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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2501335

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2501335

mardi 3 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2501335
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat statuant seul

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bastia a été saisi par M. B... d’un recours en injonction visant à obtenir son relogement, suite à une décision de la commission départementale de médiation de la Corse-du-Sud du 15 mai 2025 le reconnaissant comme prioritaire. Le tribunal a fait droit à sa demande en application des articles L. 441-2-3-1 et R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation. Il a enjoint au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, de proposer à M. B... un logement adapté (type T1 ou T2) dans un délai de quatre mois, sans assortir cette injonction d’une astreinte. La solution retenue rappelle que l’État est soumis à une obligation de résultat en matière de droit au logement opposable, et que les diligences administratives en cours ne suffisent pas à exonérer cette responsabilité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 septembre 2025, M. B... demande au tribunal d’enjoindre au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud d’assurer son relogement adapté à sa situation conformément à la décision de la commission départementale de médiation de la Corse-du-Sud du 15 mai 2025.

Il soutient qu’aucune proposition de logement ne lui a été adressée.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 septembre 2025, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’après avoir procédé à l’information des bailleurs sociaux concernés afin qu’ils intègrent la demande de l’intéressé dans leurs priorités d’attribution, le traitement administratif de ce dossier est toujours en cours.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Mme Baux a donné lecture de son rapport au cours de l’audience publique qui s’est tenue le 27 janvier 2026 à 9 heures 30.

La clôture de l’instruction a été prononcée, à l’issue de l’audience, en application des dispositions de l’article R. 778-5 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. / (…) / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne statue en urgence, dans un délai de deux mois à compter de sa saisine. Sauf renvoi à une formation collégiale, l'audience se déroule sans conclusions du commissaire du Gouvernement. (…) / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte. (…) ». Aux termes de l’article R. 441-16-1 du même code : « (…) / le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l’article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n’a pas reçu d’offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d’urgence. (…) ».

2. Ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé leur adoption, fixent une obligation de résultat pour l’Etat, désigné comme garant du droit au logement opposable reconnu par le législateur. Ainsi, il résulte de ces dispositions que le juge doit, s’il constate qu’un demandeur de logement a été reconnu par une commission de médiation comme prioritaire et devant être logé ou relogé d’urgence et que ne lui a pas été offert un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonner à l’administration de loger ou reloger l’intéressé conformément à la décision de cette commission, sauf si l’urgence a ultérieurement disparu. Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné peut y procéder par ordonnance, en application du I de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation précité, lorsque le prononcé d'une injonction s'impose avec évidence au vu de la situation du requérant.

3. Par une décision du 15 mai 2025, la commission de médiation du département de la Corse-du-Sud a reconnu la situation de M. A... comme prioritaire et a estimé que celui-ci devait se voir attribuer, en urgence, un logement de type T1 ou T2, répondant à ses besoins et à ses capacités.

4. Si le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud fait valoir qu’il a accompli toutes les diligences nécessaires au traitement de la demande de l’intéressé en procédant, dès la décision du 15 mai 2025, à l’information des bailleurs sociaux concernés afin que ceux-ci l’intègrent dans leurs priorités d’attribution, il ne conteste cependant pas que ce dernier, qui fait état de la précarité de sa situation, n’a été destinataire d’aucune proposition de logement. Par suite, dès lors que ces circonstances sont insuffisantes pour délier l’État de l’obligation qui lui est faite, il y a lieu, en application de l’article L. 441-2-3-1 précité, d’enjoindre au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, de proposer à M. A... un logement adapté à ses besoins et capacités de type T1-T2, conformément à la décision du 15 mai 2025 de la commission de médiation, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction de l’astreinte prévue par les dispositions de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation.






DECIDE :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud de procéder au logement de M. A..., dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... et au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation.

Copie en sera adressée au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud.


Fait à Bastia, le 3 février 2026.


La présidente du tribunal, La greffière,


Signé signé


A. Baux R. Alfonsi

La République mande et ordonne au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Une greffière,












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