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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403693

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403693

jeudi 3 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403693
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon annule l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé un titre de séjour à M. D, ressortissant algérien, et l'a obligé à quitter le territoire. L'annulation est fondée sur l'incompétence de l'auteur de l'acte, Mme C, dont la délégation de signature n'était pas opposable à la date de la décision. Le tribunal s'appuie sur le décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets. Il n'est pas statué sur les autres moyens, notamment ceux tirés de la violation des articles 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 octobre 2024, M. G D, représenté par la société civile professionnelle Clémang, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2024, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence de son auteur, dès lors que M. F a quitté ses fonctions le 24 septembre 2024 et que l'arrêté du 18 janvier 2024 donne compétence à M. H, mais pas à Mme C ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et a été pris en violation des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'il vit en France depuis décembre 2018, qu'il est âgé de 70 ans, qu'il continue néanmoins de travailler, qu'il est parfaitement intégré, que sa dernière fille a effectué la quasi-totalité de sa scolarité en France, que ses deux autres filles sont françaises, qu'elles entretiennent des liens avec leurs parents et leur sœur et qu'il a fixé le centre de ses attaches personnelles, familiales et professionnelles en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2024, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 décembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 janvier 2025 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hugez,

- les observations de Me Clémang, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. G D, ressortissant algérien, né en 1954 à Sidi Bel Abbès, est entré régulièrement en France le 19 décembre 2018 et s'y est irrégulièrement maintenu après l'expiration de son visa. Il a sollicité le 15 avril 2024, auprès des services de la préfecture de la Côte-d'Or, un certificat de résidence algérien sur le fondement du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 30 septembre 2024, dont l'intéressé demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par un décret du 1er octobre 2024, régulièrement publié au Journal officiel de la République française du lendemain, il a été mis fin à sa demande aux fonctions de préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté exercées par M. B F, à compter du 21 septembre 2024. Par un arrêté du 21 septembre 2024, régulièrement publié au Journal officiel de la République française du 24 septembre 2024, M. B F a été nommé directeur de cabinet du ministre de l'intérieur. Il s'infère de ces deux décisions que M. F a nécessairement quitté ses fonctions de préfet de région le 21 septembre 2024. En vertu de l'article 45 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'État dans les régions et départements, et comme le constate l'arrêté préfectoral n° 1526/SG, référencé 21-2024-10-02-00001, du 2 octobre 2024, M. E H a exercé les fonctions de préfet de la Côte-d'Or à compter du 21 septembre 2024. Par cet arrêté, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 21-2024-136 du 2 octobre 2024 de la préfecture de la Côte-d'Or, M. H a notamment entendu déléguer sa signature, à compter du 21 septembre 2024, en cas d'absence ou d'empêchement, à Mme A C à fin de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de la Côte-d'Or, à l'exception de décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Eu égard aux effets qui s'attachent aux décisions à caractère individuel, telles celles en litige, Mme C ne pouvait légalement signer l'arrêté attaqué, ni par délégation de M. F qui était devenue caduque à la date à laquelle celui-ci a effectivement cessé ses fonctions, ni par délégation de M. H, en sa qualité de préfet par interim, qui n'était opposable qu'à compter du 2 octobre 2024. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. D est fondé à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence et à en demander pour ce motif l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. Le motif d'annulation retenu par le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de la Côte-d'Or de réexaminer la situation de M. D dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par le préfet de la Côte-d'Or soient mises à la charge de M. D, qui n'est pas la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 septembre 2024, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté la demande de titre de séjour de M. D, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de réexaminer la situation de M. D dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 4 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. G D et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre d'État, ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon.

Délibéré après l'audience du 18 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2025.

Le rapporteur,

I. Hugez

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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