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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2504836

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2504836

mardi 30 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2504836
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Dijon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné l'expulsion des occupants sans droit ni titre (gens du voyage et personnes sans domicile fixe) d'un terrain et de bâtiments désaffectés appartenant au domaine public de la communauté d'agglomération Le Grand Chalon. Le juge a retenu l'urgence et l'utilité de la mesure, caractérisées par l'absence de conditions d'hygiène et de sécurité (absence d'eau potable, d'assainissement, risque lié au mauvais état des bâtiments) et par la nécessité de réaliser des travaux publics imminents. La solution retenue est l'injonction de libérer les lieux sous sept jours, sans astreinte, mais avec l'autorisation de recourir à la force publique passé ce délai. Les textes appliqués sont l'article L. 521-3 du code de justice administrative et le code général de la propriété des personnes publiques.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2025, la communauté d’agglomération le Grand Chalon demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner, sous astreinte, aux propriétaires des véhicules et caravanes, ainsi qu’à l’ensemble des personnes actuellement installées sans droit ni titre sur le terrain lui appartenant, situé rue des Varennes à Chalon-sur-Saône, de libérer les emplacements qu’ils occupent de façon illicite ;

2°) de l’autoriser à procéder à l’expulsion de ces personnes, au besoin avec le concours de la force publique, le cas échéant sous astreinte ;

3°) de mettre les dépens de l’instance à la charge solidaire de ces personnes.

Elle soutient que :
- le terrain occupé, même désaffecté, fait partie du domaine public dans la mesure où il appartient à la communauté d’agglomération le Grand Chalon et qu’il n’est pas déclassé ;
- les conditions d’utilité et d’urgence sont caractérisées dès lors que, d’une part, la présence des occupants provoque des troubles à la sécurité, la salubrité et la tranquillité publiques, en l’absence de conditions de sécurité et d’hygiène acceptables et que, d’autre part, des travaux importants vont être réalisés sur le site au début de l’année 2026 ;
- la sécurité et la santé des occupants sont menacées en raison du mauvais état des bâtiments, de l’absence d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, de l’absence de collecte des déchets ainsi que de l’accès insatisfaisant à des installations sanitaires ;
- aucune contestation sérieuse ne peut être opposée à la mesure sollicitée dès lors que les occupants occupent illégalement une dépendance du domaine public, nonobstant les dispositions de l’article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000.

La procédure a été régulièrement communiquée aux occupants du site appartenant au Grand Chalon, le 23 décembre 2025, qui n’ont pas produit d’observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Nicolet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Les parties n’étant ni présentes ni représentées, la clôture de l’instruction a été prononcée après l’appel de l’affaire à l’audience et M. Nicolet a lu son rapport.



Considérant ce qui suit :

La communauté d’agglomération le Grand Chalon est propriétaire de bâtiments, anciennement utilisés pour l’élimination des déchets ménagers, situés rue des Varennes à Chalon-sur-Saône. Ces bâtiments sont occupés illégalement par des personnes appartenant à la communauté des gens du voyage et par des personnes sans domicile fixe. Le grand Chalon sollicite, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, l’expulsion sans délai des occupants sans droit ni titre du domaine public ainsi que l’évacuation de tous leurs biens et véhicules, au besoin avec le concours de la force publique.

Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision. ». Le juge des référés tient de ces dispositions le pouvoir d’ordonner l’expulsion des occupants sans titre du domaine public. Il lui appartient néanmoins de veiller à ce que cette mesure présente effectivement un caractère d’urgence, ne se heurte à aucune contestation sérieuse, soit utile et ne contrarie pas la mise en œuvre d’une décision administrative exécutoire.

En premier lieu, il résulte de l’instruction, notamment d’un procès-verbal de la police municipale de Chalon sur Saône, que des campements de personnes issues de la communauté des gens du voyage ainsi que de personnes sans domicile fixe, sont installés au sein des bâtiments désaffectés d’une ancienne usine d’élimination des déchets ménagers qui constitue une dépendance du domaine public. Cette occupation ne procède d’aucun droit ni titre octroyé par l’autorité domaniale. Ainsi, la demande de la communauté d’agglomération du Grand Chalon, qui ne fait par ailleurs échec à l’exécution d’aucune décision administrative, ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

En second lieu, cette occupation sans droit ni titre du domaine public fait obstacle à la réalisation de travaux importants devant débuter au début de l’année 2026. Par ailleurs, il résulte de l’instruction que les bâtiments ne disposent d’aucun système d’évacuation des déchets ni d’un accès à l’eau potable ou à des installations sanitaires. Ainsi, cette occupation sans titre du domaine public porte atteinte à la salubrité publique. En outre, le mauvais état des bâtiments, dû à leur inoccupation pendant plusieurs années, fait courir à leurs occupants des risques pour leur sécurité. Les conditions d’utilité et d’urgence sont donc remplies.

Il résulte de ce qui précède que la communauté d’agglomération du Grand Chalon est fondée à demander au juge des référés d’ordonner à l’ensemble des occupants sans droit ni titre de libérer totalement les lieux dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu’il y ait lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte. Passé ce délai, la communauté d’agglomération requérante pourra faire procéder d’office à leur expulsion, en sollicitant en tant que de besoin le concours de la force publique, et à l’évacuation de l’ensemble de leurs véhicules, caravanes et autres biens, le tout à leurs frais.

La présente instance n’ayant pas généré de dépens, la demande présentée à ce titre par la communauté d’agglomération du Grand Chalon doit être rejetée.


O R D O N N E :


Article 1er : Il est enjoint à toutes les personnes qui se sont installées sans droit ni titre sur le site de l’ancienne usine d’élimination des déchets ménagers, situé rue des Varennes à Chalon-sur-Saône, de libérer les lieux dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : En cas d’inexécution de la mesure prescrite par l’article 1er, la communauté d’agglomération du Grand Chalon pourra faire procéder d’office à l’expulsion de tout occupant sans titre de la parcelle domaniale en cause, ainsi qu’à l’évacuation de leurs véhicules, caravanes et autres biens présents sur le site, aux frais et risques des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la communauté d’agglomération le Grand Chalon, aux occupants sans titre de la parcelle domaniale en cause, et au préfet de Saône-et-Loire.


Fait à Dijon, le 30 décembre 2025.





Le juge des référés,




P. Nicolet



La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,
La greffière,


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