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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301932

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301932

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301932
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCH 2 JU
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a été saisi par M. B, détenu, qui demandait réparation du préjudice subi suite à une sanction de placement en cellule disciplinaire de dix jours, annulée pour inexactitude matérielle des faits. L'administration pénitentiaire a reconnu sa faute et a versé 270 euros à M. B après l'introduction de la requête. Le tribunal a constaté que cette somme correspondait à une indemnisation partielle et a jugé qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur les conclusions indemnitaires à hauteur de ce montant. Pour le surplus, le tribunal a condamné l'État à verser 90 euros supplémentaires, portant l'indemnité totale à 60 euros par jour de cellule effectué, en application des principes de responsabilité pour faute et du code pénitentiaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2023, M. A B, représenté par la SCP Themis Avocats et Associés, demande au tribunal : 1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de sa réclamation indemnitaire préalable, eux-mêmes capitalisés ; 2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il soutient que : - en ordonnant illégalement son placement en cellule disciplinaire, pour dix jours, l'administration pénitentiaire a commis une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat ; - en infligeant la sanction litigieuse sur la base de faits non établis, et dont la matérialité est expressément contestée, la commission de discipline a entaché sa décision d'inexactitude matérielle des faits, d'une erreur d'appréciation et de disproportion ; - son préjudice s'élève à 1 000 euros, soit une somme de 100 euros par jour de cellule disciplinaire effectué à tort. Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que le montant sollicité par M. B soit réévalué à de plus justes proportions. Il soutient que : - il n'entend pas contester l'existence d'une faute imputable à l'administration ; - M. B se contente de déclarer de manière générale que le placement en cellule disciplinaire lui a causé un préjudice moral, sans le caractériser personnellement ; - l'intéressé a effectué seulement six jours de cellule disciplinaire conformément à la décision du président de la commission de discipline de la maison d'arrêt d'Auxerre ; - il a déjà été procédé à l'indemnisation du préjudice du requérant, par un virement du 28 septembre 2023, M. B ayant été indemnisé à hauteur de 270 euros soit 45 euros par jour de cellule disciplinaire ; - en moyenne, l'Etat est condamné à verser à la personne détenue concernée une somme d'environ soixante euros par jour de maintien illégal en cellule disciplinaire. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon du 9 mai 2023. Le président du tribunal administratif de Dijon a désigné M. Cherief, conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative. Par un courrier du 11 octobre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions indemnitaires de la requête à hauteur de la somme de 270 euros, correspondant au montant versé sur le compte nominatif de M. B le 28 septembre 2023 par le ministère de la justice, postérieurement à l'introduction de la requête, en réparation du préjudice subi par l'intéressé du fait de l'illégalité de la décision du 1er juin 2022 prononçant à son encontre une sanction de placement en cellule disciplinaire de dix jours, dont quatre jours avec sursis actif pendant six mois. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code pénitentiaire ; - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hamza Cherief, - et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public. Considérant ce qui suit : 1. M. B, écroué le 18 décembre 2018, a été incarcéré à la maison d'arrêt d'Auxerre notamment entre le 11 avril 2022 et le 14 mars 2023. Il a fait l'objet, le 1er juin 2022, d'une sanction de dix jours de cellule disciplinaire, dont quatre jours assortis d'un sursis actif pendant six mois, pour des faits de détention de téléphone portable. Par une décision du 1er juillet 2022, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a procédé au retrait de cette décision au motif que " les faits reprochés ne permettent pas d'entrer en voie de sanction " dès lors que, lors de l'audience disciplinaire, le codétenu de M. B a déclaré que " les téléphones portables retrouvés dans la cellule étaient présents avant l'arrivée de ce dernier ". Le requérant a alors formé, le 24 février 2023, une réclamation indemnitaire préalable, sollicitant la réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison de l'illégalité de la décision du 1er juin 2022 ainsi que le versement d'une somme de 1 000 euros par mois. En raison du silence gardé par l'administration sur cette demande, une décision implicite de rejet est née. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros, assorties des intérêts au taux légal, eux-mêmes capitalisés.Sur l'étendue du litige : 2. Il résulte de l'instruction que le 28 septembre 2023, postérieurement à l'introduction de la présente requête, le ministère de la justice a procédé au versement d'une somme de 270 euros sur le compte nominatif de M. B en réparation du préjudice subi par ce dernier du fait de l'illégalité de la décision du 1er juin 2022 prononçant à son encontre une sanction de placement en cellule disciplinaire de dix jours, dont quatre jours avec sursis actif pendant six mois. Dès lors, le requérant doit être regardé comme ayant obtenu satisfaction dans cette mesure et il n'y a, par suite, pas lieu de statuer sur les conclusions indemnitaires de la requête à hauteur de cette somme. Sur les conclusions indemnitaires : En ce qui concerne l'existence d'une faute : 3. Il résulte de l'instruction que M. B fait l'objet, le 1er juin 2022, d'une sanction de dix jours de cellule disciplinaire dont quatre jours assortis d'un sursis actif pendant six mois pour des faits de détention de téléphone portable. Toutefois, par une décision du 1er juillet 2022, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a procédé au retrait de cette décision au motif que " les faits reprochés ne permettent pas d'entrer en voie de sanction ", dès lors que, lors de l'audience disciplinaire, le codétenu de M. B a déclaré que " les téléphones portables retrouvés dans la cellule étaient présents avant l'arrivée de ce dernier ". La décision du 1er juin 2022, qui reposait sur des faits matériellement inexacts, était ainsi entachée d'une erreur de fait. Cette illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, ainsi d'ailleurs qu'en convient le garde des sceaux, ministre de la justice, dans son mémoire en défense. En ce qui concerne la réalité et l'étendue du préjudice : 4. M. B fait valoir qu'il a effectué dix jours de cellule disciplinaire et, dès lors, que son préjudice s'élève à 1 000 euros, soit une somme de 100 euros par jour de cellule disciplinaire effectué à tort. 5. Cependant, il résulte de l'instruction que la sanction prononcée à l'encontre de M. B s'élevait à dix jours de cellule disciplinaire, dont quatre jours avec sursis actif pendant six mois, et le requérant ne conteste pas sérieusement qu'il n'a, en réalité, effectué que six jours de cellule disciplinaire et non pas dix, ainsi qu'il l'allègue. Par ailleurs, et alors qu'il appartient au demandeur qui engage une action en responsabilité à l'encontre de l'administration d'apporter tous éléments de nature à établir devant le juge la réalité du préjudice subi, M. B ne verse à l'appui de sa requête aucun élément de nature à établir l'importance et la gravité du préjudice dont il se prévaut, ni que ce dernier aurait justifié une indemnisation plus importante que celle à laquelle a procédé le ministre de la justice le 28 septembre 2023. 6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. B tendant à ce que l'Etat lui verse la somme de 1 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de sa réclamation indemnitaire préalable, eux-mêmes capitalisés, doivent être rejetées. Sur les frais liés à l'instance : 7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le conseil de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.D E C I D E : Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions indemnitaires de la requête à hauteur de la somme de 270 euros versée le 28 septembre 2023 sur le compte nominatif de M. B par la garde des sceaux, ministre de la justice en réparation du préjudice subi par l'intéressé. Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté. Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la société civile professionnelle Thémis Avocats et Associés et au garde des sceaux, ministre de la justice. Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024. Le magistrat désigné, H. Cherief La greffière, L. Curot La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. Pour expédition, La greffière,2N° 2301932lc

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