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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300541

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300541

vendredi 14 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300541
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMERIDJEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bastia, statuant en plein contentieux, a rejeté la requête de M. A... qui contestait le refus de la ministre des armées de lui octroyer une pension militaire d'invalidité. Le tribunal a jugé que la décision de la commission de recours de l'invalidité du 15 février 2023, qui s'est substituée à la décision initiale, était suffisamment motivée et que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision initiale était inopérant. Sur le fond, le tribunal a estimé que M. A... ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'une pension au titre des infirmités invoquées, en application du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mai 2023, M. B... A..., représenté par Me Meridjen demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 19 juillet 2022 par laquelle la ministre des armées a refusé de lui octroyer une pension militaire d'invalidité et la décision de la commission de recours de l’invalidité du 15 février 2023 rejetant son recours administratif préalable obligatoire ;

2°) d’ordonner avant dire droit une expertise médicale afin de déterminer l’existence d’une aggravation de son état de santé et de fixer le taux d’invalidité ;

3°) d’enjoindre au ministre des armées de régulariser sa situation en lui accordant une pension militaire d’invalidité.

Il soutient que :
- la décision du ministre du 19 juillet 2022 est entachée d’incompétence de son auteur ;
- la décision de la commission de recours de l’invalidité du 15 février 2023 rejetant son recours administratif préalable obligatoire est insuffisamment motivée en fait ;
- les décisions attaquées sont entachées d’une erreur d’appréciation : il remplit les conditions pour bénéficier d’une pension d’invalidité au titre des infirmités « lombalgie avec raideur », « séquelles de traumatisme de la cheville gauche » et « séquelles de traumatisme de l’épaule droite ».

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2025, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- les conclusions tendant à l’annulation de la décision du ministre du 19 juillet 2022 sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Zerdoud,
- les conclusions de M. Martin, rapporteur public,
- et les observations de Me Silvestri, substituant Me Meridjen, avocat du requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A... a sollicité, le 9 juin 2021, le bénéfice d’une pension militaire d’invalidité en raison de neuf infirmités. Par une décision du 19 juillet 2022, la ministre des armées a rejeté cette demande et par une décision du 15 février 2023, la commission de recours de l’invalidité a rejeté son recours administratif préalable obligatoire. Par la présente requête, M. A... demande au tribunal de prononcer l’annulation de ces deux décisions et de lui accorder une pension militaire d’invalidité.

Sur le cadre du litige :

2. Aux termes de l’article R. 711-1 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre : « Tout recours contentieux formé à l'encontre des décisions individuelles prises en application des dispositions du livre Ier et des titres Ier à III du livre II du présent code est précédé, à peine d'irrecevabilité, d'un recours administratif préalable obligatoire examiné par la commission de recours de l'invalidité, placée conjointement auprès du ministre de la défense et du ministre chargé du budget.(…) ». Aux termes de l’article R. 711-15 du même code : « Dans un délai de quatre mois à compter de sa saisine, la commission notifie à l'intéressé sa décision prise sur le recours, qui se substitue à la décision contestée. (…) ».

3. Lorsqu'il est saisi d'un litige en matière de pensions militaires d'invalidité, il appartient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer sur les droits de l'intéressé en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, et aussi, le cas échéant, d'apprécier, s'il est saisi de moyens en ce sens ou au vu de moyens d'ordre public, la régularité de la décision en litige.

4. Les décisions prises sur le recours administratif préalable obligatoire se substituent aux décisions initiales et sont seules susceptibles de faire l’objet d’un recours contentieux. Cette substitution ne fait toutefois pas obstacle à ce que soient invoqués à leur encontre des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure applicables aux décisions initiales qui, ne constituant pas uniquement des vices propres à ces décisions, sont susceptibles d'affecter la régularité des décisions soumises au juge.

5. Ainsi, alors que les conclusions de M. A... doivent être considérées comme dirigées contre la seule décision du 15 février 2023 par laquelle la commission de recours de l’invalidité a rejeté son recours formé contre la décision ministérielle, laquelle s’est substituée à cette dernière, celui-ci ne peut utilement soulever l’incompétence de l’auteur de la décision du 19 juillet 2022, qui ne constitue pas un vice propre.

