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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2400491

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2400491

vendredi 20 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2400491
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSTARK

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bastia a rejeté la requête de M. A... qui contestait la décision du 20 mars 2024 de la commission de recours de l'invalidité déclarant irrecevable sa demande de modification de sa fiche descriptive d'infirmités. Le tribunal a relevé d'office que cette décision ne faisait pas grief, car la commission avait déjà accordé à l'intéressé entière satisfaction sur ses droits à pension en lui octroyant un taux d'invalidité définitif de 40 % pour son stress post-traumatique. Par conséquent, les conclusions à fin d'annulation ont été jugées irrecevables. La décision s'appuie sur les dispositions du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre et du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 avril 2024, M. B... A..., représenté par Me Stark, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 20 mars 2024 par laquelle le président de la commission de recours de l’invalidité a déclaré sa demande de modification de la fiche descriptive de ses infirmités irrecevable ;

2°) d’enjoindre à l’administration d’établir une nouvelle fiche descriptive de ses infirmités, en mentionnant que son état de stress post-traumatique avec syndrome dépressif, pour lequel une pension militaire d’invalidité au taux de 40 % lui a été octroyée de manière définitive à compter du 12 novembre 2022, est aussi imputable à l’opération extérieure (OPEX) qu’il a réalisée au Mali ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 850 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- son recours est recevable ;
- la décision attaquée ainsi que la décision prise antérieurement par le ministre sont entachées d’une erreur de droit, dès lors que le fait traumatique pour lequel a été accordé un taux d’invalidité définitif de 40 % est imputable tant à son « OPEX » effectuée en Afghanistan, qu’à celle réalisée au Mali, de sorte qu’il est en droit de voir indiquer sur sa fiche descriptive des infirmités, en exécution de la décision de la commission de recours de l’invalidité du 12 octobre 2023, la mention « Mali » en plus de celle « Afghanistan » ;
- elle est entachée d’un « défaut de transparence » et de « loyauté » et a été prise en méconnaissance de ses droits « à une instruction équitable de son dossier », « à ne pas être discriminé en raison de son origine et de sa maladie » et « à obtenir la reconnaissance de la Nation selon le principe d’égalité des pensionnés militaires d’invalidité » dès lors que les rapports médicaux réalisés par les psychiatres n’étaient pas joints au courrier lui notifiant son titre de pension, ni à celui accompagnant sa fiche descriptive des infirmités ;
- elle est illégale par exception d’illégalité de l’arrêté du 21 juin 2021 par lequel le ministre des armées lui a accordé une pension militaire d’invalidité au taux global de 50 %.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 août 2025, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les conclusions à fin d’annulation formulées par le requérant sont irrecevables :
- en l’absence de moyens tendant à remettre en cause la décision d’irrecevabilité de la commission de recours de l’invalidité du 20 mars 2024, seule susceptible de recours pour excès de pouvoir ;
- dès lors que la décision d’irrecevabilité de la commission de recours de l’invalidité du 20 mars 2024 n’a pas pour objet de se prononcer sur un droit à pension militaire d’invalidité, de sorte qu’elle est également insusceptible de recours contentieux.

Par un courrier du 2 février 2026, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de l’irrecevabilité des conclusions de M. A... tendant à l’annulation de la décision du 20 mars 2024 de la commission de recours de l'invalidité, cet acte ne faisant pas grief dès lors que cette commission a donné à l’intéressé entière satisfaction sur ses droits à pension.

Par un courrier du 4 février 2026, qui a été communiqué, le requérant a présenté des observations en réponse à ce moyen d’ordre public.

Par un courrier du 4 février 2026, le ministre des armées a également produit des observations en réponse, qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Samson ;
- les conclusions de M. Martin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Sous-officier de la légion étrangère depuis le 14 janvier 2009, M. A..., a été radié des cadres pour inaptitude physique, le 25 août 2019. Par un arrêté du 21 juin 2021, l’intéressé s’est vu concéder une pension militaire d’invalidité, à titre temporaire, à compter du 12 novembre 2019 jusqu’au 11 novembre 2022, au taux global de 50 %, qui a donné lieu à une fiche descriptive des infirmités en date du 28 juin 2021 pour un état de stress post-traumatique évalué au taux de 20 %, des séquelles de traumatismes de l’épaule droite et du nez, respectivement évaluées aux taux définitifs de 15 % et 10 %. Le 8 avril 2022, M. A... a sollicité d’une part, le renouvellement de sa pension militaire d’invalidité pour son état de stress post-traumatique en faisant état de son aggravation et d’autre part, l’octroi d’une pension militaire d’invalidité pour deux infirmités relatives à un traumatisme du genou gauche et à une cholangite biliaire primitive (CBP). Par un arrêté du 30 janvier 2023, accompagné d’une fiche descriptive du 8 février 2023, le ministre des armées a accordé à l’intéressé une pension militaire d’invalidité au taux global de 70 %, à compter du 8 avril 2022, en révisant au taux de 30 % son état de stress post-traumatique, en réitérant les taux retenus de 15 % et 10 % pour ses séquelles de traumatismes de l’épaule droite et du nez et en lui octroyant une pension pour des séquelles relatives à une entorse du genou, au taux de 15 %. A la suite d’un recours formé par M. A... contre cet arrêté, la commission de recours de l’invalidité, par une décision du 12 octobre 2023, lui a accordé un taux d’invalidité temporaire pour la période du 8 avril au 11 novembre 2022 et définitif à compter du 12 novembre 2022 de 40 % pour son état de stress post-traumatique. En réponse à un courrier de l’intéressé du 9 novembre 2023, ce dernier estimant qu’en exécution de cette décision, son OPEX effectuée au Mali devait aussi être mentionnée comme étant à l’origine de son état de stress post traumatique, le service des pensions, par un courrier du 22 janvier 2024, a informé que la décision de la commission du 12 octobre 2023 ne portait pas sur un recours tenant à contester l’origine de l’infirmité, mais sur le taux et l’imputabilité de celle-ci, rejetant alors ladite demande. Le 12 mars 2024, le requérant a de nouveau saisi la commission de recours de l’invalidité. Par une lettre du 20 mars 2024, la commission de recours de l’invalidité a rejeté ce recours comme irrecevable. Par la présente requête, M. A... demande au tribunal de prononcer l’annulation de la décision du 20 mars 2024 de la commission de recours de l’invalidité.

