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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403385

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403385

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403385
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCESAM AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 octobre 2024, et un mémoire en réplique, enregistré le 8 octobre 2024, Mme E D B, représentée par Me Cloris, avocate, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de Saône-et-Loire en date du 16 septembre 2024, refusant le renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour comportant une autorisation de travailler et de voyager hors Union européenne dans le délai de 3 jours à compter de la mise à disposition de l'ordonnance au greffe ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D B soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait de titre de séjour a été posée une présomption d'urgence ; la décision met en péril l'emploi actuellement occupée par la requérante ; cette décision menace de la séparer de son époux français avec lequel elle partage une vie commune sur le territoire français depuis plus de vingt mois ;

- elle peut justifier de l'existence de moyens sérieux, et tenant à ce que :

o le signataire de la décision est incompétent ;

o il y a erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o il y a méconnaissance des dispositions de l'article L.423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie, et que la requérante ne fait état d'aucun moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2403384, enregistrée le 2 octobre 2024, tendant à l'annulation de la décision susvisée du 16 septembre 2024 ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a, par une décision du 11 janvier 2024, désigné M. G pour exercer les fonctions de juge des référés au titre du livre V du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 9 octobre 2024 en présence de Mme Lelong, greffière, M. G a lu son rapport.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B, ressortissante comorienne, née le 9 décembre 2001, est entrée régulièrement en France sous couvert d'un visa de longue durée mention " vie privée et familiale ", valable du 28 décembre 2022 au 28 décembre 2023. Elle a sollicité le renouvellement de son droit au séjour en qualité de conjointe de français, étant mariée à M. A C, de nationalité française depuis le 2 décembre 2021. Par une décision en date du 16 septembre 2024, sa demande a été rejetée au motif qu'elle faisait l'objet d'une signalisation dans le Fichier des Personnes Recherchées pour avoir tenté d'obtenir indument un passeport français pour le compte de son enfant mineur, I C A, né le 9 mai 2022, en produisant un acte de naissance frauduleux et une reconnaissance de paternité frauduleuse. Par une requête n° 2403384, enregistrée le 2 octobre 2024, Mme D B a demandé l'annulation de cette décision. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En premier lieu, eu égard aux termes de l'arrêté du 7 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Saône-et-Loire, donnant délégation à Mme H F, cheffe du bureau des migrations et de l'intégration de la préfecture de Saône-et-Loire, à effet de signer tous actes, documents et correspondances, et notamment les décisions portant refus de séjour, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte contesté n'apparait pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de cet acte.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : () / 2° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441- 1 et 441-2 du code pénal () ". Aux termes du premier alinéa de l'article 441 du code pénal : " Constitue un faux toute altération frauduleuse de la vérité, de nature à causer un préjudice et accomplie par quelque moyen que ce soit, dans un écrit ou tout autre support d'expression de la pensée qui a pour objet ou qui peut avoir pour effet d'établir la preuve d'un droit ou d'un fait ayant des conséquences juridiques ". Le premier alinéa de l'article 442 du code pénal dispose que : " Le faux commis dans un document délivré par une administration publique aux fins de constater un droit, une identité ou une qualité ou d'accorder une autorisation est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende ". Il ressort des pièces du dossier que l'acte de naissance de l'enfant I C dressé par les autorités comoriennes fait état de ce que le déclarant était le père de l'enfant, alors que le passeport de M. A C établit qu'il n'était pas présent aux Comores à la date de cet acte, soit le 14 mai 2022. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'apparait pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies :/ 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Le titre de séjour en litige n'ayant pas été refusé sur la base de ces dispositions, mais, ainsi qu'il a été dit au point 4 sur la base de l'article L.432-1-1 du même code, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'apparait pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

6. Il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens invoqués n'apparait, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, et sans qu'il soit besoin de rechercher si la condition d'urgence est en l'espèce remplie, Mme D B n'est pas fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 16 septembre 2024 du préfet de Saône-et-Loire rejetant sa demande de renouvellement de titre de séjour. Sa requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme D B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E D B et au préfet de Saône-et-Loire.

Fait à Dijon le 16 octobre 2024.

Le juge des référés,

P. G

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

N°2403385

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