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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2402974

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2402974

mardi 11 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2402974
TypeDécision
PublicationC
FormationPôle contentieux sociaux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de Mme C contestant deux avis de sommes à payer émis par la paierie départementale du Gard pour le recouvrement d’indu de revenu de solidarité active (RSA) d’un montant total de 17 756,22 euros. La requérante invoquait l’incompétence de la signataire de la décision de rejet de son recours gracieux et l’insuffisance de motivation de cette décision. Le tribunal a examiné ces moyens et, après avoir constaté que les parties n’étaient ni présentes ni représentées à l’audience, a prononcé la clôture de l’instruction et rejeté la requête. La solution retenue s’appuie sur les dispositions du code de l’action sociale et des familles et du code général des collectivités territoriales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2024, Mme A C, représentée par Me Bapcérès, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 mars 2024 par laquelle la présidente du conseil départemental du Gard a rejeté son recours à l'encontre de l'avis des sommes à payer émis le 6 décembre 2023 par la paierie départementale du Gard pour le recouvrement d'une somme de 11 899,62 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active (INK 001) au titre de la période du 1er décembre 2019 au 30 novembre 2021, et de l'avis des sommes à payer émis le 6 décembre 2023 par la paierie départementale du Gard pour le recouvrement d'une somme de 5 856,60 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active (INK 002) au titre de la période du 1er décembre 2018 au 31 décembre 2019 ;

2°) de la décharger du paiement des indus litigieux ;

3°) de mettre à la charge du département du Gard une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision du 14 mars 2024 est entachée d'incompétence de sa signataire en l'absence de preuve de délégation régulièrement effectuée ;

- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2024, le département du Gard conclut au rejet de la requête de Mme C.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. B a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 1er décembre 2021, la caisse d'allocations familiales du Gard a mis à la charge de Mme C un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 899,62 euros (INK 001) au titre de la période du 1er décembre 2019 au 30 novembre 2021. Par une décision du 10 février 2022, la caisse d'allocations familiales du Gard a mis à la charge de Mme C un indu complémentaire de revenu de solidarité active d'un montant de 5 856,60 euros (INK 002) au titre de la période du 1er décembre 2018 au 31 décembre 2019, et un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 152,45 euros au titre de l'année 2019. La paierie départementale du Gard a émis, le 6 décembre 2023, un avis des sommes à payer n°2023-7072-1 pour le recouvrement de la somme de 11 899,62 euros correspondant au solde de l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme C au titre de la période du 1er décembre 2019 au 30 novembre 2021 (INK 001), et un avis des sommes à payer n° 2023-7071-1 pour le recouvrement de la somme de 5 856,60 euros correspondant au solde de l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de l'intéressée au titre de la période du 1er décembre 2018 au 31 décembre 2019 (INK 002). Par un courrier du 10 février 2024, Mme C doit être regardée comme ayant formé un recours gracieux à l'encontre de ces avis des sommes à payer, valant titres exécutoires. Par une décision du 14 mars 2024, la présidente du conseil départemental du Gard a rejeté le recours de Mme C. Par la présente requête, Mme C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler les deux avis des sommes à payer émis le 6 décembre 2023, ensemble la décision du 14 mars 2024 par laquelle la présidente du conseil départemental du Gard a rejeté son recours gracieux.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () / Après la mise en œuvre de la procédure de recouvrement sur prestations à échoir, l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active transmet, dans des conditions définies par la convention mentionnée au I de l'article L. 262-25 du présent code, les créances du département au président du conseil départemental. La liste des indus fait apparaître le nom de l'allocataire, l'objet de la prestation, le montant initial de l'indu, le solde restant à recouvrer, ainsi que le motif du caractère indu du paiement. Le président du conseil départemental constate la créance du département et transmet au payeur départemental le titre de recettes correspondant pour le recouvrement. () ". Aux termes de l'article L. 262-47 de ce code : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. () ".

