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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300604

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300604

jeudi 17 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300604
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSOLINSKI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bastia a examiné la requête de Mme D, inspectrice des finances publiques, contestant deux décisions du directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse : un courrier d’information du 5 mai 2023 sur un trop-perçu de rémunération pour treize jours d’absences injustifiées, et un titre de perception du 9 mai 2023 pour un indu de 1 947,65 euros bruts. Le tribunal a jugé irrecevables les conclusions dirigées contre le courrier du 5 mai 2023, considérant qu’il s’agissait d’un acte préparatoire ne faisant pas grief. Sur le fond, le tribunal a rejeté les moyens soulevés contre le titre de perception, notamment l’insuffisance de motivation, la méconnaissance du contradictoire, la prescription biennale et l’erreur d’appréciation, en application des dispositions du code général de la fonction publique et des lois relatives aux relations entre le public et l’administration. La requête a été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2023, Mme A D, représentée par Me Solinski, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler :

- la décision du 5 mai 2023 par laquelle le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse l'a informée d'un trop perçu de rémunération correspondant à treize jours d'absences injustifiées ;

- la décision du 9 mai 2023 par laquelle le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse lui a indiqué que l'indu de rémunération correspondant à ces 13 jours s'élevait à la somme de 1 947,65 € bruts et que cette somme serait prélevée sur ses payes à compter du mois de juin 2023 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de régulariser sa situation en cas d'exécution du titre de perception par précompte sur sa paye, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ; elles sont imprécises sur les éléments de calculs de l'indu ;

- la décision du 5 mai 2023 est entachée d'une erreur de calcul ;

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision du 9 mai 2023 ;

- la décision du 9 mai 2023 n'indique pas les bases de liquidation de la créance et est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire ;

- la créance est prescrite en application de la prescription biennale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de ses heures effectuées ; l'administration n'indique pas les dates auxquelles le service n'a pas été accompli ; elle ne justifie pas que les sommes indiquées dans cette décision lui ont été effectivement versées ;

- elle constitue une sanction déguisée dès lors que l'administration a appliqué la règle de trentième pour service non-fait sur sa prime de rendement ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision du 5 mai 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables ;

- les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 décembre 2024.

Par courrier du 30 mai 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de Mme D tendant à l'annulation du courrier du 5 mai 2023 l'informant d'un trop perçu de rémunération correspondant à treize jours d'absences injustifiées, cet acte ne faisant pas grief.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 61-825 du 29 juillet 1961 ;

- la loi n° 77-826 du 22 juillet 1977 ;

- la loi n° 87-588 du 30 juillet 1987 ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec l'administrations

- le décret n° 62-765 du 8 juillet 1962 ;

- le décret n° 66-874 du 21 novembre 1966 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Samson ;

- les conclusions de Mme Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Solinski, représentant Mme D, et de M. C, représentant le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Une note en délibéré présentée pour Mme D a été enregistrée le 15 juillet 2025.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, inspectrice des impôts depuis 1994, a été affectée à la direction des services fiscaux de la Haute-Corse de septembre 2000 jusqu'en août 2022, où elle a rejoint le service des impôts des entreprises (SIE) de la Haute-Corse en qualité d'inspectrice des finances publiques. Par un courrier du 5 mai 2023, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse l'a informée d'un trop perçu de rémunération, correspondant à treize jours d'absences injustifiées. Par un second courrier du 9 mai 2023, cette même autorité a émis à l'encontre de la requérante un titre de perception pour un indu de rémunération au titre de l'année 2022, d'un montant de 1 947,65 euros bruts. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 5 mai 2023 :

