Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension d'une exclusion définitive d'un élève. Le sujet principal est l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître d'une sanction disciplinaire prononcée par un établissement privé sous contrat. La solution retenue est le rejet de la requête, car l'acte du conseil de discipline, relevant de la libre organisation de l'établissement privé (article L. 442-5 du code de l'éducation), ne constitue pas l'exercice d'une prérogative de puissance publique.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 mars 2026, M. et Mme B..., agissant au nom de leur fils D..., mineur, représentés par Me Haennig, demandent au juge des référés :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 24 février 2026 par laquelle le conseil de discipline du lycée professionnel Bernard Cordier, établissement privé d’enseignement catholique, a prononcé l’exclusion définitive de leur fils, D... B..., jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge du lycée professionnel Bernard Cordier une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 30 mars 2026 sous le numéro 2600838 par laquelle M. et Mme B... demandent l’annulation de la décision attaquée.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme F... pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article L. 521-1 du même code : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée. Et aux termes de l’article R. 522-8-1 de ce code : « Par dérogation aux dispositions du titre V du livre III du présent code, le juge des référés qui entend décliner la compétence de la juridiction rejette les conclusions dont il est saisi par voie d'ordonnance ».
2. Si les établissements d’enseignement privé sous contrat d’association participent au service public de l’éducation, les actes pris notamment à l’égard des élèves par les responsables de ces établissements ou par les institutions propres à l’enseignement privé au sein desquelles ses établissements sont représentés, ne ressortissent à la juridiction administrative que pour autant qu’elles comportent l’exercice d’une prérogative de puissance publique.
3. La sanction d’exclusion définitive prononcée par le conseil de discipline du lycée professionnel Bernard Cordier ne relève pas de la compétence du recteur, mais de la libre organisation d’un établissement privé sous contrat d’association en application de l’article L. 442-5 du code de l’éducation. En outre, il résulte de l’instruction que cette décision ne comporte pas par elle-même l’exercice d’une prérogative de puissance publique, mais constitue une décision relative à la vie scolaire, l’ordre et la discipline dans un établissement privé sous contrat qui ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative. Par suite, la requête présentée par M. et Mme B... et tendant à la suspension de la décision du 24 février 2026 d’exclusion définitive de leur fils D... B..., prise par le conseil de discipline du lycée professionnel Bernard Cordier, établissement privé d’enseignement catholique, a été portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître et doit être rejetée en application des dispositions de l’article R. 522-8-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... C... épouse B... et M. E... B....
Fait à Besançon, le 1er avril 2026.
La juge des référés,
S. F...
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière