jeudi 6 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2403647 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 octobre 2024, M. A C représenté par
Me Grenier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa demande dès lors qu'il n'a pas été tenu compte du fait qu'il avait exercé un métier en tension ;
- elle est entachée d'erreur de fait en ce qu'elle ne fait état que d'une simple promesse d'embauche ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que sa demande présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile portait sur un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale, et pas uniquement au titre du travail ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant des autres décisions :
- elles sont illégales, par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2024, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. C une somme de 500 euros de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Grenier représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien né le 22 août 1983, est entré irrégulièrement en France en janvier 2019 et s'y est maintenu, malgré une obligation de quitter le territoire prononcée par arrêté du 27 août 2020, par le préfet de Seine-Saint-Denis, décision qu'il n'a pas exécutée. Le
8 avril 2024, il a sollicité une admission exceptionnelle au séjour, au titre du travail et de sa vie privée et familiale, auprès des services de la préfecture de la Côte-d'Or. Cette demande a été complétée le 24 mai 2024 et enregistrée le 4 juin 2024. Par arrêté du 27 septembre 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. (). ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. C.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application, notamment l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les circonstances de fait relatives à la situation personnelle de M. C. Cet arrêté comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait permettant d'en contester utilement le bien-fondé, quand bien même il ne mentionnerait pas l'ensemble des éléments mentionnés par le requérant à l'appui de sa demande. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a écarté l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant d'un ressortissant tunisien pour lequel la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée relève exclusivement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien, y compris en ce qui concerne les demandes portant sur une activité relevant d'un métier en tension. Il a, pour le reste considéré qu'il n'existait pas de circonstances spécifiques et personnelles justifiant sa régularisation à titre exceptionnel. Il a ainsi examiné si le requérant pouvait bénéficier d'une telle régularisation. Le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa demande doit par suite être écarté.
6. En troisième lieu, si la décision attaquée mentionne que M. C a produit une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée, elle ne peut pour autant être regardée comme entachée d'erreur de fait en ce qu'elle considérerait que l'intéressé " ne produit qu'une simple promesse d'embauche ". Il ne ressort pas davantage de cette formulation, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas pris les autres éléments produits par M. C à l'appui de sa demande.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ()".
8. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui porte sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, n'institue pas une catégorie de titre de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
9. En l'espèce, M. C soutient qu'il est parfaitement intégré en France et qu'il y exerce la profession de chef plaquiste-menuisier, qui est un métier en tension. Il se prévaut également de liens avec une ressortissante française, qui serait sa compagne. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il séjourne en France en situation irrégulière depuis 2019 et qu'il est marié depuis 2011 avec une ressortissante tunisienne, qui réside en Tunisie, de même que leur fils, né en 2014. S'il produit également la preuve de l'exercice d'une activité professionnelle en France de 2019 à 2021, et se prévaut d'une promesse d'embauche dans un métier en tension, de telles considérations ne relèvent pas d'une situation justifiant une régularisation à titre exceptionnel au titre de sa vie privée et familiale. Il ne peut pour le reste utilement se prévaloir, à l'appui d'une telle demande, ni de la circulaire dite " Valls " du 26 novembre 2012, ni des dispositions de l'arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance sans opposition de la situation de l'emploi des autorisations de travail à certaines catégories d'étrangers, sa demande n'étant pas présentée au titre de ce dispositif.
10. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Les circonstances que M. C exerce une activité professionnelle en France et entretienne une relation avec une ressortissante française, ceci, au demeurant, alors qu'il ne soutient pas être séparé de son épouse tunisienne, ne suffisent pas à attester d'une insertion particulière sur le territoire français. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'établit pas l'illégalité de la décision portant refus de séjour et n'est par suite pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions l'obligeant à quitter le territoire français, et fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
14. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige
15. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de M. C de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. C la somme que réclame le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Grenier.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Céline Frey, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2025.
La rapporteure,
M-E B
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02134
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02150
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03459
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03472
08/04/2026