Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 juillet et 23 octobre 2025, la SA SNCF Réseau, représentée par Me Büsch, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures, d’ordonner une expertise, sur le fondement de l’article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer les causes et origines des désordres affectant le pont-route de la liaison A6-A40 surplombant la voie ferrée de la ligne Paris-Lyon à Marseille Saint-Charles, au niveau du point kilométrique 435,295 à Sancé (71000).
La SA SNCF Réseau soutient que :
- la 3 août 1977, une convention a été conclue entre la SNCF -aux droits de laquelle vient la SA SNCF Réseau- et l’Etat pour la construction d’un pont surplombant la voie ferrée au niveau du point kilométrique 435,295 à Sancé (71000) ;
- cette convention a déterminé les obligations respectives des parties, soit le financement par l’Etat et la construction ainsi que l’entretien des tabliers, des palées, du mur de pied et du revêtement de talus de l’ouvrage par la SNCF ;
- l’Etat, quant à lui, est demeuré responsable de l’entretien de la rocade (chaussée, joints de chaussée et de trottoirs, dalles de transition, trottoirs, garde-corps, dispositifs de protection contre la chute des véhicules routiers), de l’évacuation des eaux de ruissellement hors des emprises du chemin de fer, éclairage public et signalisation routière ;
- le 25 août 1988, une seconde convention a été conclue, à l’occasion du doublement de l’ouvrage, entre la SNCF -aux droits de laquelle vient la SA SNCF Réseau- et la SA des autoroutes Paris-Rhin-Rhône (APRR), en qualité de concessionnaire de l’Etat ;
- la SA APRR a intégralement financé la construction tandis que la SNCF a été chargée de la maîtrise d’œuvre ainsi que des visites annuelles et périodiques, de l’entretien courant, des grosses réparations ou du renouvellement du gros œuvre du pont-route, étanchéité comprise ;
- la SA APRR est demeurée responsable de l’entretien de la voie autoroutière, notamment des rampes d’accès, des chaussées, des barrières BN4 et des glissières de sécurité ;
- les rapports d’inspection diligentés les 15 mars 2016 et 19 septembre 2019 par la SA APRR et la SA SNCF Réseau ont permis de constater que l’ouvrage subissait un vieillissement anormal et prématuré, marqué notamment par l’apparition de fissures et d’épaufrures dans les éléments structurels d’oxydation au niveau du tablier et des appuis, de corrosion sur les poutrelles ;
- en 2023, le bureau d’études Sixense engineering a réalisé un diagnostic de pollution des bétons et constaté la dégradation d’une poutrelle métallique atteinte de corrosion perforante dont la cause serait l’utilisation intensive des sels de déverglaçage, corroborant les conclusions des précédents rapports d’inspection ;
- le 22 janvier 2025, la SA SNCF Réseau et la SA APRR se sont réunies afin d’envisager les modalités techniques et la prise en charge des réparations nécessaires à la remise en l’état de l’ouvrage ;
- l’organisation d’une expertise préalable est nécessaire afin de déterminer les causes et origines des désordres ;
- la mission de l’expert pourra inclure l’examen des causes liées à la conception, à la construction de l’ouvrage mais devra également examiner les conditions de son exploitation et de sa maintenance ;
Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 octobre et 13 novembre 2025, la SA APRR, représentée par Me Verdon, dans le dernier état de ses écritures :
1°) ne s’oppose pas à la demande d’expertise, sous toutes protestations et réserves ;
2°) demande au juge des référés de modifier la mission.
La SA APRR fait valoir que :
- la mission dévolue à l’expert ne saurait se limiter à l’examen de l’impact de l’usage des sels de déverglaçage mais devra comprendre l’intégralité des causes possibles de désordres ;
- elle ne s’oppose pas à ce qu’un des chefs de mission porte sur l’entretien de l’ouvrage, la SA SNCF Réseau étant responsable de tous les éléments se rapportant au gros œuvre et à l’étanchéité ;
- l’expert devra examiner tous les désordres affectant l’ouvrage dans son ensemble, sans que la mission ne précise chaque élément constitutif de ce dernier susceptible d’être endommagé, au risque de limiter l’expertise à ces seuls éléments, à l’exclusion d’autres dont l’examen s’avèrerait utile.
Vu :
- les pièces de procédure qui établissent que la requête a été notifiée à la personne mise en cause ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Boissy, vice-président, en application de l’article
L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article R. 532-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l’absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d’expertise ou d’instruction (…) ».
2. Les faits relatés par la SA SNCF Réseau sont de nature à justifier la mesure d’instruction demandée. En conséquence, il y a lieu d’ordonner une expertise contradictoire aux fins et conditions définies dans le dispositif de la présente ordonnance.
ORDONNE :
Article 1er : Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de la SA SNCF Réseau et de la SA APRR.
Article 2 : M. A... B..., ingénieur génie civil demeurant 44, rue Jules Vallès, à Meyzieu (69330), est désigné comme expert avec pour mission de :
se rendre sur le pont-route surplombant la voie ferrée de la ligne Paris-Lyon à Marseille Saint-Charles, au niveau du point kilométrique 435,295 à Sancé (71000) et procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé de la nature, de l’ampleur et de la localisation des désordres, notamment relatifs à l’étanchéité et à la corrosion des éléments de structure qui affectent l’ouvrage, en indiquant leur date d’apparition ;
donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres et malfaçons dont s’agit, en précisant s’ils sont imputables aux travaux de construction, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution ou encore aux conditions d’utilisation et d’entretien de l’ouvrage endommagé et, dans le cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant de chacune d’elles ;
indiquer la nature et le coût des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité de l’ouvrage et un usage propre à sa destination, en précisant s’il en résulte une plus value pour l’immeuble en cause ;
d’une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.
Article 3 : L’expert disposera des pouvoirs d’investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s’entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l’accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.
Il pourra obtenir de toute partie et de tout tiers à l’instance, sans délai, la consultation ou la communication de tous documents qu’il estimera nécessaires à l’accomplissement de sa mission.
En cas de carence des parties, il en informera la présidente du tribunal qui, après avoir provoqué les observations écrites de la partie récalcitrante, pourra ordonner la production des documents, s’il y a lieu sous astreinte, autoriser l’expert à passer outre ou l’autoriser à déposer son rapport en l’état, le tribunal tirant les conséquences du défaut de communication des documents à l’expert.
Article 4 : Préalablement à toute opération, l’expert prêtera serment dans les formes prévues à l’article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 5 : L’expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l’autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif.
Article 6 : L’expert avertira les parties des jours et heures auxquels il sera procédé à l’expertise conformément aux dispositions de l’article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 7 : Si les parties parviennent à un accord privant la mission d’expertise de son objet, le rapport de l’expert se bornera, après avoir indiqué les diligences qu’il a effectuées, à rendre compte de cet accord, en joignant tout document utile attestant de sa réalité et en précisant s’il a réglé le montant et l’attribution de la charge des frais d’expertise. Faute pour les parties d’avoir entièrement réglé la question de la charge des frais d’expertise, il sera procédé à la taxation de ces frais dans les conditions prévues par l’article R. 621-11 et à l’attribution de leur charge par application de l’article R. 621-13.
Article 8 : L’expert adressera aux parties un pré-rapport permettant la production de tout dire avant de déposer son rapport définitif au greffe du tribunal.
Il déposera son rapport au greffe en deux exemplaires, dont un sous format numérique via l’application Transfertpro : https://send.transfertpro.com/ en sélectionnant comme destinataire le mail : expertises.ta-dijon@juradm.fr et l’autre sous format papier, dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Des copies seront notifiées par l’expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s’opérer sous forme électronique. L’expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 9 : Les frais et honoraires de l’expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l’ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 10 : Le surplus des conclusions de parties est rejeté.
Article 11 : La présente ordonnance sera notifiée à la SA SNCF Réseau, à la SA APRR et à M. A... B..., expert.
Fait à Dijon le 6 janvier 2026.
Le juge des référés,
L. Boissy
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.