Sur la régularité de la décision attaquée :

6. En premier lieu, aux termes de l’article L. 211‑2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / (…) 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ». Selon les termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».

7. La décision en litige du 15 février 2023 qui mentionne l’ensemble des infirmités dont souffre M. A... ainsi que sa première demande de pension mais également les motifs pour lesquels le ministre des armées a rejeté sa demande, comporte les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde, qui ont permis à l’intéressé d’en discuter utilement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en fait peut être écarté.

Sur le droit à pension de M. A... :

8. Aux termes de l’article L. 121-1 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre applicable au litige : « Ouvrent droit à pension : 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service ; 4° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'accidents éprouvés entre le début et la fin d'une mission opérationnelle, y compris les opérations d'expertise ou d'essai, ou d'entraînement ou en escale, sauf faute de la victime détachable du service ». Aux termes de l’article L. 121-2 du même code : « Est présumée imputable au service : 1° Toute blessure constatée par suite d'un accident, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ; 2° Toute blessure constatée durant les services accomplis par un militaire en temps de guerre, au cours d'une expédition déclarée campagne de guerre, d'une opération extérieure mentionnée à l'article L. 4123-4 du code de la défense ou pendant la durée légale du service national et avant la date de retour sur le lieu d'affectation habituelle ou la date de renvoi dans ses foyers ; 3° Toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1, L. 461-2 et L. 461-3 du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le militaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ces tableaux ; 4° Toute maladie constatée au cours d'une guerre, d'une expédition déclarée campagne de guerre, d'une opération extérieure mentionnée à l'article L. 4123-4 du code de la défense ou pendant la durée légale du service national, avant le soixantième jour suivant la date de retour sur le lieu d'affectation habituelle ou la date de renvoi du militaire dans ses foyers ». Enfin, aux termes de l’article L 121-2-3 du même code : « La recherche d'imputabilité est effectuée au vu du dossier médical constitué pour chaque militaire lors de son examen de sélection et d'incorporation. Dans tous les cas, la filiation médicale doit être établie entre la blessure ou la maladie ayant fait l'objet de la constatation et l'infirmité invoquée ».

9. Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le demandeur d’une pension ne peut pas bénéficier de la présomption légale d’imputabilité au service, il incombe à ce dernier d’apporter la preuve que l’infirmité a eu sa cause certaine, directe et déterminante dans le service ou dans une infirmité déjà pensionnée. Cette preuve ne saurait résulter de la seule circonstance que l’infirmité soit apparue durant le service, ni d’une hypothèse médicale, ni d’une vraisemblance, ni d’une probabilité, aussi forte soit-elle, ni des conditions générales de service partagées par l’ensemble des militaires servant dans la même unité et soumis de ce fait à des contraintes et des sujétions identiques.

10. Aux termes de l’article L. 121-5 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre : « La pension est concédée :/ 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse 10 % ; / 2° Au titre d'infirmités résultant de maladies associées à des infirmités résultant de blessures, si le taux global d'invalidité atteint ou dépasse 30 % (…) ». Une infirmité doit être regardée comme résultant d’une blessure lorsqu’elle trouve son origine dans une lésion soudaine, consécutive à un fait précis de service. En l’absence de tout fait précis ayant entraîné un traumatisme, à l’origine de l’infirmité litigieuse, celle-ci doit être qualifiée de maladie.

S’agissant de l’infirmité « lombalgie avec raideur » :

