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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400823

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400823

mardi 25 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400823
TypeDécision
PublicationC
FormationCH 2 JU
Avocat requérantPOIX BASTIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 mars et 9 août 2024, M. B A, représenté par Me Poix, demande au tribunal, en l'état de ses dernières écritures :

1°) d'annuler l'avis d'imposition relatif aux cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et non bâties auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2023 dans les rôles de la commune de Simandre et la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) de prononcer la décharge des cotisations primitives de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxe foncière sur les propriétés non bâties auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2023, dans les rôles de la commune de Simandre ;

3°) d'enjoindre à l'État de lui rembourser les sommes déjà prélevées et de réexaminer sa situation fiscale ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête introductive qui sollicitait la décharge de l'imposition litigieuse, était assortie d'au moins un moyen, par lequel il soutenait que l'une des propriétés bâties au titre desquelles il était assujetti à la taxe foncière n'existait pas ;

- il appartient à l'administration d'établir que l'agent ayant signé la décision prise su recours gracieux disposait d'une délégation de signature à cet effet, suffisamment précise et régulièrement publiée ;

- la parcelle identifiée par l'administration au 5000 route de la Scierie n'existe pas ;

- la parcelle identifiée par l'administration au 5643 route de la Scierie, cadastrée F 1433, est une parcelle nue, ne comprenant pas de propriété bâtie, utilisée à des fins de stockage de bois en plein air ;

- par voie de conséquence, retenant le moyen tiré de l'erreur de fait, le tribunal prononcera la décharge de l'obligation de payer.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2024, la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est irrecevable, dès lors qu'elle ne comprend ni conclusions ni moyens et que l'obligation de présenter des conclusions s'apprécie au plus tard à l'expiration du délai de recours contentieux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2025, la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or doit être regardée comme concluant au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées par une lettre du 17 janvier 2025 que cette affaire était susceptible, à compter du 7 février 2025, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 11 février 2025 par ordonnance du même jour.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 avril 2024.

Les parties ont été informées le 30 décembre 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur trois moyens relevés d'office, le premier tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'avis d'imposition à la taxe foncière produit par M. A, dès lors qu'un contribuable qui souhaite contester une imposition mise à sa charge et mise en recouvrement doit former devant la juridiction compétente le recours de plein contentieux prévu à l'article L. 190 du livre des procédures fiscales et n'est pas recevable, en raison de l'existence de cette voie de recours parallèle, à former un recours pour excès de pouvoir contre l'acte par lequel l'administration met en recouvrement l'imposition, le deuxième tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 22 février 2024, par laquelle le directeur départemental des finances publiques de Saône-et-Loire a rejeté le recours administratif préalable obligatoire de M. A, dès lors que la décision par laquelle l'administration fiscale statue sur la réclamation contentieuse d'assiette d'un contribuable ne constitue pas un acte détachable de la procédure d'imposition, qu'elle n'est pas susceptible d'être déférée à la juridiction administrative par la voie du recours pour excès de pouvoir et qu'elle peut seulement faire l'objet d'un recours de plein contentieux tendant à la décharge des impositions contestées, présenté au titre de la procédure prévue par les articles L. 199 et R. 199-1 et suivants du livre des procédures fiscales, et le troisième tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la restitution des " sommes prélevées ", en l'absence de litige né et actuel sur ce point avec le comptable compétent.

Par un mémoire, enregistré le 8 janvier 2025, qui a été communiqué, la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or a présenté ses observations sur ces moyens.

Le président du tribunal administratif de Dijon a désigné M. Hugez, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez,

- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,

- et les observations de Me Poix, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est propriétaire de biens immobiliers sur le territoire de la commune de Simandre en Saône-et-Loire, à raison desquels il a été assujetti à la taxe foncière sur les propriétés bâties et à la taxe foncière sur les propriétés non bâties au titre de l'année 2023. Par une décision explicite, en date du 22 février 2024, l'administration fiscale a rejeté sa réclamation contentieuse préalable du 23 octobre 2023. Par sa requête, il demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxe foncière sur les propriétés non bâties, auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2023, dans les rôles de la commune de Simandre.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par l'administration fiscale :

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " Sans préjudice de l'application de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et du II de l'article 44 du présent décret, lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : / () 3° De la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; / 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné. () ".

