jeudi 5 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2200178 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP MANIERE - PAGET - CHAMPENOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2022, Mme A E, Mme B I, M. J C, Mme G H et Mme D K, représentés par la SCP Merienne et associés, demandent au tribunal :
1°) de condamner in solidum les sociétés Galand Chevalier et Hervé Madiot à verser une somme de 3 000 euros à Mme E, une somme de 2 000 euros à Mme I et une somme de 1 000 euros respectivement à M. C, à Mme H et à Mme K ;
2°) de mettre solidairement à la charge des sociétés Galand Chevalier et Hervé Madiot la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- à la suite d'une opération de réhabilitation d'un immeuble situé 8 Grande rue à Ahuy, dont les travaux ont été réceptionnés le 26 juin 2018 avec réserves, des émanations de monoxyde de carbone ont été détectées en septembre 2018 dans plusieurs logements occupés ;
- aucune des réserves ne concerne les malfaçons affectant l'évacuation du gaz de l'immeuble ;
- à titre principal, la responsabilité contractuelle des sociétés Hervé Madiot et Galand Chevalier, au titre de la garantie de parfait achèvement, est respectivement engagée sur le fondement de l'article 28 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de prestations intellectuelles (CCAG-PI) et sur celui de l'article 44.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux (CCAG-T) ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité des sociétés Hervé Madiot et Galand Chevalier est engagée, sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs, dès lors que les rejets anormaux de monoxyde de carbone rendent les logements impropres à leur destination ;
- ils sont fondés à demander la réparation des préjudices qu'ils ont subis en raison de ces désordres.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2022, l'EURL Hervé Madiot, représentée par Me Simplot, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la requête et l'ensemble des conclusions dirigées contre elle ;
2°) à titre subsidiaire, de minorer le montant des prétentions indemnitaires des requérants et de condamner ORVITIS et, à défaut, les sociétés Galand Chevalier, BEVM et Socotec à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre.
L'EURL Hervé Madiot fait valoir que :
- les tiers au contrat ne sont ni recevables ni fondés à se prévaloir de la garantie de parfait achèvement et de la garantie décennale des constructeurs ;
- les stipulations du CCAG-PI ne lui sont pas applicables dès lors que le marché ne s'y réfère pas expressément ;
- l'architecte n'est pas débiteur de la garantie contractuelle de parfait achèvement dès lors qu'elle ne pèse que sur les constructeurs ayant la qualité d'entrepreneurs et cette garantie est prescrite ;
- à supposer que les locataires recherchent la responsabilité sans faute des constructeurs en raison de dommages subis par des tiers, leurs préjudices ne sont pas justifiés, de sorte qu'ils devront être ramenés à de plus justes proportions ;
- elle est fondée à demander à être garantie par le maître d'ouvrage, qui ne démontre pas que les désordres allégués, qui relèvent exclusivement d'une erreur d'exécution des travaux imputables à la société Galand Chevalier, lui sont imputables et, à défaut, par les sociétés Galand Chevalier et BEVM, au titre de la garantie contractuelle, et par la société Socotec construction.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2022, la SAS Socotec construction, représentée par la SELARL Le Discorde Delau, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la requête et l'ensemble des conclusions dirigées contre elle ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner la société Galand Chevalier à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;
3°) de mettre à la charge, in solidum, des requérants et de la société Hervé Madiot une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Socotec construction fait valoir que :
a) à titre principal, les tiers au contrat ne sont ni recevables ni fondés à se prévaloir de la garantie de parfait achèvement et de la garantie décennale des constructeurs ;
b) à titre subsidiaire :
- seule la société Galand Chevalier est débitrice de la garantie de parfait achèvement prévue au CCAG-T, les contrôleurs techniques étant soumis au CCAG-PI qui ne prévoit pas de garantie de parfait achèvement ;
- les désordres résultent d'une erreur d'exécution et d'un défaut de tubage imputables, exclusivement et à tout le moins de manière prépondérante, à la société Galand Chevalier ;
- alors qu'en cours d'exécution des travaux, l'examen par le contrôleur technique se limite à un contrôle visuel, les non-conformités étaient invisibles à l'œil nu ;
- elle est fondée à demander la condamnation de la société Galand Chevalier à la garantir, sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle, de l'intégralité des sommes qui seraient mises à sa charge ;
- les préjudices allégués par les requérants ne sont pas justifiés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2022, la SARL Galand Chevalier, représentée par Me Champenois, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la requête et l'ensemble des conclusions dirigées contre elle ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum la société Hervé Madiot, la société BEVM, son assureur Axa Iard et la société Socotec à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;
3°) de mettre à la charge d'ORVITIS le versement d'une somme 2 000 euros ou, à défaut, de mettre à la charge des requérants le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
La société Galand Chevalier soutient :
- à titre principal, que les tiers au contrat ne sont ni recevables ni fondés à se prévaloir de la garantie de parfait achèvement et de la garantie décennale des constructeurs ;
- à titre subsidiaire, que les désordres ne lui sont pas imputables.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence du juge administratif pour connaître des conclusions présentées par la société Galand Chevalier et dirigées contre la société Axa Iard, assureur de la SARL BEVM.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- les conclusions de M. L,
- les observations de Me Ventalon, représentant Mme E et autres, ainsi que les observations de Me Simplot, représentant la société Hervé Madiot.
