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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2303552

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2303552

mardi 1 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2303552
TypeDécision
Formation1ère Chambre
Avocat requérantROUAULT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes annule le permis de construire tacite délivré par le maire de Tresques à la SCI Thimandum pour un hangar. Le tribunal retient que le projet nécessitait une autorisation de défrichement préalable en application de l'article L. 425-6 du code de l'urbanisme, faute de quoi le maire se trouvait en situation de compétence liée pour refuser le permis. Cette absence d'autorisation constitue un vice substantiel justifiant l'annulation de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré et des mémoires, enregistrés les 26 septembre, 7 et 8 novembre 2023, le préfet du Gard, demande au tribunal d'annuler la décision implicite, née le 9 avril 2023, par laquelle le maire de Tresques a délivré un permis de construire à la SCI Thimandum.

Il soutient que :

- son déféré est recevable ;

- la construction du hangar n'est pas au nombre de celles autorisées dans le secteur Uer de la zone UE où est classé le terrain d'assiette du projet ;

- le projet litigieux méconnait l'article UE 10 du règlement du PLU ;

- le projet, bien qu'exposé au bruit de la route départementale 6086, ne prévoit pas l'isolation acoustique qu'exige l'article 11 des dispositions générales du plan local d'urbanisme ;

- une autorisation de défrichement était nécessaire, elle n'a pas été jointe au dossier de demande de permis et n'a pas été obtenue ;

- le projet était soumis à une obligation de débroussaillement par l'article 6 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- le permis méconnait le porter-à-connaissance du risque de feux de forêt du 11 octobre 2021 qui interdit toute construction nouvelle dans les zones non urbanisées exposées à un très fort aléa ;

- la desserte du projet par les réseaux publics méconnait l'article UE 4 du plan local d'urbanisme ;

- le maire a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme au regard du risque de feux de forêt important ;

- le service départemental d'incendie et de secours n'a pas été consulté et les consignes de prévention des risques d'incendie n'ont pas été prises en compte.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 octobre 2023 et 12 janvier 2024, la commune de Tresques, représentée par la SELARL Blanc - Tardivel - Bocognano, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le préfet ne sont pas fondés.

Par courriers du 13 mars 2025, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de ce que le maire de Tresques se trouvait en situation de compétence liée et devait refuser de délivrer le permis de construire sollicité, en application de l'article L. 425-6 du code de l'urbanisme, faute pour le pétitionnaire d'avoir préalablement obtenu une autorisation de défrichement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code forestier ;

- le code l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hoenen,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de M. A pour le préfet du Gard, Me Blanc pour la commune de Tresques et Me Rouault pour la SCI Thimandum.

Considérant ce qui suit :

