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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300688

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300688

mardi 1 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300688
TypeDécision
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCONSTANTINIDES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 février 2023, 19 mai 2023, M. A C, représenté par Me Constantinides, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2022 par lequel le maire de Mialet a accordé à M. D B un permis de construire un bâtiment à usage d'exploitation agricole et forestière ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Mialet une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme ;

- il méconnait les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnait l'article 153-4 du règlement sanitaire départemental du Gard ;

- il méconnait les dispositions de l'article 153-2 du règlement sanitaire départemental du Gard ;

- il méconnait les dispositions de l'article 153-1 du règlement sanitaire départemental du Gard ;

- il méconnait les dispositions de l'arrêté préfectoral n° 2013008-0007 du 8 janvier 2013 ;

- il méconnait le porter-à-connaissance du 11 octobre 2021 ;

- il méconnait les dispositions de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 411-1 du code de l'environnement et de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme ;

- il méconnait les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2023, la commune de Mialet, représentée par Me Audouin, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le tribunal fasse application des dispositions des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et en tout état de cause à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir du requérant ;

- les moyens de la requête sont infondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2023, M. B, représenté par Me Bernardin, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de M. C une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

Par courrier du 12 mars 2025, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de mettre en œuvre la procédure prévue à l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et invitées à présenter leurs observations sur ce point.

Des observations en réponse à cette communication ont été présentées par M. C, les 14 et 17 mars 2025, et par M. B, le 20 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pumo,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Constantinides, avocate de M. C,

- les observations de Me Audouin, avocat de la commune de Mialet,

- et les observations de Me Bernardin, avocate de M. B.

Une note en délibéré, présentée par M. C a été enregistrée au greffe du tribunal le 18 mars 2025.

Une note en délibéré, présentée par M. B, a été enregistrée au greffe du tribunal le 20 mars 2025.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déposé, le 20 octobre 2022, une demande de permis construire un hangar agricole sur un terrain situé chemin de Sébouillere à Mialet. Ce terrain correspond aux parcelles cadastrées 779, 780, 781, 782, 783, 784, 785, 792, 793, 794, 795 et 1061 de la section E, relevant du règlement national d'urbanisme. Par un arrêté du 27 décembre 2022, le maire de Mialet lui a accordé le permis de construire sollicité. M. C demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Mialet :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire ".

3. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. M. C est propriétaire d'un mas sur les parcelles cadastrées 756, 758, 759, 767, 768, 769, 770, 773, 774 et 778 de la section E, à Mialet. Sa propriété et le terrain d'assiette du projet se situent de part et d'autre d'un chemin rural relativement étroit, au bord duquel est implanté le hangar litigieux. Le requérant fait état, en tant que voisin immédiat du projet, des nuisances olfactives et sonores qui s'attachent à l'édification d'un hangar à usage de bergerie à quelques mètres de sa propriété. Il invoque ainsi des éléments relatifs à la nature du projet par lesquels il justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir contre le permis de construire en litige.

5. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Mialet doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. () ". L'article 153-4 du règlement sanitaire départemental du Gard dispose que : " () l'implantation des bâtiments renfermant des animaux doit respecter les règles suivantes : () les autres élevages () ne peuvent être implantés à moins de cinquante mètres des immeubles habités ou habituellement occupés par des tiers, des zones de loisirs et de tout établissement recevant du public à l'exception des installations de camping à la ferme. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le hangar à usage de bergerie dont la régularisation est accordée par l'arrêté contesté du 27 décembre 2022 est implanté à moins de cinquante mètres de l'immeuble à usage d'habitation de M. C. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 153-4 du règlement sanitaire départemental du Gard doit être accueilli.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté contesté.

9. Il résulte de ce tout qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 décembre 2022.

Sur l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

10. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux () ".

11. Il résulte de ces dispositions que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

12. Le vice relevé ci-dessus, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 153-4 du règlement sanitaire départemental du Gard, est susceptible d'être régularisé par une mesure de régularisation dont la délivrance n'implique pas d'apporter au projet litigieux un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Dans ces conditions, il y a lieu de surseoir à statuer, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et d'impartir à M. B un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement afin de produire la mesure de régularisation nécessaire.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme à ce titre. Il y en revanche a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Mialet la somme de 1 200 euros qui sera versée à M. C sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête de M. C, jusqu'à l'expiration d'un délai de six mois, afin de permettre la régularisation du vice mentionné au point 7 du présent jugement.

Article 2 : La commune de Mialet versera à M. C la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à la commune de Mialet et à M. B.

Délibéré après l'audience du 18 mars 2025 où siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Lahmar, conseillère,

- M. Pumo, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2025.

Le rapporteur,

J. PUMO

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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02/04/2026

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