrielle, commerciale, artisanale, libérale ou agricole autre que : (…) / 3° Le crédit d’impôt prévu au 1° est égal à 20 % du prix de revient hors taxes, à l’exclusion des meublés de tourisme
: / a. Des biens d’équipement amortissables selon le mode dégressif en vertu des 1 et 2 de l’article 39 A et des agencements et installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle créés ou acquis à l’état neuf ; / b. Des biens, agencements et installations visés au a pris en location, au cours de la période visée au 1°, auprès d’une société de crédit-bail régie par le chapitre V du titre Ier du livre V du code monétaire et financier ; / (…) / V. – Le bénéfice du crédit d’impôt mentionné au I est subordonné au respect de l’article 14 du règlement (UE) n° 651/2014 de la Commission du 17 juin 2014 déclarant certaines catégories d’aides compatibles avec le marché intérieur en application des articles 107 et 108 du traité. ».


En premier lieu, il résulte de l’instruction que la SARL Logexor a acquis deux véhicules par contrat de crédit-bail conclu le 17 décembre 2020. Ainsi que le fait valoir l’administration fiscale, la date qu’il convient de retenir, pour la détermination de l’exercice au titre duquel le crédit d’impôt est demandé, est celle de la conclusion du contrat de crédit-bail. Par suite, la société requérante ne pouvait demander le bénéfice du crédit d’impôt au titre de l’exercice clos le 31 décembre 2021, qui n’est pas l’exercice au cours duquel le contrat de crédit-bail a été conclu. Par suite, c’est à bon droit que l’administration fiscale lui a refusé, pour ce motif, le remboursement d’un crédit d’impôt à raison de ces investissements.
En deuxième lieu, aux termes de l’article 39 A du code général des impôts :
« 1. L’amortissement des biens d’équipement, autres que les immeubles d’habitation, les chantiers et les locaux servant à l’exercice de la profession, acquis ou fabriqués à compter du 1er janvier 1960 par les entreprises industrielles, peut être calculé suivant un système d’amortissement dégressif, compte tenu de la durée d’amortissement en usage dans chaque nature d’industrie. Un décret en Conseil d’Etat fixe les modalités de l’amortissement dégressif.
». Aux termes de l’article 22 de l’annexe II du code général des impôts : « Les entreprises passibles de l’impôt sur les sociétés ou de l’impôt sur le revenu au titre des bénéfices industriels et commerciaux peuvent amortir suivant un système dégressif, dans les conditions fixées aux articles 23 à 25, les immobilisations acquises ou fabriquées par elles à compter du 1er janvier 1960 et énumérées ci-après : / Matériels et outillages utilisés pour des opérations industrielles de fabrication, de transformation ou de transport ; / Matériels de manutention ; ». Il résulte des termes mêmes de l’article 22 de l’annexe II que le bénéfice du système d’amortissement dégressif est réservé aux biens d’équipement normalement utilisés par les entreprises industrielles au stade de la production, sans qu’il soit besoin que l’entreprise qui en demande le bénéfice exerce elle-même une activité industrielle.
D’une part, il résulte de l’instruction que la société requérante a sollicité, au titre des biens amortissables selon le mode dégressif, le bénéfice du crédit d’impôt pour investissements en Corse à raison de l’investissement réalisé pour l’acquisition d’une pompe à carburant
« Solaco ». Toutefois, cet équipement n’est susceptible de rentrer dans aucune des catégories listées par les articles précités du code général des impôts et de l’annexe II de ce même code. D’autre part, s’agissant du démonte-pneu acquis par la SARL Logexor, qui exerce une activité de location de matériel et de logistique, il ne résulte pas de l’instruction, eu égard aux seuls éléments présents dans la facture fournie par la société requérante, que ce bien soit susceptible d’être normalement utilisé par une entreprise industrielle dans son activité productrice. Par suite, la société requérante n’est pas fondée à soutenir que ces biens sont amortissables selon le mode dégressif dans des conditions lui ouvrant droit au bénéfice du crédit d’impôt.
En troisième lieu, l’administration fiscale a refusé le bénéfice du crédit d’impôt pour investissements en Corse, pour les investissements réalisés aux fins d’acquisition d’un chariot élévateur « Jungheinrich », d’un kit de motorisation, d’un portique de lavage, d’une citerne, de racks et, aux fins de réalisation de travaux d’aménagement d’une aire de carburant et de travaux d’électricité, au motif que la totalité de ces prestations avaient été livrées ou exécutées à une adresse située à Vitrolles, de sorte que ces investissements ne pouvaient être regardés comme étant exploités en Corse. Si la société soutient que les prestations en litige ont d’abord été livrées à Vitrolles pour être livrées, par la suite, en Corse, elle ne fournit aucun élément de nature à étayer ces allégations. Par suite, la société MJ Management n’est pas fondée à soutenir que ces investissements seraient exploités en Corse et seraient donc éligibles au crédit d’impôt précité.

