mardi 8 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2301425 |
| Type | Décision |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DEGENEVE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 24 juillet 2023 et 7 mars 2025, M. B C, agissant en son nom personnel et au nom de son fils mineur, M. A C, représentés par Me Degeneve, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner " l'académie de Besançon " à verser à son fils, M. A C, une somme totale de 6 697,51 euros au titre des préjudices subis du fait de sa chute dans la cour du collège de Pouilley-les-Vignes le 17 septembre 2021 ;
2°) à titre principal, de condamner " l'académie de Besançon " à lui verser une somme totale de 1 500 euros au titre du préjudice subi du fait de la chute de son fils au sein du collège de Pouilley-les-Vignes le 17 septembre 2021 ;
3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise avant dire-droit ;
4°) de mettre à la charge de " l'académie de Besançon " une somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'accident dont A a été victime alors qu'il se trouvait dans son collège est imputable à un défaut d'entretien normal de l'ouvrage ou à un défaut d'organisation du service, et est de nature à engager la responsabilité de l'académie de Besançon ;
- A a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 17 au 19 septembre 2021, un déficit fonctionnel temporaire partiel de classe 3 du 20 septembre au 5 octobre 2021, et un déficit fonctionnel temporaire partiel de classe 1 du 6 octobre au 17 novembre 2021, ce qui justifie une indemnisation à hauteur de 360,01 euros ;
- il a subi des souffrances, qui doivent être indemnisées à hauteur de 4 000 euros ;
- il a eu besoin d'une assistance par tierce personne 1h30 par jour pendant quinze jours, ce qui justifie une indemnisation à hauteur de 337,50 euros ;
- il a subi un préjudice esthétique permanent, qui doit être indemnisé à hauteur de 2 000 euros ;
- son père, M. B C, a subi un préjudice moral qui doit être indemnisé à hauteur de 1 500 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2024, la rectrice de l'académie de Besançon conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire en intervention enregistré le 6 mars 2025, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Haute-Saône demande au tribunal :
1°) de condamner l'académie de Besançon à lui verser une somme de 3 374,87 euros, au titre des débours qu'elle a exposés en conséquence de la prise en charge de M. A C suite à son accident du 17 septembre 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'académie de Besançon une somme de 1 124,96 euros à lui verser au titre de l'indemnité forfaitaire prévue par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kiefer, conseillère,
- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 17 septembre 2021, alors qu'il était scolarisé en classe de sixième au collège de Pouilley-les-Vignes et qu'il se trouvait dans la cour de ce collège, M. A C a glissé en courant et a été blessé à la jambe par le cale-grille du portail de l'établissement. En conséquence, par la présente requête, M. A C et M. B C, son père, demandent la condamnation de " l'académie de Besançon " à leur verser la somme totale de 6 697,51 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de cet accident.
Sur la responsabilité de l'Etat du fait du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public :
2. Aux termes de l'article L. 213-2 du code de l'éducation, dans sa version en vigueur du 2 septembre 2019 au 4 mars 2022 : " " Le département a la charge des collèges. Il en assure la construction, la reconstruction, l'extension, les grosses réparations, l'équipement et le fonctionnement. Lorsque la construction ou la réhabilitation d'un collège d'enseignement public est décidée, le conseil départemental tient compte, pour le projet de construction ou de réhabilitation, des recommandations pour une école inclusive de l'Observatoire national de la sécurité et de l'accessibilité des établissements d'enseignement mentionné à l'article L. 239-2. A ce titre, l'acquisition et la maintenance des infrastructures et des équipements, dont les matériels informatiques et les logiciels prévus pour leur mise en service, nécessaires à l'enseignement et aux échanges entre les membres de la communauté éducative sont à la charge du département. / Le département assure l'accueil, la restauration, l'hébergement ainsi que l'entretien général et technique, à l'exception des missions d'encadrement et de surveillance des élèves, dans les collèges dont il a la charge. / () ". Aux termes de l'article L. 213-3 de ce code : " Le département est propriétaire des locaux dont il a assuré la construction et la reconstruction ". Les biens immobiliers des collèges appartenant à l'Etat à la date d'entrée en vigueur de la loi n° 2004-809 du 13 août 2004 relative aux libertés et aux responsabilités locales lui sont transférés en pleine propriété à titre gratuit. () ".
3. Pour obtenir réparation, par le maître de l'ouvrage, des dommages qu'il a subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, l'usager doit démontrer la matérialité des faits qu'il invoque et la réalité de son préjudice ainsi que l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. A l'inverse, pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse ainsi sur lui, il incombe au maître d'ouvrage, soit d'établir qu'il a normalement entretenu l'ouvrage, soit de démontrer la faute de la victime ou l'existence d'un évènement de force majeure.
4. Il résulte de l'instruction que l'accident dont a été victime M. A C est imputable à un cale-grille fixé au sol dans la cour du collège de Pouilley-les-Vignes. Par la présente requête, les requérants entendent rechercher la responsabilité de l'académie de Besançon, et donc de l'Etat, à raison d'un défaut d'entretien normal de cet ouvrage public. Toutefois, il ne saurait lui être reproché un tel défaut d'entretien alors qu'il n'en a pas la charge, cette mission étant exercée par le département, propriétaire des locaux, au sens des dispositions du code de l'éducation citées au point 2 du présent jugement.
Sur la responsabilité de l'Etat du fait du défaut d'organisation du service public de l'enseignement :
5. Les requérants se placent également sur le terrain de la responsabilité de l'Etat du fait du défaut d'organisation du service public de l'enseignement. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment de la déclaration d'accident du 22 septembre 2021, qu'au moment de l'incident, M. A C était sous la surveillance d'un assistant d'éducation, avec un groupe de seulement quinze autres élèves de 6ème, et que ce surveillant est intervenu immédiatement pour lui porter assistance. Dans ces conditions, en l'absence d'éléments précis supplémentaires apportés par les requérants au soutien de leur argumentation, le dommage subi par l'enfant ne peut être regardé comme trouvant sa cause dans un défaut d'organisation du service public de l'enseignement.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise avant dire-droit, que M. A C et M. B C ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité de l'Etat. Par suite, leurs conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées ainsi que leurs conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par ailleurs, par voie de conséquence, les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à M. A C, à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône.
Copie en sera adressée, pour information, à la rectrice de l'académie de Besançon.
Délibéré après l'audience du 18 mars 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Michel, présidente,
- M. Debat, premier conseiller,
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2025.
La rapporteure,
L. Kiefer
La présidente,
F. MichelLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02134
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02150
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03459
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03472
08/04/2026