4. Lorsque le requérant a formé une demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sa requête ne peut être rejetée comme entachée d'une irrecevabilité manifeste non susceptible d'être couverte en cours d'instance avant l'expiration du nouveau délai de recours qui, en application des dispositions précitées de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020, court à compter de la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou, si elle est plus tardive, de la date à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné.

5. M. A, dans sa requête introductive présentée sans le concours d'un conseil, avant d'avoir demandé l'aide juridictionnelle, a clairement indiqué qu'il entendait former une requête en matière de taxe foncière au titre de l'année 2023. Il mentionnait en outre contester l'imposition à la taxe foncière sur les propriétés bâties d'une parcelle qui, selon lui, n'existe pas, mentionnée au 5000 route de la Scierie sur son avis d'imposition. Ce faisant, M. A ne pouvait qu'être considéré comme sollicitant la réduction de la cotisation primitive de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2023 et soulevant un moyen tiré de ce qu'il n'est pas propriétaire d'une parcelle sise 5000 route de la Scierie sur le territoire de la commune de Simandre. En tout état de cause, si l'administration fiscale soutient que l'intéressé n'aurait pas régularisé l'absence de conclusions de sa requête introductive avant l'expiration du délai de recours contentieux, elle n'établit pas la date à laquelle elle aurait notifié la décision du 22 février 2024, prise sur la réclamation contentieuse préalable de M. A, alors que celui-ci a sollicité le 16 avril 2024 l'aide juridictionnelle, soit nécessairement avant l'expiration du délai de recours contentieux et qu'il ne résulte pas de l'instruction que le mémoire présenté par son conseil, intervenant au titre de l'aide juridictionnelle, qui comprend conclusions et moyens explicites, l'aurait été postérieurement à l'expiration du nouveau délai ouvert par les dispositions précitées de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par l'administration fiscale doit être écartée.

Sur la recevabilité :

6. En premier lieu, un contribuable qui souhaite contester une imposition mise à sa charge et mise en recouvrement doit former devant la juridiction compétente le recours de plein contentieux prévu à l'article L. 190 du livre des procédures fiscales. En revanche, il n'est pas recevable, en raison de l'existence de cette voie de recours parallèle, à former un recours pour excès de pouvoir contre l'acte par lequel l'administration met en recouvrement l'imposition supplémentaire. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'avis d'imposition litigieux, sont irrecevables.

7. En deuxième lieu, la décision par laquelle l'administration fiscale statue sur la réclamation contentieuse d'assiette d'un contribuable ne constitue pas un acte détachable de la procédure d'imposition. Elle n'est pas susceptible d'être déférée à la juridiction administrative par la voie du recours pour excès de pouvoir et peut seulement faire l'objet d'un recours de plein contentieux tendant à la décharge des impositions contestées, présenté au titre de la procédure prévue par les articles L. 199 et R. 199-1 et suivants du livre des procédures fiscales. Par suite, les conclusions de M. A, présentées par son conseil, dirigées contre la décision du 22 février 2024, par laquelle le directeur départemental des finances publiques de Saône-et-Loire a rejeté son recours administratif préalable obligatoire, sont irrecevables et doivent être, pour ce motif, rejetées.

8. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires dont le taux est celui de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts. Les intérêts courent du jour du paiement. Ils ne sont pas capitalisés. ".

