jeudi 27 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2302576 |
| Type | Décision |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CAGNON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 juillet 2023 et 26 février 2025, M. B A, assisté par l'Union départementale des associations familiales du Bas-Rhin, ès qualité de curateur, représenté par Me Cagnon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2023 par lequel le préfet du Gard a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, Me Cagnon, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 313-11-7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date du dépôt de sa demande de renouvellement de son titre de séjour, les dispositions des articles L. 423-23 et L. 412-5 du même code, entrées en vigueur postérieurement, ne lui étant pas applicables ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 313-11-7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date du dépôt de sa demande, compte tenu de ses liens privés et familiaux en France, l'absence d'attache au Maroc et de menace grave à l'ordre public ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 611-1 et 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2023, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français est inopérant en l'absence d'une telle décision contenue dans l'arrêté attaqué ;
- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vosgien, conseillère,
- et les observations de Me Cagnon, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 13 janvier 1972, titulaire d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dont la durée de validité expirait le 19 mai 2019, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par sa requête, l'intéressé demande l'annulation de l'arrêté du 9 mai 2023 par lequel le préfet du Gard a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de l'arrêté attaqué : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article L. 412-5 de ce code, alors en vigueur : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est né en France et y réside habituellement depuis 1972. Il s'est vu délivrer, à sa majorité en 1998, des cartes de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", régulièrement renouvelées jusqu'en 2018. Placé sous curatelle depuis 2014, il est divorcé de son ancienne compagne résidant au Maroc avec leur fille. Toutefois, l'intéressé, célibataire et sans enfant à charge en France, ne justifie d'aucune intégration sociale ou professionnelle, ni même des liens qu'il entretiendrait avec ses parents, résidant en France en situation régulière, alors qu'il a fait l'objet depuis 1990 et jusqu'en 2016 d'une vingtaine de condamnations à des peines d'emprisonnement allant de quelques mois à une ou plusieurs années d'emprisonnement pour des faits de vol, extorsion, violences volontaires, suivies ou non d'incapacité, avec parfois des circonstances aggravantes, recel de bien, détention non autorisée de stupéfiants, dégradation ou détérioration d'un monument ou objet d'utilité publique et viol. S'il n'a plus fait l'objet de condamnation depuis 2016, il est encore et régulièrement défavorablement connu des services de police jusqu'en janvier 2023 pour des faits similaires de violences, vols, recels et usage illicite de stupéfiants. Dans ces conditions et en dépit de la durée de sa présence en France, compte tenu du nombre, du caractère répété et de la gravité des faits commis par M. A sur une période de trente-trois ans, le préfet du Gard n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas entaché sa décision d'erreur de droit en considérant qu'il représentait une menace à l'ordre public au sens de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisant obstacle au renouvellement de son titre de séjour, et ce, nonobstant la circonstance qu'il se soit vu délivrer des récépissés régulièrement renouvelés de 2019 à 2023. Le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet du Gard aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 423-23 du code précité.
4. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 mai 2023 par lequel le préfet du Gard a refusé de renouveler son titre de séjour, ni par voie de conséquence et, en tout état de cause, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français. Les conclusions qu'il a présentées à cette fin doivent, dès lors, être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. L'exécution du présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
6. La combinaison des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Gard et à Me Cagnon.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Roux, président,
Mme Vosgien, première conseillère,
Mme Béréhouc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2025.
La rapporteure,
S. VOSGIEN
Le président,
G. ROUX
Le greffier,
F. GUILLEMIN
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier.
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