Le Tribunal administratif de Dijon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du préfet de l'Yonne suspendant le permis de conduire de M. B... pour douze mois. Le requérant, chauffeur de taxi, invoquait l'urgence liée à la menace sur son activité professionnelle. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, compte tenu de la gravité de l'infraction (dépassement de plus de 50 km/h) et des exigences de sécurité routière, sans qu'il soit besoin d'examiner la légalité de la décision. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Josseaume, demande au juge des référés de suspendre, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de l’arrêté du 27 novembre 2025 par lequel le préfet de l’Yonne a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de douze mois.
Il soutient que :
- s’agissant de l’urgence :
- l’urgence est établie dès lors qu’il exerce, seul, la profession de chauffeur de taxi et que l’exécution de la décision contestée est de nature à menacer la pérennité de son activité ; et la suspension préserve la garantie d’effectivité du recours au fond, au sens de l’article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- s’agissant du doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- la décision contestée est entachée d’incompétence de sa signataire, d’une insuffisance de motivation, d’une méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l’administration et des articles L. 224-2 et R. 221-13 du code de la route.
Vu :
les autres pièces du dossier ;
la requête enregistrée sous le n° 2504622 par laquelle le requérant demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Nicolet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique, M. Nicolet a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Josseaume, pour le compte du requérant, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête.
L’instruction a été close à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Aux termes des dispositions du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».
L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.
Le requérant, qui ne saurait utilement se prévaloir de l’article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, pour démontrer l’urgence qu’il y aurait à suspendre l’exécution de l’arrêté attaqué du préfet de l’Yonne par lequel son permis de conduire est suspendu pour une durée de douze mois à la suite du dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée, fait valoir que le défaut de permis de conduire l’empêche de poursuivre son activité professionnelle de chauffeur de taxi. Toutefois, la décision en litige répond, eu égard à l’importance du dépassement, supérieur à 50 km/h pour une vitesse limite autorisée de 80 km/h, et au danger qui s’y attache, à des exigences de protection et de sécurité routière. Dans ces conditions, compte tenu de la gravité de cette infraction et de l’activité professionnelle du requérant, la condition d’urgence prévue par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, qui doit s’apprécier globalement et objectivement, notamment au regard des exigences liées à la protection de la sécurité routière et aux tiers usagers de la route, ne saurait être regardée comme remplie en l’espèce. Par suite, et sans qu’il soit besoin d’examiner la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, la requête de M. B... doit être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B..., au préfet de l’Yonne et au ministre de l’intérieur.
Fait à Dijon, le 31 décembre 2025.
Le juge des référés,
Ph. Nicolet
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,