2. En l'espèce, par son courrier du 5 mai 2023, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse s'est borné à informer Mme D que son compteur de présence en service faisait apparaître un débit horaire qui, après régularisation a posteriori de ses congés, s'établissait à treize jours et, qu'en conséquence, une régularisation serait opérée par prélèvement sur son traitement. Une telle lettre d'information préalable à l'émission du titre de perception que constitue la seconde décision contestée du 9 mai 2023 ne revêt pas le caractère d'une décision faisant grief et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours en annulation. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de ce courrier du 5 mai 2023 sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 9 mai 2023 :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 4 de la loi de finances rectificatives du 29 juillet 1961, complétée par la loi du 22 juillet 1977 : " () / Il n'y a pas de service fait : 1°) Lorsque l'agent s'abstient d'effectuer tout ou partie de ses heures de service ; / 2°) Lorsque l'agent, bien qu'effectuant ses heures de service, n'exécute pas tout ou partie des obligations de service qui s'attachent à sa fonction telles qu'elles sont définies dans leur nature et leurs modalités par l'autorité compétente dans le cadre des lois et règlements ".

4. En conséquence, sauf dans le cas où elle révèlerait par elle-même un refus opposé à une demande tendant à la reconnaissance d'un droit à rémunération malgré l'absence de service fait, la décision par laquelle l'autorité administrative, lorsqu'elle liquide le traitement d'un agent, procède à une retenue pour absence de service fait au titre du 1° de l'article 4 de la loi du 29 juillet 1961 constitue une mesure purement comptable, qui n'a pas le caractère d'une décision refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit au sens du 6° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

5. D'autre part, aux termes de de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ".

6. En l'espèce, la décision attaquée ne constitue pas un ordre de recouvrer entrant dans le champ d'application de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 précitée. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne mentionne pas les bases de liquidation ne peut être utilement invoqué et doit, par suite, être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec l'administrations dispose que : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. / () ".

8. Il résulte de ces dispositions qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée. Sauf dispositions spéciales, les règles fixées par l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont applicables à l'ensemble des sommes indûment versées par des personnes publiques à leurs agents à titre de rémunération. Toutefois, si ces dispositions créent un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant la naissance du fait générateur de la créance, constitué par la mise en paiement de la somme indue, dans lequel l'ordonnateur peut émettre un titre exécutoire, elles n'instituent pas un délai de prescription du recouvrement de ces créances. En l'absence de toute autre disposition applicable, les causes d'interruption et de suspension de la prescription biennale instituée par les dispositions de cet article 37-1 sont régies par les principes dont s'inspirent les dispositions du titre XX du livre III du code civil.

9. Il s'ensuit que contrairement à ce qu'indique la requérante, le point de départ de la prescription biennale ne correspond pas aux dates d'absence de service fait mais au premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement. Aussi, en se bornant à indiquer que faute de pouvoir identifier les dates d'absence de service fait, la requérante n'établit pas que la créance en cause serait prescrite au sens et pour application des dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 cité au point 7. Par suite, le moyen tiré de ce que la créance serait prescrite manque en fait et ne peut être qu'écarté.

10. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 712-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire a droit, après service fait, à une rémunération comprenant : 1° Le traitement ; 2° L'indemnité de résidence ; 3° Le supplément familial de traitement ; 4° Les primes et indemnités instituées par une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article 1er du décret du 8 juillet 1962 portant règlement sur la comptabilité publique en ce qui concerne la liquidation des traitements des personnels de l'Etat : " Les traitements et les émoluments assimilés aux traitements () se liquident par mois et sont payables à terme échu. Chaque mois, quel que soit le nombre de jours dont il se compose, compte pour trente jours. Le douzième de l'allocation annuelle se divise, en conséquence, par trentième ; chaque trentième est indivisible ".

11. Il résulte de ces dispositions que l'absence de service fait, pendant une fraction quelconque de la journée, donne lieu à une retenue dont le montant est égal à la fraction du traitement frappé d'indivisibilité, c'est-à-dire au trentième de la rémunération mensuelle. En outre, eu égard au caractère mensuel et forfaitaire du traitement tel que défini à l'article 1er du décret du 6 juillet 1962, le décompte des retenues à opérer sur le traitement mensuel d'un agent public s'élève, en principe, à autant de trentièmes qu'il y a de journées où cette absence de service fait a été constatée, même si, durant certaines de ces journées, cet agent n'avait aucun service à accomplir.