9. Les conclusions tendant à la restitution des " sommes prélevées " sont irrecevables, en l'absence de litige né et actuel sur ce point avec le comptable compétent. Par suite, elles ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions aux fins de décharge ou de réduction :

En ce qui concerne la décision du 22 février 2024 prise sur la réclamation préalable du contribuable :

10. Aux termes du troisième alinéa de l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales : " En cas de rejet total ou partiel de la réclamation, la décision doit être motivée. ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article R. 199-1 du même livre : " L'action doit être introduite devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur la réclamation, que cette notification soit faite avant ou après l'expiration du délai de six mois prévu à l'article R. 198-10. / Toutefois, le contribuable qui n'a pas reçu la décision de l'administration dans un délai de six mois mentionné au premier alinéa peut saisir le tribunal dès l'expiration de ce délai. ".

11. Les vices qui peuvent entacher la décision par laquelle le directeur départemental des finances publiques rejette la réclamation dont il est saisi par un contribuable sont sans influence sur la régularité ou sur le bien-fondé des impositions contestées. Ainsi est inopérant le moyen tiré par M. A de ce que la décision de rejet de sa réclamation à l'encontre de l'imposition établie au titre de l'année 2023 aurait été signée par une autorité incompétente. Il ne peut dès lors qu'être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition en litige :

12. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. ".

13. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la parcelle imposée par l'administration à l'adresse " 5 000 route de la scierie " correspond à la parcelle F 727, déclarée par le contribuable lui-même à l'adresse " route de la scierie " et non à l'adresse " 5 644 route de Chantenay " comme il le soutient, et que la propriété imposée à l'adresse " 5 644 route de la scierie " est la seule parcelle cadastrée F 1568 et non les deux parcelles cadastrées F 2727 et F 1568. La seule circonstance que l'adresse " 5 000 route de la scierie " n'existerait pas est sans incidence sur ce constat. Par suite, le moyen tiré de ce que " la parcelle qui se situerait 5 000 route de la scierie () n'existe pas " doit être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1381 du code général des impôts : " Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : / () 5° A l'exception de ceux mentionnés au dernier alinéa de l'article 1393, les terrains non cultivés employés à un usage commercial ou industriel, tels que chantiers, lieux de dépôt de marchandises et autres emplacements de même nature, soit que le propriétaire les occupe, soit qu'il les fasse occuper par d'autres à titre gratuit ou onéreux ; () ". Aux termes de l'article 310 Q de l'annexe II à ce code : " Pour l'application du second alinéa du I de l'article 1498 du code général des impôts, les propriétés bâties mentionnées au premier alinéa de ce même I sont classées selon les sous-groupes et catégories suivants : / () Sous-groupe III : lieux de dépôt ou de stockage et parcs de stationnement : / Catégorie 1 : lieux de dépôt à ciel ouvert et terrains à usage commercial ou industriel. () ".

15. Le contribuable doit être regardé comme soutenant que la parcelle cadastrée F 1433 n'entre pas dans le champ de la taxe foncière sur les propriétés bâties. Il résulte de l'instruction que cette parcelle, référencée sur l'avis d'imposition à l'adresse 5 643 route de la scierie, a été imposée dans la catégorie " DEP1 " correspondant aux lieux de dépôt à ciel ouvert et terrains à usage commercial et industriel, comme l'a lui-même déclaré le contribuable. Celui-ci soutient lui-même que cette parcelle est nue et n'est utilisée qu'à des fins de stockage de bois en plein air. Il ne conteste ni que cette parcelle n'est pas cultivée, ni qu'elle est utilisée de manière permanente pour stocker du bois dans le cadre de l'exercice de son activité professionnelle de scierie. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration a considéré cette parcelle comme située dans le champ du 5° de l'article 1381 du code général des impôts et soumise, pour ce motif, à la taxe foncière sur les propriétés bâties. Par suite, le moyen soulevé doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est fondé à demander ni la décharge ni la réduction des cotisations primitives de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxe foncière sur les propriétés non bâties auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2023 dans les rôles de la commune de Simandre. Par suite, ses conclusions aux fins de décharge et de réduction et, par voie de conséquence et en tout état de cause, le surplus de celles à fin d'injonction doivent être rejetés.

Sur les conclusions au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

17. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par le conseil de M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or et à Me Bastien Poix.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2025.

Le magistrat désigné,

I. Hugez

La greffière,

T. Mateos-Jobard

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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