jeudi 17 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2500545 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Référés |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 et 14 avril 2025, M. C A, représenté par Me Labouret-Maurel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2025 par lequel le préfet de la Haute-Corse l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2025 par lequel le préfet de la Haute-Corse l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département de la Haute-Corse et lui a fait obligation de se présenter trois fois par semaine à la brigade de Calvi ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de réexaminer sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que les raisons ayant conduit à la nécessité de recourir au concours d'un interprète par voie téléphonique ne sont pas précisées ;
- cet arrêté n'est pas suffisamment motivé, en ce qu'il ne mentionne pas une autorisation de travail ;
- cet arrêté est entaché d'un défaut de prise en compte de sa situation personnelle alors qu'il bénéficiait d'un titre de séjour valable jusqu'au 14 février 2025 et s'est heurté à des problèmes techniques pour demander un nouveau titre de séjour sur la plateforme numérique ;
- cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce qu'il le prive de son droit au travail et au droit de l'enfant de bénéficier d'une unité familiale ;
- cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, par les mêmes motifs ;
- cet arrêté méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de risque de soustraire à l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée, en ce qu'il n'a aucune intention de se maintenir irrégulièrement en France ;
- l'arrêté portant assignation à résidence méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il justifie d'une autorisation de travail de 6 mois valable jusqu'au 1er juin 2025.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Jan Martin, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 16 avril 2025 à 11h en présence de Mme Alfonsi, greffière d'audience, M. B a lu son rapport.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant marocain né en 1989, M. A est entré en France en 2024. Il bénéficie d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 14 février 2025. A la suite de son audition le 3 avril 2025 par les services de la gendarmerie, il a fait l'objet, le même jour, d'un arrêté par lequel le préfet de la Haute-Corse l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département de la Haute-Corse. M. A demande l'annulation les deux arrêtés du 3 avril 2025.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger. "
3. Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de notification de l'arrêté litigieux portant obligation de quitter le territoire français que M. A a été entendu en présence d'un interprète " par téléphone ". Si l'administration ne précise pas les motifs qui auraient nécessité l'assistance d'un interprète par l'intermédiaire de moyens de télécommunication en cas de nécessité, en tout état de cause, il n'est ni établi ni même allégué que l'absence aux côtés de l'intéressé d'un interprète aurait empêché ce dernier d'exprimer clairement sa situation personnelle ou de comprendre les motifs de la décision litigieuse. Ainsi, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait été privé d'une garantie ou que cette absence aurait eu une incidence sur le sens de cette décision, le moyen tiré du vice de procédure au regard des dispositions précitées de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, sans que le requérant puisse utilement soutenir que cette décision n'a pas mentionné l'existence d'une autorisation de travail, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, contrairement à ce que le requérant soutient, la décision attaquée tient compte de la circonstance que la carte de séjour pluriannuelle en qualité de travailleur saisonnier était périmée. En outre, si cette décision n'indique pas que l'intéressé a rencontré des difficultés dans sa démarche de régularisation de sa situation sur une plateforme numérique enregistrant les demandes de titre de séjour, en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas allégué que celui-ci aurait signalé ces difficultés lors de son audition, le 3 avril 2025, par les services de la gendarmerie. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que pour prendre la décision litigieuse, le préfet n'aurait pas pris en compte sa situation personnelle et aurait ainsi entaché son arrêté d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.
6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Pour l'obliger à quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Corse s'est fondé sur les circonstances que M. A n'est entré en France qu'en 2024, à l'âge de 35 ans, est célibataire sans enfant, alors que la totalité de sa famille réside au Maroc. Contrairement à ce que le requérant soutient, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce dernier aurait un enfant. Dès lors, sans que la circonstance que l'intéressé bénéficie d'une autorisation de travail de 6 mois valable jusqu'au 1er juin 2025 justifie à elle seule que la décision litigieuse porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas allégué que le retour du requérant dans son pays d'origine l'exposerait à un risque de torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
Sur la légalité de la décision portant décision refusant un délai de départ volontaire :
10. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ".
11. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de la Haute-Corse s'est fondé sur le 3° de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, considérant qu'il existe un risque que M. A se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet, l'intéressé s'étant maintenu sur le territoire plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour sans en avoir demandé le renouvellement et ayant explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Si le requérant fait valoir que, postérieurement à l'expiration de son titre de séjour " travailleur saisonnier ", il a sollicité la délivrance d'un nouveau titre de séjour, il ne conteste pas qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire français. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
13. Ainsi qu'il a été dit au point 7, M. A n'est entré en France qu'en 2024 et est célibataire sans enfant. En outre, l'intéressé se borne à soutenir qu'il bénéficiait de la qualité de travailleur saisonnier avant de se heurter à des difficultés techniques pour régulariser son droit au séjour. Or, une telle circonstance ne présentant pas de caractère humanitaire, le moyen tiré de ce que la durée d'un an de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français serait disproportionnée doit être écarté.
Sur la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :
14. Eu égard à ce qui a été indiqué au point précédent et sans que le requérant puisse utilement se prévaloir d'une autorisation de travail de 6 mois valable jusqu'au 1er juin 2025, le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Haute-Corse.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2025.
Le magistrat désigné,
Signé
J. B
La greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. ALFONSI
Tribunal Administratif de Bastia — N° TA20-2600466
Le Tribunal Administratif de Bastia, statuant en référé, a rejeté la demande d'annulation de l'arrêté d'assignation à résidence de M. B..., ressortissant marocain. Le juge a estimé que l'arrêté préfectoral du 3 décembre 2025 était légalement motivé et conforme aux dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'éloignement étant considéré comme une perspective raisonnable. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la CEDH et de la disproportion des obligations ont été écartés.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Bastia — N° TA20-2600482
Le Tribunal Administratif de Bastia, statuant en référé, a rejeté la demande d'annulation de plusieurs arrêtés préfectoraux (obligation de quitter le territoire, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour et assignation à résidence) pris à l'encontre d'un ressortissant tunisien. Le juge a estimé que les moyens soulevés, notamment concernant la compétence de l'autorité signataire, la forme des décisions ou leur motivation, n'étaient pas de nature à créer un doute sérieux sur leur légalité dans le cadre de la procédure d'urgence. La décision s'appuie principalement sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Bastia — N° TA20-2600487
Le Tribunal Administratif de Bastia, statuant en référé, a rejeté la requête de M. A... visant à annuler plusieurs arrêtés préfectoraux (refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire, interdiction de retour, assignation à résidence). Le tribunal a jugé que le préfet de la Haute-Corse n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant la délivrance d'un titre de séjour, notamment au regard des dispositions de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), et que les autres mesures contestées, y compris le refus de délai de départ volontaire, étaient légalement justifiées. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur dans l'appréciation de l'insertion professionnelle et familiale n'ont pas été retenus.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Bastia — N° TA20-2600100
Le Tribunal administratif de Bastia, statuant en référé, a pris acte du désistement du préfet de la Haute-Corse, qui demandait la suspension d’un certificat d’urbanisme délivré par le maire de Poggio Mezzana pour la construction de trois maisons. Le préfet soutenait que le projet méconnaissait l’article L. 121-8 du code de l’urbanisme et se situait dans un espace stratégique agricole à protéger. Toutefois, la bénéficiaire du certificat ayant renoncé à son projet, le préfet s’est désisté, et le tribunal a donné acte de ce désistement sans se prononcer sur le fond.
03/02/2026