11. Il résulte de l’instruction que, dans son rapport du 21 février 2022, l’expert mandaté par l’administration, a constaté que M. A... présentait des séquelles d’un traumatisme du rachis dorso-lombaire consécutif à un accident de service survenu le 17 novembre 2016 et a fixé le taux d’invalidité correspondant à 15 %. Dans son avis du 13 avril 2022, le médecin-conseil chargé des pensions militaires d’invalidité a d’une part, relevé que le livret médical de l’intéressé ne mentionnait aucune lésion soudaine imputable à l’accident du 17 novembre 2016, que la radiographie réalisée le lendemain n’avait révélé ni anomalie ni fracture et que ce n’est qu’en 2018, lors d’une visite médicale périodique, que l’intéressé avait signalé une lombalgie chronique, d’autre part, retenu que le rapport d’expertise mettait en évidence des séquelles fonctionnelles de type lombalgie avec raideur, lesquelles ne pouvaient être qualifiées de blessure mais constituaient une maladie « hors guerre » et ainsi, a évalué le taux d’invalidité de l’intéressé, à 15 %, soit un niveau inférieur au seuil minimum indemnisable fixé à 30 %. M. A..., qui ne conteste pas la qualification de maladie retenue par le médecin-conseil et confirmée par la commission de recours de l’invalidité, se borne à invoquer ses difficultés à s’habiller, à conduire, à rester assis, ainsi que l’impossibilité de pratiquer une activité sportive. Toutefois, ces éléments, à les supposer établis, ne sont pas de nature à remettre en cause l’appréciation de la commission. En l’absence de tout élément, notamment médical, permettant d’établir que le taux d’invalidité dont souffre M. A... excéderait le seuil de 30 % ouvrant droit à pension au titre de la maladie, la commission de recours de l’invalidité n’a pas commis d’erreur d’appréciation en rejetant sa demande de pension au titre de cette infirmité.

S’agissant de l’infirmité « séquelles de traumatisme de la cheville gauche » :

12. Il résulte de l’instruction que, dans son rapport du 21 février 2022, l’expert mandaté par l’administration, a constaté que M. A... présentait des séquelles d’un traumatisme de la cheville gauche consécutives aux accidents de service des 21 avril 2009 et 8 septembre 2020, et a fixé le taux d’invalidité à 10 %. Dans son avis du 13 avril 2022, le médecin-conseil chargé des pensions militaires d’invalidité a relevé que l’expertise décrivait une symptomatologie essentiellement douloureuse sans séquelles fonctionnelles, et a estimé que le taux d’invalidité devait être fixé à un niveau inférieur au seuil minimum indemnisable de 10 %. M. A..., qui se borne à faire état de difficultés pour courir ou marcher au-delà du 8ᵉ kilomètre, n’apporte aucun élément, notamment médical, de nature à établir que son taux d’invalidité excéderait le seuil de 10 % ouvrant droit à pension. Par suite, la commission de recours de l’invalidité n’a pas commis d’erreur d’appréciation en rejetant la demande du requérant au titre de cette infirmité.

S’agissant de l’infirmité « séquelles de traumatisme de l’épaule droite » :

13. Il résulte de l’instruction que, dans son rapport du 21 février 2022, l’expert mandaté par l’administration, a constaté que M. A... présentait des séquelles d’un traumatisme de l’épaule droite, à type de disjonction articulaire acromio-claviculaire consécutives à un accident de service du 23 septembre 2011, et a fixé le taux d’invalidité à 10 %. Dans son avis du 13 avril 2022, le médecin-conseil chargé des pensions militaires d’invalidité a relevé que l’expertise décrivait une symptomatologie essentiellement douloureuse sans séquelles fonctionnelles, et a estimé que le taux d’invalidité devait être fixé à un niveau inférieur au seuil minimum indemnisable de 10 %. M. A..., qui se limite à invoquer de fortes douleurs à l’épaule lors de la reprise d’activités sportives, l’augmentation de volume de la clavicule depuis 2011 et la nécessité d’un traitement régulier pour soulager la douleur, n’apporte aucun élément, notamment médical, de nature à établir que son taux d’invalidité excéderait le seuil de 10 % ouvrant droit à pension. Par suite, la commission de recours de l’invalidité n’a pas davantage commis d’erreur d’appréciation en rejetant sa demande au titre de cette infirmité.

14. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit nécessaire d’ordonner la mesure d’expertise demandée par le requérant qui serait frustratoire, que sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.




D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,
Mme Zerdoud, conseillère,
M. Samson, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2025.


La présidente,

Signé

A. Baux


La rapporteure,
Signé
I. Zerdoud


La greffière,

Signé


R. Alfonsi

La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Une greffière,



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