2. D’une part, aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / (…) ».

3. D’autre part, aux termes de l’article L. 711-2 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre : « Les recours contentieux contre les décisions individuelles prises en application du livre Ier et des titres Ier à III du livre II sont précédés d'un recours administratif préalable exercé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. ». Selon l’article R. 711-1 du même code : « Tout recours contentieux formé à l'encontre des décisions individuelles prises en application des dispositions du livre Ier et des titres Ier à III du livre II du présent code est précédé, à peine d'irrecevabilité, d'un recours administratif préalable obligatoire examiné par la commission de recours de l'invalidité, placée conjointement auprès du ministre de la défense et du ministre chargé du budget. / (…) ». Aux termes de l’article R. 711-15 de ce code : « Dans un délai de quatre mois à compter de sa saisine, la commission notifie à l'intéressé sa décision prise sur le recours, qui se substitue à la décision contestée. / (…) ».

4. En l’espèce, M. A... demande l’annulation de la lettre de la commission de recours de l’invalidité datée du 20 mars 2024, qui lui oppose l’irrecevabilité de son recours formé contre le courrier du service des pensions du 22 janvier 2024 et tendant à ce que son infirmité relative à son état de « stress post-traumatique avec syndrome dépressif, reviviscences, anxiété importante avec hyper vigilance et évitement, ochlophobie, addiction. Suivi et traitement spécialisés » donnant lieu à un taux définitif, à compter du 12 novembre 2022, de 40 %, soit aussi reconnue imputable à son OPEX réalisée au Mali, et non seulement à celle réalisée en Afghanistan. Or, à l’appui de sa demande, le requérant ne justifie ni même n’allègue que l’absence de cette mention aurait un effet sur son droit à pension, que ce soit sur le taux d’invalidité retenu, la période d’octroi ou la nature de ladite infirmité. Aussi, alors que l’infirmité en cause et son aggravation ont déjà été reconnues imputables aux missions effectuées par l’intéressé dans le cadre de son déploiement en « OPEX », la lettre en litige, qui a seulement pour objet de se prononcer à la suite de la contestation du requérant de l’absence de mention de son « OPEX » au Mali comme seconde cause de son état de stress post-traumatique, est sans conséquence sur ses droits à pension. Enfin, si M. A... indique dans son courrier de réponse au moyen d’ordre public soulevé par le tribunal, que la reconnaissance de l’imputabilité de ladite infirmité à son « OPEX » réalisée au Mali a un enjeu pécuniaire relatif à son droit à indemnisation auprès de son assureur, en tout état de cause, il n’en justifie pas. Il s’ensuit qu’une telle lettre ne revêtant pas le caractère d’une décision faisant grief, n’est, ainsi, pas susceptible de faire l’objet d’un recours en annulation et il en va de même, alors que la lettre de la commission de recours de l’invalidité ne s’est pas substituée à celle-ci, de la lettre du service des pensions du 22 janvier 2024.

5. Enfin, selon l’article R. 151-19 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre, dans sa version applicable au litige : « Le service désigné par le ministre chargé des anciens combattants et victimes de guerre notifie au pensionné, par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception, une fiche descriptive des infirmités comportant les mentions relatives à la nature et à la description de la ou des infirmités donnant lieu à pension. ».

6. La fiche descriptive des infirmités portant décision d’attribution d’une pension militaire d’invalidité, mentionnée notamment à l’article R. 151-19 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre, comporte les mentions relatives à la nature et à la description de la ou des infirmités donnant lieu à pension ainsi que le pourcentage attribué sur la base duquel sera liquidée la pension d’invalidité. Cette fiche, compte tenu de son objet, constitue une décision faisant grief, s’il n’a pas été entièrement fait droit à la demande du pensionné, susceptible de faire l’objet d’un recours dans les conditions prévues par le code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre.

7. A supposer que le requérant puisse, à la lumière de ses conclusions à fin d’injonction, être regardé comme excipant de l’illégalité de la fiche descriptive accompagnant la décision de la commission de recours de l’invalidité du 12 octobre 2023, il s’avère sans que cela soit contesté par l’intéressé, que la commission a fait entièrement droit à la demande du pensionné. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, cette fiche descriptive ne peut alors être regardée comme un acte faisant grief et, par conséquent, susceptible de recours.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par le requérant sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées, sans qu’il soit besoin d’examiner les fins de non-recevoir opposées par la ministre des armées. Il s’ensuit que la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à la ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 6 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,
Mme Zerdoud, conseillère,

M. Samson, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2026.


La présidente,

Signé


A. Baux

Le rapporteur,

Signé


I. Samson

La greffière,

Signé


R. Alfonsi

La République mande et ordonne à la ministre des armées, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Une greffière,





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