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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2600082

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2600082

vendredi 13 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2600082
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS PIETRA ET ASSOCIÉS

Résumé IA

**Sujet principal** : Demande en référé d'une société (TERRACO) visant à obtenir le paiement du solde d'un marché de travaux et d'intérêts moratoires de la part d'une commune, en invoquant une clause de reprise des engagements dans une convention de concession. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Bastia (formation de référé). **Solution retenue** : Le juge des référés rejette la demande. Il estime que la créance invoquée par la société TERRACO à l'encontre de la commune de Lucciana ne présente pas le caractère de créance non sérieusement contestable, condition nécessaire pour accorder une mesure en référé. **Textes appliqués** : L'article R. 541-1 du code de justice administrative, qui régit les conditions d'octroi des mesures en référé, est cité. Le juge relève une difficulté sérieuse quant à l'interprétation de l'article 22.4 de la convention de concession et à son application à une dette née avant l'expiration de cette convention.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2502373 du 9 janvier 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Toulon, après avoir rejeté comme portées devant un ordre de juridiction incompétent les conclusions de la SAS Terrassements Corses (TERRACO) tendant à la condamnation de la société publique locale Méditerranée (SPLM) à lui payer une indemnité provisionnelle de 275 079,94 euros représentant le solde du marché dont elle était titulaire, outre une somme de 102 410 euros au titre des intérêts moratoires, a transmis la requête de la société TERRACO, en tant qu’elles sont dirigées contre la commune de Lucciana, au tribunal administratif de Bastia, où elle a été enregistrée sous le n° 2600082.

Par ses conclusions renvoyées au tribunal administratif de Bastia comme il vient d’être dit, la société TERRACO, représentée par Me Pietra, demande au juge des référés de condamner la commune de Lucciana à lui payer une indemnité de 275 079,94 euros représentant le solde du marché dont elle était titulaire, outre une somme de 102 410 euros au titre des intérêts moratoires, cette dernière somme devant être actualisée et de mettre à la charge de cette commune une somme de 3 000 euros au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a été attributaire des lots n° 1 et n° 2 d’une opération de réalisation d’un ensemble immobiliers de 76 logements ; les travaux ont été réceptionnés entre 2018 et 2020, après quoi les décomptes généraux et définitifs ont été adressés à la SPLM en 2021 ;
- malgré plusieurs relances, elle n’a pas été payée ;
- le décompte général ayant acquis un caractère définitif, sa créance présente un caractère incontestable, tant en ce qui concerne le paiement du solde, que les intérêts moratoires ;
- en vertu de l’article 22.4 du contrat de concession liant la SPLM à la commune de Lucciana, cette dernière commune doit reprendre l’exécution de la totalité des engagements pris par la SPLM pour l’exécution de sa mission.

Par un mémoire enregistré le 4 septembre 2025 au greffe du tribunal administratif de Toulon, la commune de Lucciana, représentée par Me Muscatelli, a conclu, quant à elle, au rejet des conclusions de la société TERRACO en tant qu’elles sont dirigées contre elle et à ce qu’une somme de 3 000 euros soit mise à la charge solidaire de cette dernière société et de la SPLM, en faisant valoir que la substitution de la commune à la SPLM est sérieusement contestable.

La clôture de l’instruction a été fixée au 30 janvier 2026 à 12H00

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.

Par une décision du 24 août 2024 la présidente du tribunal administratif de Bastia a désigné M. Alfonsi, président honoraire, pour exercer les fonctions de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Terrassements corses (TERRACO) a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Toulon, à titre principal, de condamner la Société publique locale Méditerranée (SPLM) à lui payer une indemnité de 275 079,94 euros représentant le solde du marché dont elle était titulaire pour l’exécution des lots n° 1 et n° 2 d’une opération de construction d’un ensemble immobilier de 76 logements collectifs dénommé « Residenzia Lucia », outre une somme de 102 410 euros au titre des intérêts moratoires et, à titre subsidiaire, de condamner la commune de Lucciana à lui payer ces mêmes sommes. Seules les conclusions dirigées contre la commune de Lucciana ont été transmises au tribunal administratif de Bastia par l’ordonnance n° 2502373 du 9 janvier 2026 ci-dessus visée du juge des référés du tribunal administratif de Toulon.

2. Pour demander la condamnation de la commune de Lucciana à lui payer le solde de son marché augmenté des intérêts moratoires, la société TERRACO se fonde sur les stipulations de l’article 22.4 de la convention de concession conclue le 26 août 2014 entre cette commune et la SPLM, aux termes desquelles : « Dans tous les cas d’expiration, pour quelque motif que ce soit, la Collectivité concédante sera tenue de reprendre pour l’avenir, l’exécution de la totalité des engagements pris par l’Aménageur pour l’exécution de sa mission et sera tenue, le cas échéant, de garantir l’Aménageur des condamnations qui seraient prononcées contre elle postérieurement à l’expiration de la concession sur des actions contractuelles ».

3. Il est constant, en l’espèce, que la convention de concession mentionnée ci-dessus a pris fin au terme convenu, soit le 26 août 2024, alors que les travaux dont le paiement est demandé avaient été entièrement exécutés le 6 mars 2020, date à laquelle ils ont fait l’objet d’une réception sans réserve qui a eu pour effet de mettre fin aux relations contractuelles entre la société requérante et son donneur d’ouvrage. En admettant même que les conclusions de la société Terraco dirigées contre la commune de Lucciana relèvent de la compétence de la juridiction administrative, l’appréciation des conséquences qu’il convient de tirer des stipulations mentionnées ci-dessus de l’article 22.4 de la convention de concession en ce qui concerne l’obligation qui serait faite à la commune de Lucciana de répondre des dettes contractées par la SPLM à l’égard de la société requérante antérieurement à l’expiration de cette convention de concession présente une difficulté sérieuse qui excède l’office du juge des référés.

4. Il résulte de ce qui vient d’être dit que, la créance que la société Terraco soutient détenir sur la commune de Lucciana ne peut être regardée comme revêtant le caractère non sérieusement contestable requis par les dispositions de l’article R.541-1 du code de justice administrative, aux termes desquelles : « Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable (…) ». Il suit de là que les conclusions de la société TERRACO dirigées contre la commune de Lucciana doivent être rejetées.

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de laisser à chacune des parties la charge de ses propres frais d’instance.


O R D O N N E :



Article 1er : En tant qu’elles sont dirigées contre la commune de Lucciana, les conclusions de la requête de la société Terraco sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Lucciana tendant à l’application de l’article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Terrassements corses (TERRACO) et à la commune de Lucciana.


Fait à Bastia, le 13 mars 2026.

Le juge des référés,


Signé

J.-F. ALFONSI


La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,
Une greffière,


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