12. Le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse a procédé à une retenue de treize trentièmes sur une rémunération mensuelle de Mme D au titre de l'année 2022, correspondant à ses absences injustifiées. En effet, il ressort des pièces du dossier et notamment des détails de pointage ainsi que de la synthèse du décompte du temps de travail pour l'année 2022, différents soldes négatifs relativement à ses horaires et cinq congés reportés automatiquement. Aussi, en se bornant à contester globalement l'absence de service non-fait ainsi que le défaut de mention, dans la décision attaquée, des dates précises de ses absences, la requérante ne conteste pas avoir été absente du service aux dates relevées sur les pièces versées au débat et ne contredit pas sérieusement le caractère injustifié de ces absences, ainsi que le fait valoir l'administration. De fait, alors que dans le calcul du nombre d'heures de service non-fait l'administration a déduit les 23,5 jours de congés pris par l'intéressée et régularisés a posteriori, cette dernière ne soutient pas qu'elle se serait trouvée, pour les jours restants en débit horaire, en position de congés annuels. Dans ces conditions et en se contentant de produire un décompte de ses jours de congés sans en tirer aucune conséquence, Mme D ne remet en cause ni la matérialité du nombre d'heures de service non-fait retenu par l'administration pour calculer la quantité de jours d'absence au service correspondant, qui paraît vraisemblable au regard des éléments circonstanciés produits, ni l'appréciation opérée par l'administration du nombre d'heures de service effectuées par la requérante en 2022. Par suite et conformément aux principes mentionnés au point précédent, le décompte des retenues à opérer sur le traitement de la requérante s'élevait à autant de trentièmes qu'il y avait de journées constatées de service non-fait. Le ministre a donc pu, sans faire une inexacte application des dispositions citées au point précédent, décider de retenir pour les treize jours de service non-fait correspondant à 88,50 heures d'absence injustifiées sur l'année 2022, treize trentièmes appliqués au titre d'un mois de rémunération de l'intéressé pour défaut de service fait. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit tenant à la méconnaissance des dispositions citées au point 10 manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

13. En quatrième lieu, la prime de rendement d'un agent, qui est une composante de sa rémunération en application du 4° de l'article L. 712-1 du code général de la fonction publique précité au point 10, peut ainsi faire l'objet d'une retenue selon la règle du " service non fait ". Par ailleurs, il n'est ni établi ni même allégué que l'administration aurait porté une appréciation sur le comportement de l'intéressée pour fixer le montant de l'indu litigieux ou que la décision en cause aurait été prise dans l'intention d'infliger une sanction à l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige constitue une sanction déguisée manque en fait et doit être écarté.

14. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit que la décision attaquée ne présente pas le caractère d'une sanction déguisée. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été exposé au point 4 qu'elle n'est pas de celle entrant dans le champ d'application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Enfin, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire ni d'aucun principe général, qu'un agent susceptible de faire l'objet d'une répétition d'indus de rémunération devrait être mis à même de présenter préalablement ses observations ou, plus généralement, que les décisions telles que celle en litige doivent être précédées d'une procédure contradictoire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire préalable est inopérant et doit être écarté.

15. En dernier lieu, à supposer que la requérante ait entendu contester avoir reçu les indus indiqués dans la décision attaquée, le moyen articulé autour de la précision du calcul opéré par l'administration, n'est en tout état de cause pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée en toutes ses conclusions, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de l'irrecevabilité des conclusions de la requérante à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie sera adressée pour information à la direction départementale des finances publiques de la Haute-Corse.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Zerdoud, conseillère,

M. Samson, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2025.

Le rapporteur,

Signé

I. Samson

La présidente,

Signé

A. Baux

La greffière,

Signé

M. E B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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