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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300632

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300632

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300632
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLUKEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mars 2023, M. B A, représenté par Me Lukec, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 14 février 2023, par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de procéder à l'examen de son dossier et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente que son dossier soit examiné ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas signée et est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mai 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de M. A.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée ne peut faire l'objet d'un recours en annulation ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2023 à 12 heures 00.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, l'a dispensé de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Cherief, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tchadien né le 5 octobre 1998, est entré régulièrement en France le 27 juillet 2022 muni d'un visa " D " de long séjour, valable jusqu'au 16 juin 2023. Par une décision du 14 février 2022, le préfet de la Côte-d'Or a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, présentée le 9 janvier 2023. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet :

2. Aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance ou le renouvellement du titre de séjour à un étranger est subordonné à la collecte, lors de la présentation de sa demande, des informations le concernant qui doivent être mentionnées sur le titre de séjour selon le modèle prévu à l'article R. 431-1, ainsi qu'au relevé d'images numérisées de sa photographie et, sauf impossibilité physique, des empreintes digitales de ses dix doigts aux fins d'enregistrement dans le traitement automatisé mentionné à l'article R. 142-11 ". Aux termes de son article R. 431-10 : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiant de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents ". Aux termes de son article R. 431-11 : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. / Le récépissé n'est pas remis au demandeur d'asile titulaire d'une attestation de demande d'asile ". Aux termes de son article L. 431-3 : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sous réserve des exceptions prévues par la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle ".

4. Que le dépôt du dossier de demande de titre de séjour se fasse à l'occasion d'une comparution personnelle de l'intéressé au guichet ou qu'il s'effectue par voie postale ou encore par voie dématérialisée dans les cas prescrits pour certaines catégories de titre de séjour, la réception du dossier complet, c'est-à-dire dans lequel figurent les seules pièces exigées par les articles R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, implique que l'administration enregistre cette demande et délivre immédiatement à l'étranger le récépissé prévu à l'article R. 431-12 de ce code valant autorisation provisoire de séjour pendant la durée de l'instruction de sa demande. Une décision refusant d'enregistrer une demande de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour, à l'appui de laquelle est présenté un dossier incomplet, et de délivrer en conséquence un récépissé, ne constitue ni une décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité, ni même une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir. En revanche, hormis le cas de demandes présentant un caractère abusif ou dilatoire, un refus d'enregistrement suite à la réception d'un dossier réputé complet constitue une décision susceptible de recours pour excès de pouvoir. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A au seul motif de la tardiveté de cette demande, et non en raison de son caractère abusif ou dilatoire ou du caractère incomplet de son dossier. Dans ces conditions, le refus d'enregistrement de sa demande constitue une décision faisant grief, susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. La fin de non-recevoir soulevée en défense par le préfet de la Côte-d'Or doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / Toutefois, les décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme sont prises dans des conditions qui préservent l'anonymat de leur signataire. Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration. ".

7. La décision contestée ne comporte pas le nom, le prénom et la qualité de son auteur, mais seulement deux initiales " P. P. ". Dès lors, cette décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Au demeurant, la simple mention que la décision a été prise par la " Direction des migrations et de la nationalité / Service de l'immigration et de l'intégration - Pôle séjour - Préfecture de la Côte-d'Or ", ne permet pas au tribunal de s'assurer que la décision en litige aurait été prise par une autorité compétente pour ce faire. Elle doit en conséquence être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, seul de nature à justifier la censure de la décision en litige, les autres moyens invoqués étant infondés, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de la Côte-d'Or de réexaminer la situation de M. A dans un délai de quinze jours à compter de l'intervention du présent jugement. Il y a lieu, en revanche, de rejeter les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Côte-d'Or de procéder à l'examen du dossier de M. A et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente que son dossier soit examiné.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de M. A qui n'est pas, dans la présente affaire, la partie perdante. Les conclusions présentées en ce sens par le préfet doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision en date du 14 février 2023 par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A et de lui délivrer un récépissé est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de réexaminer la situation de M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Zupan, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

Le rapporteur,

H. Cherief

Le président,

D. Zupan

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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