Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 mai 2026 sous le n°2601156, et un mémoire en réplique du 29 mai 2026, Mme C... B... D..., représentée par Me Landbeck, demande au juge des référés :
1°) d’ordonner sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution des décisions de la présidente du conseil départemental du Doubs en date du 23 janvier 2026 retirant son agrément d’assistante familiale et du 4 février 2026 la licenciant ;
2°) d’enjoindre au conseil départemental du Doubs de procéder à sa réintégration et de lui restituer le bénéfice de son agrément ;
3°) de mettre à la charge du conseil départemental du Doubs une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B... D... soutient que :
- L’urgence est caractérisée car les décisions attaquées réduisent considérablement ses ressources, alors que les charges mensuelles de son foyer s’établissent à 4 526 euros. Ces charges ne seront pas couvertes selon ses informations par l’allocation de retour à l’emploi. En outre, son conjoint fait l’objet des mêmes mesures. La situation de leur foyer est donc compromise du point de vue financier.
- S’agissant de l’existence d’un doute sérieux : il n’est pas justifié des délégations du signataire des deux décisions attaquées.
Concernant la décision de retrait : elle a méconnu le droit de se taire ; le conseil départemental n’a pas communiqué les résultats de l’enquête administrative car elle n’est pas terminée, le principe du contradictoire a donc été méconnu. Les violences sur lesquelles la décision de retrait est fondée ne sont pas établies et sont fermement contestées. Les difficultés rencontrées dans l’exercice de sa profession ne sont pas plus démontrées et elle les conteste tout autant fermement. Enfin, plusieurs éléments dans le dossier indiquent que le département du Doubs souhaitait se séparer de l’intéressée et que cette procédure a été diligentée à cette fin. Il y a donc détournement de pouvoir.
Concernant la décision de licenciement : sa motivation est erronée car la commission consultative paritaire s’est prononcée pour le maintien de son agrément. De plus, cette décision est illégale par voie d’exception d’illégalité du retrait d’agrément.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2026, le département du Doubs, représenté par Me De Soto, a conclu au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante du paiement d’une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la situation d’urgence n’est pas caractérisée et qu’aucun moyen n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.
Vu les autres pièces du dossier, notamment la requête en annulation enregistrée le 20 mars 2026 sous le n°2600746.
Une note en délibéré a été produite le 1er juin 2026 à 9h47 pour Mme B... D... par Me Landbeck.
Une note en délibéré a été produite le 1er juin 2026 à 10h12 pour le département du Doubs par Me De Soto.
Par une requête, enregistrée le 7 mai 2026 sous le n°2601157, et un mémoire en réplique du 29 mai 2026, M. A... D..., représenté par Me Landbeck, demande au juge des référés :
1°) d’ordonner sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution des décisions de la présidente du conseil départemental du Doubs en date du 23 janvier 2026 retirant son agrément d’assistant familial et du 4 février 2026 le licenciant ;
2°) d’enjoindre au conseil départemental du Doubs de procéder à sa réintégration et de lui restituer le bénéfice de son agrément ;
3°) de mettre à la charge du conseil départemental du Doubs une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D... soutient que :
- L’urgence est caractérisée car les décisions attaquées réduisent considérablement ses ressources, alors que les charges mensuelles de son foyer s’établissent à 4 526 euros. Ces charges ne seront pas couvertes selon ses informations par l’allocation de retour à l’emploi. En outre, sa conjointe fait l’objet des mêmes mesures. La situation de leur foyer est donc compromise du point de vue financier.
- S’agissant de l’existence d’un doute sérieux : il n’est pas justifié des délégations du signataire des deux décisions attaquées.
Concernant la décision de retrait : le conseil départemental n’a pas communiqué les résultats de l’enquête administrative car elle n’est pas terminée, le principe du contradictoire a donc été méconnu. Les violences sur lesquelles la décision de retrait est fondée ne sont pas établies et sont fermement contestées. Plusieurs éléments dans le dossier indiquent que le département du Doubs souhaitait se séparer de l’intéressé et que cette procédure a été diligentée à cette fin. Il y a donc détournement de pouvoir.
Concernant la décision de licenciement : sa motivation est erronée car la commission consultative paritaire s’est prononcée pour le maintien de son agrément. De plus, cette décision est illégale par voie d’exception d’illégalité du retrait d’agrément.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2026, le département du Doubs, représenté par Me De Soto, a conclu au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant du paiement d’une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la situation d’urgence n’est pas caractérisée et qu’aucun moyen n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.
Vu les autres pièces du dossier, notamment la requête en annulation enregistrée le 20 mars 2026 sous le n°2600747.
Une note en délibéré a été produite le 1er juin 2026 à 9h49 pour M. D... par Me Landbeck.
Une note en délibéré a été produite le 1er juin 2026 à 10h12 pour le département du Doubs par Me De Soto.
Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Michel, présidente de chambre, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique qui s’est tenue le 29 mai 2026 à 14h en présence de Mme Chiappinelli, greffière, Mme Michel a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Landbeck, représentant Mme B... D... et M. D..., qui maintient ses conclusions dans les deux dossiers par les mêmes moyens et rappelle le contexte des affaires, notamment que Mme B... est agréée depuis 2014 et M. D... depuis 2025, ils connaissent donc leur travail. Il indique qu’on ne peut pas reprocher la tardiveté des requêtes car les requérants ne savaient pas combien ils allaient toucher une fois qu’ils seraient bénéficiaires de l’allocation de retour à l’emploi (ARE), donc c’est uniquement eu égard aux conditions de l’équilibre financier de leur foyer qu’ils ont réagi. Dans ce dossier, la question centrale est celle de l’intérêt supérieur de l’enfant et donc de la matérialité des faits. Il s’interroge sur ceux-ci dans la mesure où les décisions attaquées ont été prises alors que l’enquête administrative était encore en cours et que son résultat était inconnu. Au demeurant, elle n’est pas produite (défaut de contradictoire) et les faits sont donc non établis, car il n’existe aucune preuve des mauvais traitements infligés aux enfants du couple. La procédure repose sur la prise en compte de paroles d’enfants, qui sont très contradictoires et peu fiables. Eu égard à cet élément, Me Landbeck souligne que la commission consultative paritaire a voté en faveur du maintien des agréments, néanmoins une décision de retrait, puis une décision de licenciement ont été prises. Il soutient qu’il existe une urgence financière, du fait du bouleversement des conditions financières du foyer. Il estime l’allocation de retour à l’emploi de M. D... à environ 900 euros.
