mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402485 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2402485 les 24 juillet et 26 septembre 2024, M. A C, représenté par la société civile professionnelle Clémang, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2024, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention " vie privée et familiale " ou " travailleur salarié " ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, dès lors que le préfet s'est fondé sur la circonstance erronée que la société qui lui a délivré une promesse d'embauche serait fermée et qu'il n'a pas pris en considération la lettre du 11 janvier 2024 qui lui a été adressée, à laquelle était jointe une autre promesse d'embauche réitérant une précédente promesse ;
- le préfet de la Côte-d'Or a commis une erreur de fait, dès lors qu'il a considéré à tort que la SARL Loca Events, dont Ô Palais est le nom commercial, n'existerait plus et qu'il n'a pas tenu compte du fait qu'il disposait d'une promesse d'embauche dans le cadre d'un contrat de professionnalisation en qualité de peintre plaquiste ;
- il a également commis une erreur de droit, dès lors qu'il n'a pas analysé cette promesse d'embauche au titre de l'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, eu égard à la durée de neuf ans de la présence de la famille sur le sol français, à la naissance de leur fils en mai 2015 en France et à sa scolarisation continue en France, à la maîtrise du français par le couple et plus généralement à son intégration, au courage, à la motivation, au sérieux et à l'implication des époux et à leur insertion professionnelle ; il a, en outre, commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- la substitution de base légale sollicitée par le préfet est impossible, dès lors que la demande sur laquelle il est statué est une demande d'admission exceptionnelle au séjour ne permettant pas d'opposer l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant des autres décisions :
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français seront annulées par la voie de l'exception d'illégalité.
Par un mémoire, enregistré le 8 août 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il sollicite une substitution de base légale et une substitution de motifs ; il aurait pris la même décision de refus d'admission exceptionnelle au séjour en se fondant sur les seules dispositions de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur le seul motif de fait tiré du maintien de l'intéressé sur le territoire français malgré une précédente obligation de quitter le territoire français du 15 janvier 2016, demeurée non exécutée ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 6 septembre 2024 que cette affaire était susceptible, à compter du 27 septembre 2024, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 12 novembre 2024 par ordonnance du même jour.
Les parties ont été informées le 25 novembre 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français, par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2402486 les 24 juillet et 26 septembre 2024, Mme B D, représentée par la société civile professionnelle Clémang, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2024, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, dès lors que le préfet s'est fondé sur la circonstance erronée que la société qui a délivré une promesse d'embauche à son époux serait fermée et qu'il n'a pas pris en considération la lettre du 11 janvier 2024 qui lui a été adressée, à laquelle étaient jointes une autre promesse d'embauche faite à son époux et plusieurs promesses d'embauche la concernant ;
- le préfet de la Côte-d'Or a commis une erreur de fait, dès lors qu'il a considéré à tort que la SARL Loca Events, dont Ô Palais est le nom commercial, n'existerait plus et qu'il n'a pas tenu compte du fait que son époux disposait d'une promesse d'embauche dans le cadre d'un contrat de professionnalisation en qualité de peintre plaquiste ;
- il a également commis une erreur de droit, dès lors qu'il n'a pas analysé les promesses d'embauche produites au titre de l'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail et qu'il n'a pas apprécié les qualifications, l'expérience et les éventuels diplômes de chacun des époux ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, eu égard à la durée de neuf ans de la présence de la famille sur le sol français, à la naissance de leur fils en mai 2015 en France et à sa scolarisation continue en France, à la maîtrise du français par le couple et plus généralement à son intégration, au courage, à la motivation, au sérieux et à l'implication des époux et à leur insertion professionnelle ; il a, en outre, commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- le préfet ne peut se borner à lui opposer le caractère irrégulier de son séjour pour refuser d'examiner sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, sans examiner les considérations exceptionnelles qu'elle fait valoir ;
S'agissant des autres décisions :
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français seront annulées par la voie de l'exception d'illégalité.
Par un mémoire, enregistré le 9 août 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il doit être regardé comme ayant refusé l'admission exceptionnelle au séjour de Mme D sur le seul fondement de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur le motif tiré de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement demeurée non exécutée ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 6 septembre 2024 que cette affaire était susceptible, à compter du 27 septembre 2024, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 12 novembre 2024 par ordonnance du même jour.
Les parties ont été informées le 25 novembre 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français, par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hugez,
- et les observations de Me Clémang, représentant M. C et Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C et Mme B D, son épouse, ressortissants géorgiens, nés respectivement en 1991 et en 1990 en Géorgie, sont entrés irrégulièrement en France le 14 janvier 2015. La demande d'asile de chacun des époux a été rejetée par une décision du 30 septembre 2015 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par une décision du 9 mai 2016 de la Cour nationale du droit d'asile. Par deux arrêtés du 15 janvier 2016, demeurés non exécutés, le préfet de la Côte-d'Or les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Les recours formés par les intéressés contre ces arrêtés ont été rejetés par un jugement du 19 septembre 2016 du tribunal administratif de Dijon, puis par un arrêt du 9 février 2017 de la cour administrative d'appel de Lyon. M. C et Mme D ont sollicité leur admission exceptionnelle au séjour le 3 septembre 2021 auprès des services de la préfecture de la Côte-d'Or. Par deux nouveaux arrêtés du 8 juillet 2024, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté ces demandes, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. C et Mme D demandent chacun l'annulation de l'arrêté dont ils font ainsi l'objet.
2. Les requêtes n° 2402485 et n° 2402486 présentées pour M. C et Mme D présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Il ressort des pièces du dossier que, pour statuer sur chacune des demandes d'admission exceptionnelle au séjour présentées respectivement par M. C et par Mme D, son épouse, le préfet de la Côte-d'Or s'est fondé sur la présentation à l'appui de ces demandes d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée et à temps plein, établie en faveur de M. C, qu'il a qualifié de " fausse " au motif que cette société serait " fermée depuis le 31 mai 2019 ". Toutefois, il ressort également des pièces du dossier et, au demeurant, des bases de données publiques, consultables en ligne, que ladite promesse a été établie par la société à responsabilité limitée Loca Events, immatriculée le 6 juin 2019 au registre national des entreprises, n'ayant pas fait l'objet d'une radiation et dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait cessé son activité, comme l'admet désormais le préfet de la Côte-d'Or en défense. Dès lors, les décisions portant refus de séjour opposées à M. C et à Mme D sont entachées d'une erreur de fait et chacun des époux est fondé, pour ce motif, à demander l'annulation de la décision de refus de séjour le concernant.
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, et sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, de se prononcer sur les substitutions de base légale et de motifs sollicitées en défense par le préfet de la Côte-d'Or, implicitement ou explicitement, que M. C et Mme D sont fondés à demander l'annulation des décisions portant refus de séjour qui leur ont été opposées et, par voie de conséquence, des mesures d'éloignement en litige, et des décisions subséquentes portant octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard aux motifs qui le fondent, le présent jugement implique seulement que le préfet de la Côte-d'Or réexamine la situation de M. C et de Mme D, qu'il prenne une nouvelle décision sur leurs demandes d'admission exceptionnelle au séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et qu'il produise au greffe du tribunal, dans le même délai, les décisions explicites qu'il aura prises dans le cadre de ce réexamen.
Sur les conclusions relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de M. C et de Mme D, qui ne sont pas les parties perdantes, les sommes que le préfet de la Côte-d'Or demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'État une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et Mme D et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 8 juillet 2024, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté la demande de titre de séjour formée par M. C, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est annulé.
Article 2 : L'arrêté du 8 juillet 2024, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté la demande de titre de séjour formée par Mme D, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de réexaminer la situation de M. C et de Mme D, de prendre une nouvelle décision sur la demande d'admission exceptionnelle au séjour de chacun des époux et de produire au greffe du tribunal les décisions explicites prises sur ces demandes dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'État versera à M. C et à Mme D une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. C et de Mme D est rejeté.
Article 6 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme B D et au préfet de la Côte-d'Or.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon.
Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
Mme Hascoët, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
Le rapporteur,
I. Hugez
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
2, 2402486
lc
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