Considérant ce qui suit :
1. L'office public de l'habitat de la Côte-d'Or (ORVITIS) a entrepris la réhabilitation d'un ensemble immobilier situé à Ahuy. La maîtrise d'œuvre du projet a été confiée le 4 août 2014 à un groupement conjoint constitué des sociétés Hervé Madiot, architecte, et BEVM, BET fluides. Par un acte d'engagement notifié le 19 janvier 2017, la société Galand Chevalier s'est vue confier le lot n° 8 " plomberie, sanitaire, chauffage, Gaz et VMC ". Par ailleurs, la société Socotec était chargée, par un acte d'engagement signé le 19 février 2014, du contrôle technique de l'opération. Postérieurement à la réception avec réserves des travaux le 26 juin 2018, des émanations de monoxyde de carbone ont été détectées en septembre 2018 dans des logements occupés. Les investigations conduites pour rechercher l'origine du désordre ont abouti à des travaux de reprise qui ont permis de mettre fin aux désordres constatés. Le 15 mars 2019, le maître d'ouvrage ainsi que plusieurs de ses locataires ont assigné les sociétés Hervé Madiot et Galand Chevalier à fin de condamnation à les indemniser de leurs préjudices respectifs. Par une ordonnance du 8 mars 2021, le juge de la mise en état du tribunal judiciaire de Dijon, d'une part, s'est déclaré incompétent pour connaitre de ces demandes ainsi que des appels en garantie entre participants à l'opération de travaux publics et, d'autre part, a sursis à statuer sur les appels en garantie dirigés contre les assureurs. Mme E, Mme I, M. C, Mme H et Mme K, en leur qualité de locataires des logements sinistrés, demandent la condamnation in solidum des sociétés Hervé Madiot et Galand Chevalier à leur verser une somme d'argent réparant les préjudices qu'ils estiment avoir subis.
Sur le litige opposant les requérants aux sociétés Hervé Madiot et Galand Chevalier :
2. D'une part, la qualité de tiers à un contrat administratif fait en principe obstacle à ce que ces derniers se prévalent d'une éventuelle inexécution fautive de ses stipulations contractuelles.
3. D'autre part, il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que seul le maître d'ouvrage ou son acquéreur est détenteur de cette garantie.
4. S'il est loisible au maître de l'ouvrage de transférer à un tiers au contrat son droit d'agir en justice sur le fondement de la garantie contractuelle dont il dispose contre les entrepreneurs de travaux auxquels il est lié, un tel transfert ne résulte d'aucun des éléments de l'instruction et n'est au demeurant pas allégué. Les requérants locataires des logements sinistrés ne sont donc pas recevables à se prévaloir de la méconnaissance des règles contractuelles unissant ORVITIS et les sociétés Hervé Madiot et Galand Chevalier -au nombre desquelles figure la garantie de parfait achèvement- et ne peuvent pas davantage invoquer la responsabilité de ces sociétés sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs.
5. Les conclusions à fin de condamnation présentées par les requérants doivent dès lors être rejetées.
Sur les appels en garantie :
6. En premier lieu, l'éventuelle obligation pour un assureur de réparer les dommages causés par son assuré est une obligation de droit privé. Par suite, les conclusions présentées par la société Galand Chevalier et dirigées contre la société AXA IARD, assureur de la SARL BEVM, sont présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
7. En second lieu, en l'absence de condamnation des sociétés Hervé Madiot, Galand Chavalier, BEVM et Socotec construction, les actions en garantie exercées par ces sociétés sont sans objet et doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Les conclusions de la SARL Galand Chevalier dirigées contre la société Axa Iard sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, représentante unique des parties, à l'office public de l'habitat de la Côte-d'Or, à l'EURL Hervé Madiot, à la SARL Galand Chevalier, à la SAS Socotec construction, à la SARL BEVM et à la société Axa Iard.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- M. Blacher, premier conseiller,
- Mme Hunault, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.
La rapporteure,
K. FLe président,
L. BoissyLa greffière,
E. Herique
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026