lundi 14 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2500988 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 mars 2025, la SA de droit luxembourgeois Sotalux, représentée par Me Léger, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des articles L. 277 et L. 279 du livre des procédures fiscales :
1°) de prononcer l'abandon de trois saisies conservatoires de créances décidées les 26 et 27 février 2025 auprès de la Société générale, de la SNC Lacto Serum France et de la SARL AGC Solutions ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme, à lui verser, de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les saisies conservatoires en litige comportent des conséquences difficilement réparables en saisissant des ressources qui sont indispensables à son fonctionnement, impliquant une cessation des paiements et une cessation définitive de son activité par voie de liquidation judiciaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2025, le directeur départemental des finances publiques de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête et à ce que les dépens soient mis à la charge de la société requérante.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Nicolet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de la greffière :
- le rapport de M. Nicolet, juge des référés,
- et les observations de Me Léger, représentant la société requérante, qui a repris les conclusions, faits et moyens exposés dans sa requête.
Considérant ce qui suit :
1. La SA de droit luxembourgeois Sotalux, qui a notamment pour objet le transport public de toutes marchandises, est un membre du groupe Alainé qui employait 1 100 salariés en 2018, et une filiale de la SAS Transports Alainé, dont le siège social est fixé à Mâcon. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité en 2019 au cours de laquelle le service a considéré qu'elle disposait d'un établissement stable en France, a dressé un procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité et a estimé qu'elle exerçait une activité professionnelle de manière occulte en France sans déposer de déclarations fiscales. La proposition de rectification du 18 décembre 2019 mentionne notamment que la vérification de comptabilité s'est déroulée sans que le service n'ait eu accès à la comptabilité de la société. La SA Sotalux a en conséquence été taxée d'office au titre des exercices clos de 2009 à 2018 à l'impôt sur les sociétés, à la taxe sur la valeur ajoutée et à la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises. Les impositions supplémentaires résultant de ce contrôle ont été mises en recouvrement en 2022 pour un montant total, en droits et pénalités, supérieur à 5 millions d'euros. La société a déposé une réclamation le 27 janvier 2023, assortie d'une demande de sursis de paiement, en application des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales. Le comptable de la direction départementale des finances publiques de Saône-et-Loire, en application du même article, a demandé à la société requérante de constituer des garanties à hauteur des droits mis en recouvrement, pour un montant de 3 253 156 euros. La SA Sotalux a alors proposé en garantie, le 13 février 2023, le nantissement du fonds de commerce dont elle est propriétaire au Luxembourg et dont la valorisation a été estimée entre 1 320 000 et 1 800 000 euros. Par suite, en vue d'assurer le recouvrement des droits en litige et à défaut de garantie suffisante, la société requérante a reçu notification de trois saisies conservatoires pratiquées à son encontre les 26 et 27 février 2025 par le pôle de recouvrement spécialisé de Saône-et-Loire, en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, auprès de la Société générale et de deux de ses clients, la SNC Lacto Serum et la SARL AGC Solutions. La SA Sotalux demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions du cinquième alinéa de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, d'ordonner l'abandon de ces trois saisies conservatoires.
2. Aux termes de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent. / Lorsque la réclamation mentionnée au premier alinéa porte sur un montant de droits supérieur à celui fixé par décret, le débiteur doit constituer des garanties portant sur le montant des droits contestés. / A défaut de constitution de garanties ou si les garanties offertes sont estimées insuffisantes, le comptable peut prendre des mesures conservatoires pour les impôts contestés. / Lorsque le comptable a fait procéder à une saisie conservatoire en application du quatrième alinéa, le contribuable peut demander au juge du référé prévu, selon le cas, aux articles L. 279 et L. 279 A, de prononcer la limitation ou l'abandon de cette mesure si elle comporte des conséquences difficilement réparables. / Les dispositions des troisième et quatrième alinéas de l'article L. 279 sont applicables à cette procédure, la juridiction d'appel étant, selon le cas, le tribunal administratif ou le tribunal judiciaire ". Aux termes des troisième et quatrième alinéas de l'article L. 279 du même livre : " Le juge du référé décide dans le délai d'un mois si les garanties offertes répondent aux conditions prévues à l'article L. 277 et si, de ce fait, elles doivent être ou non acceptées par le comptable. Il peut également, dans le même délai, décider de dispenser le redevable de garanties autres que celles déjà constituées. / Dans les huit jours suivant la décision du juge, le redevable et le comptable peuvent, par simple demande écrite, faire appel devant le président de la cour administrative d'appel ou le magistrat qu'il désigne à cet effet. Celui-ci, dans le délai d'un mois, décide si les garanties doivent être acceptées comme répondant aux conditions de l'article L. 277 ".
3. La SA Sotalux soutient que les mesures conservatoires en litige comporteraient des conséquences difficilement réparables en saisissant des ressources qui sont indispensables à son fonctionnement, et qui impliqueront une cessation des paiements et une cessation définitive de son activité par voie de liquidation judiciaire. Elle fait valoir à ce titre, notamment, qu'elle est structurellement déficitaire, ayant réalisé des déficits d'environ 265 000 euros, 207 000 euros, 130 000 euros et 57 000 euros au titres exercices clos de 2021 à 2024, et qu'elle rencontre d'importantes difficultés de trésorerie, avec des charges fixes variant de 3 500 000 à 4 millions d'euros, et des dettes à l'égard de fournisseurs variant de 500 000 à 600 000 euros à la clôture des exercices clos en 2022, 2023 et 2024, pour des montants de liquidités avoisinant 200 000 euros à la clôture de ces mêmes exercices. Toutefois, le directeur des finances publiques de Saône-et-Loire est fondé à soutenir que les informations comptables mentionnées dans les documents présentés par la société requérante à l'appui de ses allégations, alors qu'elle ne dépose aucune déclaration fiscale en France et que les documents produits sont dépourvus des pièces comptables justificatives à leur appui, ne sont pas susceptibles d'être vérifiées. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que les saisies conservatoires en litige comporteraient pour la SA Sotalux des conséquences difficilement réparables.
4. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SA Sotalux doit être rejetée, y compris ses conclusions relatives aux frais de l'instance, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, et il y a lieu de rejeter les conclusions relatives aux dépens présentées par le directeur départemental des finances publiques de Saône-et-Loire, en l'absence de tels dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SA Sotalux est rejetée.
Article 2 : Les conclusions relatives aux dépens présentées par le directeur départemental des finances publiques de Saône-et-Loire sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SA Sotalux, au directeur départemental des finances publiques de Saône-et-Loire, à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Fait à Dijon, le 14 avril 2025.
Le juge des référés,La greffière,
P. NicoletL. Lelong
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et du numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,