1. Le 9 janvier 2023, la société Thimandum a déposé auprès des services de la commune de Tresques une demande de permis de construire un hangar, sur un terrain situé dans la zone d'activité de Bernon, parcelle cadastrée section AI n° 370, classée en zone Uer du plan local d'urbanisme de la commune. Le 31 mai 2023, le maire de Tresques a informé la SCI Thimandum qu'un permis de construire tacite était né le 9 avril 2023 et lui a délivré le certificat prévu à l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme. Le préfet du Gard demande l'annulation pour excès de pouvoir de ce permis de construire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-6 du code de l'urbanisme : " Conformément à l'article L. 341-7 du nouveau code forestier, lorsque le projet porte sur une opération ou des travaux soumis à l'autorisation de défrichement prévue aux articles L. 341-1 et L. 341-3 du même code, celle-ci doit être obtenue préalablement à la délivrance du permis. ". Aux termes de l'article R. 431-19 du même code : " Lorsque les travaux projetés nécessitent une autorisation de défrichement en application des articles L. 341-1, L. 341-3 ou L. 214-13 du code forestier, la demande de permis de construire est complétée par la copie de la lettre par laquelle le préfet fait connaître au demandeur que son dossier de demande d'autorisation de défrichement est complet, si le défrichement est ou non soumis à reconnaissance de la situation et de l'état des terrains et si la demande doit ou non faire l'objet d'une enquête publique. ". Aux termes de l'article L.341-1 du code forestier : " Est un défrichement toute opération volontaire ayant pour effet de détruire l'état boisé d'un terrain et de mettre fin à sa destination forestière. / Est également un défrichement toute opération volontaire entraînant indirectement et à terme les mêmes conséquences, sauf si elle est entreprise en application d'une servitude d'utilité publique. / La destruction accidentelle ou volontaire du boisement ne fait pas disparaître la destination forestière du terrain, qui reste soumis aux dispositions du présent titre. ". Enfin aux termes de l'article 6 du règlement du plan local d'urbanisme : " B - Défrichements soumis à autorisation préalable / En application de l'arrêté préfectoral n° 2005-171-1 8 du 21 juin 2005, à l'intérieur des secteurs identifiés en annexe 2 du présent règlement tout défrichement portant sur plus d'un hectare est soumis à autorisation préalable ". Aux termes de l'arrêté du préfet du Gard du 21 juin 2005, le préfet a fixé un seuil en deçà duquel les défrichements sont exemptés d'autorisation préalable de défrichement, en application de l'article L. 311-1 du code forestier alors applicables. Ainsi, sur le territoire de Tresques, les bois de superficie inférieure à un hectare sont exemptés du régime d'autorisation préalable spécifié sauf s'ils font partie d'un autre bois dont la superficie ajoutée à la leur atteint ou dépasse ce seuil.

3. Il ressort de l'examen de la carte des espaces soumis à autorisation de défrichement sur la commune, annexe 2 du plan local d'urbanisme, que le terrain d'assiette est situé dans un espace soumis à une telle autorisation. Il ressort en outre des pièces du dossier et notamment du procès-verbal de reconnaissance de bois à défricher du 1er février 2023, que la parcelle terrain d'assiette du projet est incluse dans le massif forestier de trente hectares de la forêt communale de Tresques dont elle constitue la terminaison sud-est. Il est constant que ce massif forestier présente une superficie supérieure à un hectare. Il ressort des photographies jointes au dossier et du procès-verbal de reconnaissance de bois à défricher que ce terrain d'assiette d'une surface de plus de deux hectares comporte des chênes verts et est en " état boisé " au sens de l'article L. 341-1 du code forestier. La circonstance que la parcelle est classée en zone urbanisée Uer est sans incidence sur le caractère forestier de ce terrain d'assiette. Ainsi l'opération de construction a pour effet de mettre fin à la destination forestière de cette parcelle et constitue par suite une opération de défrichement au sens de l'article L. 341-1 du code forestier. Par suite, faute pour la société pétitionnaire d'avoir obtenu préalablement l'autorisation de défrichement requise, le permis de construire tacitement obtenu est intervenu en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-6 du code de l'urbanisme citées au point précédent. Dans ces circonstances, le maire était tenu de refuser le permis de construire sollicité.

4. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'apparaît susceptible, en l'état de l'instruction, de fonder l'annulation de la décision contestée.

5. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet du Gard est fondé à demander l'annulation du permis de construire tacite en litige.

Sur l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

6. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire (), estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation () ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 de ce même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

7. Le vice retenu par le présent jugement concerne le projet dans sa globalité. Il ne résulte, en outre, pas de l'instruction qu'il pourrait faire l'objet d'une mesure de régularisation. Dès lors, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions précitées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Tresques demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision tacite, née le 9 avril 2023, du maire de Tresques est annulée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Tresques au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Tresques, à la SCI Thimandum et au préfet du Gard.

Copie en sera transmise au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nîmes.

Délibéré après l'audience du 18 mars 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Lahmar, conseillère,

- Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2025.

La rapporteure,

A-S. HOENEN

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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