vendredi 28 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2300596 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GANAYE VALLETTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 mai 2023, M. A B, représenté par Me Ganaye Vallette, demande au tribunal ;
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud a refusé de lui renouveler sa carte de séjour pluriannuelle ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ; en effet, la décision en litige mentionne qu'il ne sera pas procédé au renouvellement de " sa carte de résident " alors qu'il ne bénéficie que d'une carte de séjour pluriannuelle ;
- le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud a méconnu les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors d'une part, que l'infraction en cause est d'une moindre gravité, seule une peine d'amende ayant été prononcée et d'autre part, qu'elle est ancienne, les faits datant du 17 août 2020 ; ainsi, son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud qui n'a pas produit d'observations.
Par une ordonnance en date du 11 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 2 septembre suivant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Baux a été entendu au cours de cette audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 1er janvier 1974, de nationalité marocaine, qui déclare être entré en France au cours de l'année 2017, bénéficie d'une carte de séjour pluriannuelle valide du 1er novembre 2018 au 31 octobre 2022. Le 15 décembre 2022, l'intéressé en a sollicité le renouvellement. Par un courrier du 17 avril 2023, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud a informé M. B qu'il envisageait de ne pas renouveler sa carte de séjour et l'a invité à présenter ses observations. Par une décision en date du 17 mai 2023, dont M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud a refusé de renouveler le titre de séjour de l'intéressé et lui a délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler.
2. Lorsque l'administration refuse de délivrer ou de renouveler un titre de séjour en raison de la menace pour l'ordre public que constitue le comportement du demandeur, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque sont de nature à justifier légalement sa décision.
3 En l'espèce, pour refuser de procéder au renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle de M. B, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, se fondant à tort sur les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sauraient fonder le refus de renouvellement d'un tel titre de séjour, a considéré que son comportement constituait une menace à l'ordre public dès lorsqu'il avait été condamné, par le tribunal judiciaire de Bastia, le 18 novembre 2020, à une peine d'amende d'un montant de 1 200 euros pour les faits de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique et circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, commis le 17 août 2020. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, sans que cela soit contesté par le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud qui n'a pas produit de mémoire, que l'intéressé n'a été condamné, qu'à une seule reprise, à une peine d'amende, pour des faits certes punissables, commis depuis plus de trois ans à la date d'édiction de la décision contestée et qui demeurent isolés. Ainsi, cette unique condamnation, qui ne fait mention d'aucune d'atteinte aux biens ou aux personnes, ne pouvait permettre à l'autorité administrative de considérer que le comportement de M. B constituait, à la date de la décision attaquée, une menace pour l'ordre public, alors au surplus qu'une carte de séjour temporaire a par ailleurs été délivrée à l'intéressé, l'autorisant à travailler. Par suite, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud n'a pu refuser de procéder au renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle du requérant sans entacher la décision contestée d'une erreur d'appréciation.
4. Aussi, il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à solliciter l'annulation de la décision en cause.
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, le versement à M. B d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 17 mai 2023 refusant le renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle de M. B est annulée.
Article 2 : L'État versera à M. B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud.
Délibéré après l'audience du14 mars 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
Mme Zerdoud, conseillère,
M. Samson, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2025.
La présidente-rapporteure,
Signé
A. Baux
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Signé
I. Zerdoud
La greffière,
Signé
H. Nicaise
La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02134
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02150
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03459
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03472
08/04/2026