A l’invitation de la juge des référés, Mme B... D... présente à l’audience précise que son époux travaille en intérim depuis son licenciement et que c’est pour cela qu’il n’est pas présent.
- Me Bazin, représentant le département du Doubs a confirmé ses observations écrites et soutient que Mme B... D... n’a pas été agréée en 2014 mais le 19 octobre 2023. Il indique qu’il n’y a pas urgence car les informations sur la réalité des revenus du couple font défaut, leurs dépenses ne sont pas assorties de justifications suffisantes, et certaines ne sont pas des dépenses incompressibles ou habituelles. Il souligne l’importance dans cette affaire de prendre en compte l’intérêt des enfants accueillis, une attention primordiale doit leur être accordée. Il s’inquiète du positionnement de déni des requérants, et sur leur capacité à se rendre compte de la gravité des faits. Il écarte ensuite les moyens soulevés : l’enquête administrative n’était pas nécessaire pour prendre les décisions attaquées, de surcroit, elle prenait trop de temps, et le département n’a pas attendu ses résultats pour décider dans l’intérêt des enfants. En tout état de cause, ses résultats ont été porté à la connaissance de la requérante. Cette dernière n’a simplement pas demandé cet élément. Il indique que l’enquête administrative refuse de se prononcer sur la matérialité des faits, mais qu’une procédure pénale est en cours. Néanmoins, ces éléments sont sans importance car ils n’ont pas été pris en considération dans le cadre des décisions attaquées.
La clôture de l’instruction a été reportée au lundi 1er juin 2026 à 10 h 00.
Considérant ce qui suit :
Sur la jonction :
1. Les requêtes enregistrées sous les n°2601156 et 2601157 concernent les mêmes faits et un même couple d’assistants familiaux, elles ont de surcroit fait l’objet d’une instruction commune. Il y a donc lieu de statuer par une ordonnance commune.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision». Aux termes du premier alinéa de l’article R. 522-1 de ce code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire ».
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire.
4. Pour justifier l’urgence à suspendre l’exécution des décisions attaquées, Mme B... D... et M. D... se prévalent de la dégradation de la situation financière de leur foyer eu égard à la perte de leurs deux revenus, inhérente aux décisions de retrait d’agrément en qualité d’assistants familiaux, et de licenciement, prises à leur encontre par la présidente du département du Doubs les 23 janvier et 4 février 2026. Ils indiquent supporter des charges fixes mensuelles qu’ils estiment à 4 526 euros dans un document libre produit en annexe de leurs écritures.
5. Cependant, en complément de ces allégations, d’une part, ils ne produisent aucune justification permettant de s’assurer que la totalité des ressources de leur foyer serait liée à leurs activités professionnelles en qualité d’assistants familiaux. D’autre part, ils n’assortissent le document commun, complété de la mention « mis à part les activités extra-scolaires, les sorties familiales, l’entretien automobile », listant leurs charges mensuelles présentées comme incompressibles, qui comprend notamment des dépenses d’alimentation à hauteur de 1 200 euros par mois, deux abonnements distincts à des plateformes de programmes à la demande sur internet, une aide à la scolarité universitaire d’une enfant à hauteur de 400 euros, des remboursements de trop perçu pour 200 euros, d’aucun commencement de preuve ou d’explications permettant de valider ce décompte, qui est ni précis ni probant.
6. Par ailleurs, il ressort des éléments communiqués, notamment les notifications de droits à l’allocation de retour à l’emploi, que Mme B... D... pourrait prétendre à une allocation de 1 354,50 euros par mois, et que M. D... travaille depuis son licenciement en intérim, sans que le montant de son salaire mensuel soit connu, et qu’il a bénéficié de versements d’allocation de retour à l’emploi sur la période courant du 3 octobre 2025 au 7 avril 2026 pour des montants dégressifs allant de 864,90 euros à 543,60 euros, alors qu’il exerçait son activité d’assistant familial.
7. Dès lors, eu égard aux précisions apportées à l’audience sur ces points et en l’état des dossiers à la date de la présente ordonnance, il ne résulte pas des éléments communiqués que l’exécution des mesures en litige serait de nature à compromettre gravement la situation économique des requérants. Par suite, la situation d’urgence, requise par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, qui s’apprécie objectivement et globalement, n’est pas caractérisée.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les moyens dont les requérants soutiennent qu’ils seraient propres à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées, que les présents recours doivent être rejetés, y compris dans leurs conclusions accessoires à fin d’injonction.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Le département du Doubs n’étant pas la partie perdante dans le cadre des présentes instances, il n’y a pas lieu de mettre à sa charge une somme au titre de ces dispositions.
10. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge des requérants une somme sur le fondement de ces dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : Les requêtes de Mme B... D... et de M. D..., prises dans l’ensemble de leurs conclusions, sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions du département du Doubs présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... B... D..., à M. A... D... et au département du Doubs.
Fait à Besançon, le 1er juin 2026.
La juge des référés,
F. Michel
La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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