En quatrième lieu, le point 3 de l’article 14 du règlement (UE) n° 651/2014, dans sa version applicable, prévoit que : « Dans les zones assistées remplissant les conditions de l’article 107, paragraphe 3, point a), du traité, les aides peuvent être octroyées pour un investissement initial, quelle que soit la taille du bénéficiaire. Dans les zones assistées remplissant les conditions de l’article 107, paragraphe 3, point c), du traité, les aides peuvent être octroyées aux PME pour un investissement initial, quelle qu’en soit la forme. Les aides aux grandes entreprises ne peuvent être octroyées que pour un investissement initial en faveur d’une nouvelle activité économique dans la zone concernée. ». Ce même règlement définit la notion d’investissement initial en son l’article 2 : « Aux fins du présent règlement, on entend par : / (…)
49. « investissement initial » : / a) tout investissement dans des actifs corporels et incorporels se rapportant à la création d’un établissement, à l’extension des capacités d’un établissement existant, à la diversification de la production d’un établissement vers des produits qu’il ne produisait pas auparavant ou à un changement fondamental de l’ensemble du processus de production d’un établissement existant (…) ». Les investissements éligibles ne doivent pas avoir pour objet le remplacement d’investissements déjà exploités en Corse, pour les besoins de la même activité. Cette condition n’est notamment pas remplie si l’acquisition d’un bien s’accompagne d’une sortie de l’actif d’un bien similaire.
Pour qualifier les investissements exposés par la SARL Logexor d’investissements de remplacement, l’administration fiscale a constaté que quatorze véhicules étaient sortis de l’actif immobilisé de la société durant l’exercice 2021 et a constaté que quatorze véhicules avaient été acquis durant ce même exercice. Par ailleurs, l’administration a, d’une part, refusé le bénéfice du crédit d’impôt pour investissements en Corse, pour sa totalité, à raison des investissements exposés pour l’acquisition de trois semi-remorques de 38 tonnes et 40 tonnes, en l’absence d’augmentation du poids de ces véhicules par rapport aux précédents utilisés par la société et, d’autre part, a admis, à hauteur de la quote-part représentant l’extension des capacités, onze autres véhicules au titre du crédit d’impôt précité en retenant comme critère de proratisation le poids en tonnes de chaque véhicule. Pour contester cette méthode de qualification et d’évaluation, la société requérante soutient que l’administration fiscale aurait dû qualifier la totalité des véhicules acquis d’investissement initial, dès lors que la nature de ces véhicules avait changé. Toutefois, elle ne démontre pas en quoi ce changement de nature de véhicule aurait entraîné l’extension des capacités de sa société-fille, la diversification de sa production vers des produits qu’elle ne produisait pas auparavant ou un changement fondamental de l’ensemble du processus de production de celle-ci. Ainsi, elle n’est pas fondée à soutenir que ces investissements seraient éligibles au crédit d’impôt pour investissements en Corse.
En cinquième lieu, aux termes de l’article 199 ter D du code général des impôts :
« I. – Le crédit d’impôt défini à l’article 244 quater E est imputé sur l’impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l’année au cours de laquelle les biens éligibles au dispositif sont acquis, créés ou loués. Lorsque les biens éligibles sont acquis, créés ou loués au titre d’un exercice ne coïncidant pas avec l’année civile, le crédit d’impôt correspondant est imputé sur l’impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l’année au cours de laquelle l’exercice est clos. Si le montant du crédit d’impôt excède l’impôt dû au titre de ladite année, l’excédent est utilisé pour le paiement de l’impôt sur le revenu dû au titre des neuf années suivantes. Le solde non utilisé est remboursé à l’expiration de cette période dans la limite de 50 % du crédit d’impôt et d’un montant de 300 000 €. / Toutefois, sur demande du redevable, le solde non utilisé peut être remboursé à compter de la cinquième année, dans la limite de 35 % du crédit d’impôt et d’un montant de 300 000 €. ». Aux termes de l’article 49 septies WD de l’annexe III de ce même code : « Pour l’application des dispositions de l’article 199 ter D du code général des impôts, les personnes physiques titulaires du crédit d’impôt doivent joindre à leur déclaration d’impôt sur le revenu ou à leur déclaration de résultat de l’exercice, s’il s’agit d’exploitant individuel, un

état de suivi du crédit d’impôt conforme à un modèle fourni par l’administration. ». Aux termes de l’article 49 septies WF de la même annexe du même code : « Les demandes de remboursement du crédit d’impôt pour investissement en Corse prévues à l’article 199 ter D du code général des impôts sont présentées au comptable chargé du recouvrement de l’impôt sur le revenu ou de l’impôt sur les sociétés du demandeur en lui adressant l’état de suivi mentionné à l’article 49 septies WD. ».
La société MJ Management se prévaut de l’existence d’un reliquat de crédit d’impôt pour investissements en Corse à hauteur de 32 206 euros en faveur de la société l’Atrium, membre du groupe fiscal. Toutefois, l’administration fiscale soutient, sans être sérieusement contestée, que le reliquat dont la société requérante fait état résulte d’un crédit d’impôt rattaché à l’exercice 2011, d’un montant de 20 966 euros, tel que le démontre la liquidation de l’impôt sur les sociétés, pour l’exercice clos le 31 décembre 2018 de la société l’Atrium, établi le 29 octobre 2019. Ainsi, la société requérante ne pouvait se prévaloir d’un droit à remboursement de ce montant, dès lors qu’il a été exercé plus de neuf années suivant la naissance de la créance. Par ailleurs, en ne fournissant à l’instruction que le formulaire de liquidation de son impôt sur les sociétés pour l’exercice clos au 31 décembre 2021, faisant mention d’un solde de créance des exercices antérieurs de crédit d’impôt pour investissements en Corse d’un montant de 32 206 euros, la SAS MJ Management ne saurait justifier de la réalité du surplus du reliquat de crédit d’impôt d’un montant de 11 210 euros. Par suite, c’est à bon droit que l’administration fiscale a estimé que ces investissements ne pouvaient donner lieu à un remboursement.
Sur l’interprétation administrative de la loi fiscale :
Aux termes de l’article L. 80 A du livre des procédures fiscales : « Il ne sera procédé à aucun rehaussement d’impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l’administration est un différend sur l’interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s’il est démontré que l’interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l’époque, formellement admise par l’administration (…) ».
La garantie prévue par le premier alinéa de l’article L. 80 A du livre des procédures fiscales ne peut être invoquée que pour contester les rehaussements d’impositions auxquels procède l’administration fiscale. Ainsi, la SAS MJ management ne peut se prévaloir de l’instruction BOI-BIC-AMT-20-20-20-10 n° 20 publiée le 12 septembre 2012, pour contester le refus de l’administration de faire droit à sa demande tendant au bénéfice du crédit d’impôt institué par les dispositions de l’article 244 quater E du code général des impôts.
Il résulte de ce qui précède que la société requérante n’est pas fondée à demander le remboursement du crédit d’impôt pour investissements en Corse au titre des investissements qu’elle a réalisé au titre de l’exercice clos le 31 décembre 2021.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que la société requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, et alors, en tout état de cause, que la société requérante n’établit pas avoir exposé des frais pour assurer sa défense dans la cadre de la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS MJ Management est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS MJ Management et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse.


Délibéré après l’audience du 30 janvier 2026, où siégeaient : Mme Castany, présidente ;
M. Carnel, conseiller ; Mme Doucet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2026.



La rapporteure, signé
A. Doucet

La présidente, signé
C. Castany


La greffière, signé
L. Retali



La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, Une greffière,

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