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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403809

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403809

jeudi 27 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403809
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDESPRAT ADELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 11 novembre 2024, 15 janvier et 11 février 2025, M. A B, représenté par Me Desprat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a refusé le séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée ou familiale " sous astreinte de 50 euros par jour de retard et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocat au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'éloignement a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 2 décembre 2024, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Philippe Nicolet,

- et les observations de Me Desprat, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant macédonien né le 24 novembre 1995, est entré régulièrement en France le 30 avril 2024 afin de solliciter le bénéfice de l'asile. Par une décision du 30 août 2024 l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande. Par un arrêté du 18 octobre 2024, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisé à résider en France au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

2. Dès lors que le requérant a obtenu en cours d'instance l'aide juridictionnelle totale, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

3. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme C E, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, investie à cet effet d'une délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G D, directeur de l'immigration et de la nationalité, en vertu d'un arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 17 septembre 2024, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, qui a été renouvelé par arrêté du 2 octobre 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, de M. F, exerçant alors les fonctions de préfet de la Côte-d'Or en vertu de l'article 45 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, et il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D n'aurait pas été absent ou empêché à la date de l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque en fait et doit, pour ce motif, être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent l'énoncé suffisant des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de leur motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas davantage des termes des décisions attaquées ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder, au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de prendre à son encontre les décisions contestées.

6. En quatrième lieu, si les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne s'appliquent pas aux relations entre autorités nationales et particuliers, un ressortissant étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement peut néanmoins utilement se prévaloir du principe général du droit d'être entendu qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne. Toutefois en l'espèce,

le requérant ne démontre pas avoir été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision d'éloignement attaquée.

7. En cinquième lieu, le requérant soutient qu'il a fixé en France le centre de ses attaches privées et familiales. Toutefois l'intéressé, qui mentionne notamment, dans ses écrits, une adresse différente de celle de sa sœur, interprète assermentée auprès du tribunal judiciaire de Dijon, n'apporte aucune justification à l'appui de ses allégations tenant à l'intensité et l'ancienneté des liens qu'il entretiendrait avec elle, alors qu'il est constant qu'il ne réside sur le territoire français que depuis moins d'un an à la date de la décision contestée. Dans ces conditions, le requérant, qui ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle ni d'aucun lien ancien, stable et intense sur le territoire français, en dépit de l'attestation établie par un architecte retraité qui affirme que le requérant est apte à travailler en qualité de concepteur et réalisateur de projets architecturaux en France, et alors même que sa sœur, médecin en Norvège, témoigne de ses qualités humaines, et qu'il est assidu et sérieux pour suivre des cours de français, ne peut être regardé comme ayant en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Et la seule circonstance qu'il souffre d'un syndrome anxio-dépressif n'est pas suffisante, en l'espèce, pour considérer que le préfet aurait porté au droit de l'intéressé à une vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte excessive au regard des buts en vue desquels l'arrêté attaqué a été pris.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. A l'appui de son moyen, qui n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, M. B allègue qu'il aurait été victime de racket et subi des agressions physiques de la part de groupes criminels. Toutefois, par les pièces qu'il produit, notamment le certificat médical du 15 janvier 2025 qui constate un état anxio-dépressif ainsi que des lésions qui sont compatibles avec le récit de l'intéressé, ainsi que deux témoignages de proches établis, en janvier 2025, qui affirment que le requérant a été victime de menaces, l'intéressé n'établit pas la réalité des risques personnels et actuels de traitements proscrits par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'il est susceptible de courir en cas de retour en Macédoine, alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 30 août 2024. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de l'arrêté contesté sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

10. En septième lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. B doivent être rejetées.

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme à verser au conseil du requérant au titre des frais liés au litige.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre une somme à la charge du requérant au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Adèle Desprat.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 18 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2025.

Le président-rapporteur,

P. Nicolet

L'assesseur le plus ancien,

I. Hugez

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

lc

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