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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300720

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300720

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300720
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL PHELIP & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la demande de M. D, propriétaire d’une parcelle longée par un sous-bief, qui sollicitait la condamnation de la communauté d’agglomération de l’auxerrois pour des dommages causés par le déversement d’eaux usées provenant d’une canalisation publique. Le tribunal a jugé que, bien que le dommage soit établi, M. D n’a pas démontré le caractère anormal ou accidentel du fonctionnement de l’ouvrage public. En conséquence, le préjudice, étant inhérent à l’ouvrage, ne présentait pas le caractère grave et spécial requis pour engager la responsabilité sans faute de la collectivité. La requête a donc été rejetée, y compris les conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 mars 2023 et 6 octobre 2024, M. A D, représenté par Me Barberousse, demande au tribunal :

1°) de condamner la communauté d'agglomération de l'auxerrois à lui verser une somme de 30 000 euros en réparation des préjudices résultant de l'écoulement d'eaux usées sur sa parcelle ;

2°) d'enjoindre au président de la communauté d'agglomération de l'auxerrois de déplacer la canalisation d'eaux usées à l'origine du dommage et de mettre un terme aux écoulements non traités dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération de l'auxerrois le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

- la responsabilité sans faute de la communauté d'agglomération de l'auxerrois est engagée dès lors que la canalisation associée au poste de relevage des eaux usées, qui est un ouvrage public, présente un dysfonctionnement à l'origine d'une pollution des eaux du sous-bief traversant sa propriété ;

- il a subi un préjudice matériel et un préjudice de jouissance évalués à une somme totale de 30 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2023, la communauté d'agglomération de l'auxerrois, représentée par Me Phelip, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la demande de condamnation présentée à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire, de minorer le montant de sa condamnation ;

3°) de mettre à la charge de M. D le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La communauté d'agglomération soutient :

- à titre principal, que sa responsabilité n'est pas engagée dès lors qu'il n'est pas établi que M. D subit un dommage grave et spécial résultant de la canalisation ;

- à titre subsidiaire, que le préjudice relatif aux troubles de jouissance n'est pas établi et l'évaluation du préjudice matériel excède ce qui est requis pour réparer le dommage.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bois,

- les conclusions de M. C,

- et les observations de Me Caille, substituant Me Barberousse, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D est propriétaire de la parcelle cadastrée ZC 148 située rue Saint Laurent sur le territoire de la commune de Monéteau. Cette parcelle est longée par un sous-bief qui se jette dans le ru de la Sinotte, à hauteur de la route départementale n°203. La communauté d'agglomération de l'auxerrois a la charge de l'exploitation d'un poste de refoulement implanté sur la parcelle ZC 132 appartenant à la commune de Monéteau et d'une canalisation de récupération de trop-plein associée. L'intéressé, estimant que cette canalisation était dysfonctionnelle et à l'origine d'une pollution du sous-bief dont il est propriétaire, a adressé à la communauté d'agglomération de l'auxerrois une demande préalable indemnitaire et une demande de retrait de la canalisation de trop-plein qui ont été implicitement rejetées. M. D demande au tribunal, d'une part, de condamner la communauté d'agglomération de l'auxerrois à lui verser une somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis et, d'autre part, d'ordonner à cette collectivité de retirer la canalisation pour mettre fin à la pollution du sous-bief.

Sur les conclusions à fin de condamnation :

2. Le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la canalisation assurant le déversement du trop-plein des eaux usées traitées par la pompe de relevage, qui est gérée par la communauté d'agglomération de l'auxerrois, est située sur la parcelle ZC 132 appartenant à la commune de Monéteau et que M. D est un tiers par rapport à cet ouvrage public.

4. En second lieu, il est vrai qu'il résulte de l'instruction, et en particulier du constat d'huissier établi le 26 avril 2022, qu'à hauteur de la canalisation, l'eau du sous-bief appartenant au requérant est " trouble ", " stagnante " avec des " algues " et présente une forte odeur nauséabonde alors que de tels constats sont inexistants en amont de la sortie de la canalisation. Dans ces conditions, il est établi que M. D subit un dommage résultant du déversement d'eaux usées assuré par la canalisation.

5. Toutefois, si le requérant se prévaut d'un dysfonctionnement de la canalisation, avec un déversement anormal des eaux usées, il n'apporte aucun élément permettant de l'établir. A défaut d'établir le caractère anormal du fonctionnement de l'ouvrage public en litige, M. D doit ainsi être regardé comment ayant subi un dommage inhérent à la canalisation ne présentant pas un caractère accidentel. Or il ne résulte pas de l'instruction que le préjudice dont se prévaut l'intéressé présenterait un caractère grave et spécial. Le requérant n'est dès lors pas fondé à invoquer la responsabilité sans faute de la communauté d'agglomération de l'auxerrois.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de condamnation présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Les conclusions à fin de condamnation étant rejetées, en l'absence de responsabilité de la communauté d'agglomération de l'auxerrois, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la communauté d'agglomération de l'auxerrois, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande M. D au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. D le versement de la somme que demande la communauté d'agglomération de l'auxerrois au titre de ces mêmes frais.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération de l'auxerrois au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la communauté d'agglomération de l'auxerrois.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

La rapporteure,

C. BoisLe président,

L. BoissyLa greffière,

M. Garces

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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