Le Tribunal administratif de Bastia, statuant en référé, a rejeté la demande de provision de M. C... et Mme B... qui sollicitaient la condamnation de l’État à leur verser 606,71 euros pour le remplacement des vitres de leur véhicule, brisées par un détenu lors de travaux de débroussaillage au centre pénitentiaire de Casabianda. Le juge a estimé que l’existence de l’obligation de l’administration n’était pas sérieusement contestable au sens de l’article R.541-1 du code de justice administrative, en raison de l’imprécision des faits (notamment l’absence de lien de causalité clair entre les dommages et les travaux). La requête a donc été rejetée en toutes ses conclusions.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée au greffe du tribunal le 14 octobre 2025, M. A... C... et Mme D... B..., représentés par Me Giudici, demandent au juge des référés :
1°) de condamner l’Etat à leur payer une somme de 606,71 euros augmentée des intérêts de droit depuis le 22 juillet 2025, en réparation des dégâts accidentellement causés à leur véhicule au cours de travaux de débroussaillage exécutés par un détenu du centre pénitentiaire de Casabianda ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- M. C... exerce la profession d’adjoint technique au centre pénitentiaire de Casabianda où il réside avec sa compagne ;
- à l’occasion de travaux de débroussaillage les 13 et 20 mars 2025, un détenu affecté au service d’entretien des espaces verts de ce centre a malencontreusement brisé les vitres de leur véhicule ;
- les travaux en cause, effectués à la demande de l’administration pénitentiaire, engagent la responsabilité de l’administration à raison des dommages causés par de tels travaux ; en outre, et contrairement à la pratique habituelle, l’administration ne les a pas avertis des opérations de débroussaillage en cours, de sorte qu’ils n’ont pas eu la possibilité de déplacer leur véhicule ;
- la créance qu’ils détiennent sur l’administration, correspondant au coût du remplacement des vitres brisées du véhicule, présente un caractère non sérieusement contestable.
La requête a été adressée le 15 octobre 2025 au Garde des Sceaux, ministre de la justice, qui n’a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance en date du 24 octobre 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 17 novembre 2025.
Par une décision du 26 août 2024, la présidente du tribunal administratif de Bastia a désigné M. Alfonsi, président honoraire, pour exercer les fonctions de juge des référés ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C... et Mme B... demandent au juge des référés de condamner l’Etat à leur payer une indemnité de 606,71 euros correspondant au coût de remplacement des vitres brisées de leur véhicule stationné dans l’enceinte des résidences du centre pénitentiaire de Casabianda où ils demeurent.
2. Aux termes de l’article R.541-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable (…) ».
3. Les requérants soutiennent que les dégâts dont ils demandent réparation ont été provoqués par un détenu chargé de l’entretien des espaces verts manipulant une débroussailleuse qui aurait projeté des pierres sur les vitres de leur véhicule. Toutefois, eu égard à l’imprécision des informations fournies au tribunal, selon lesquelles l’incident en cause aurait eu lieu « les 13 et 20 mars 2025 », sans fournir la moindre information sur les raisons susceptibles d’expliquer comment un incident, a priori ponctuel, a pu avoir lieu à deux reprises à une semaine d’intervalle en produisant les mêmes effets, M. C... et Mme B... n’ont pas mis le juge des référés à même d’apprécier, avec un degré de certitude suffisant, le lien de causalité entre les dommages subis par leur véhicule et les travaux auxquels ils les imputent.
4. Il résulte de ce qui vient d’être dit que la créance prétendument détenue sur l’Etat par les requérants ne pouvant être regardée comme non sérieusement contestable au sens des dispositions de l’article R.541-1 du code de justice administrative, leur requête visée ci-dessus doit, en toutes ses conclusions, être rejetée.
ORDONNE
Article 1er : La requête de M. C... et de Mme B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... C..., à Mme D... B... et au Garde des Sceaux, ministre de la Justice.
Fait à Bastia, le 24 novembre 2025.
Le juge des référés,
Signé
J.-F. ALFONSI
La République mande au Garde des Sceaux, ministre de la Justice en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
R. Alfonsi