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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2400956

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2400956

vendredi 28 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2400956
TypeDécision
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 août 2024, M. A B, représenté par Me Labouret-Maurel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel le préfet de la Haute-Corse a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de réexaminer sa situation administrative et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission départementale du titre de séjour conformément aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations de articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Corse qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 16 septembre 2024 la clôture de l'instruction a été fixée au 17 octobre 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juillet 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Zerdoud.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 1er janvier 1963, déclare être entré en France pour la première fois, le 15 décembre 2011. Le 5 mars 2019, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un premier titre de séjour qui lui a été refusé par un arrêté du 28 juin 2019, confirmé par le tribunal, le 7 novembre 2019. Le requérant a fait l'objet de deux mesures d'éloignement en date des 1er avril et 15 septembre 2022. Le 11 mai 2023, M. B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 17 juin 2024, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet de la Haute-Corse a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B sur lesquelles le préfet de la Haute-Corse s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, la décision en litige comporte les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement qui ont ainsi permis au requérant d'en discuter utilement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation qui manque en fait doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

4. En l'espèce, si M. B soutient que, présent en France depuis plus de dix ans, le préfet de la Haute-Corse était tenu de saisir la commission du titre de séjour préalablement au rejet de sa demande d'admission au séjour, en se bornant à verser au débat, pour l'année 2015, des factures dentaires datées des mois d'avril, mai et septembre, l'intéressé ne justifie pas de sa présence habituelle au titre de cette année et dès lors, pas davantage de sa résidence habituelle en France depuis dix années à la date de l'arrêté qu'il conteste. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour.

5. En troisième lieu, d'une part, ainsi qu'il vient d'être dit, M. B ne justifie pas de la réalité de sa présence sur le territoire français depuis 2011. Si le requérant fait état, au titre de son insertion professionnelle, d'une promesse d'embauche établie par la SARL SIP, le 13 mars 2023, pour un contrat à durée indéterminée en qualité d'ouvrier polyvalent, ce seul élément, ne saurait être de nature à justifier un motif exceptionnel, M. B ne faisant au demeurant état d'aucune qualification ou expérience professionnelles particulières. Par ailleurs, si l'intéressé fait état de la présence régulière de sa fille en France et de son investissement dans l'éducation de ses petits-enfants, ces seuls éléments ne peuvent être regardés comme établissant l'existence de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour sur le territoire français. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Maroc où il a vécu jusqu'à l'âge de 48 ans et où réside son épouse. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressé que le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud a pu refuser de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Il résulte de ces dispositions que si la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être motivée, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus, comme en l'espèce, au 3° de l'article L. 611-1. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché la décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français d'une insuffisance de motivation.

8. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. En l'absence d'argumentation particulière, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté par les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. En l'espèce, si M. B soutient que la mesure d'éloignement aura pour conséquence de le séparer de sa fille et de ses petits-enfants, il ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, sa fille étant majeure et l'intérêt supérieur de ses petits-enfants étant de résider auprès de leurs parents. Par suite, la décision en litige n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes qui la fonde, notamment les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique les éléments de la situation personnelle du requérant, notamment les circonstances que M. B a fait l'objet le 28 juin 2019 d'un refus de séjour confirmé par le tribunal administratif de Bastia, le 7 novembre 2019 et de deux mesures d'éloignement en date des 1er avril 2021 et 15 septembre 2022 et que, par ailleurs, cette décision ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et à sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, doit par suite être écarté.

13. En deuxième lieu, en l'absence d'argumentation particulière, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté par les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Corse.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Zerdoud, conseillère,

M. Samson, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2025.

La présidente,

signé

A. Baux

La rapporteure,

signé

I. Zerdoud

La greffière,

signé

H. Nicaise

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R.Saffour

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