4. Il résulte des dispositions citées au point 2 qu'une décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active prise par le président du conseil départemental, ou par délégation de celui-ci ne peut, à peine d'irrecevabilité, faire l'objet d'un recours contentieux sans qu'ait été préalablement exercé un recours administratif auprès de cette autorité. Si la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre le titre exécutoire émis pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active n'est pas, en vertu des dispositions citées au point 3, subordonnée à l'exercice d'un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu en l'absence de tout recours préalable saisissant de cette contestation le président du conseil départemental. Une telle contestation reste possible alors même que la décision confirmant l'indu de revenu de solidarité active serait devenue définitive à la date de l'introduction de la requête à fin d'annulation des titres exécutoires émis pour son recouvrement.

5. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le recours contentieux contre le titre exécutoire émis pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active est dispensé de l'obligation d'un recours administratif préalable lorsque l'allocataire ne conteste pas le bien-fondé de l'indu mis à sa charge mais uniquement la régularité formelle du titre exécutoire. Par sa requête, Mme C ne soulève que des moyens portant sur la régularité formelle des deux avis des sommes à payer émis le 6 décembre 2023 par la paierie départementale du Gard. Dès lors, le recours formé par Mme C le 10 février 2024 ne constitue pas un recours administratif préalable obligatoire. Par suite, la décision du 14 mars 2024 par laquelle la présidente du conseil départemental du Gard a rejeté ce recours ne se substitue pas aux deux avis des sommes à payer émis le 6 décembre 2023.

6. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

7. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que Mme C, qui demande l'annulation de la décision du 14 mars 2024 par laquelle la présidente du conseil départemental a rejeté son recours gracieux, doit dès lors être regardée comme contestant les deux avis des sommes à payer émis à son encontre le 6 décembre 2023. Il en résulte également que Mme C ne peut utilement invoquer les vices propres dont serait entaché le rejet de son recours gracieux. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de la signataire de la décision du 14 mars 2024 et de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

8. En second lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. En cas d'erreur de liquidation, l'ordonnateur émet un ordre de recouvrer afin, selon les cas, d'augmenter ou de réduire le montant de la créance liquidée. Il indique les bases de la nouvelle liquidation. Pour les créances faisant l'objet d'une déclaration, une déclaration rectificative, indiquant les bases de la nouvelle liquidation, est souscrite. ". En application de ce principe tout titre de recettes doit indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels il s'est fondé pour déterminer le montant de la créance.

9. Le titre exécutoire n° 2023-7071-1 émis le 6 décembre 2023 pour recouvrer la somme de 5 856,60 euros comporte en objet la mention " RSA socle indus 2022 CAF n° 1318284-29/11/2023 " et le titre exécutoire n° 2023-7072-1 émis le 6 décembre 2023 pour recouvrer la somme de 11 899,62 euros comporte en objet " RSA socle indus 2022 CAF n° 1315284- 29/11/2023 ". Si ces titres ne mentionnent pas les bases et éléments de calcul des dettes dont le remboursement était demandé à Mme C au titre des trop-perçus de revenu de solidarité active, ni les périodes de référence de ces trop-perçus, ils indiquent toutefois le numéro d'allocataire de Mme C, qui figurait dans la décision du 1er décembre 2021 lui notifiant un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 899,62 euros au titre de la période du 1er décembre 2019 au 30 novembre 2021, et dans la décision du 10 février 2022 lui notifiant un indu complémentaire de revenu de solidarité active d'un montant de 5 856,60 euros au titre de la période du 1er décembre 2018 au 31 décembre 2019, et dont il résulte de l'instruction que la requérante en a été préalablement rendue destinataire. Mme C a en outre elle-même indiqué ce numéro d'allocataire dans les demandes de remise de gracieuse de ses dettes qu'elle avait présentées par deux courriers du 26 février 2022 et du 13 mai 2022. Dans ces conditions, les titres exécutoires litigieux doivent être regardés comme faisant implicitement mais nécessairement référence aux décisions de notification des indus litigieux, lesquelles précisaient, notamment, les périodes en litige et contenaient des éléments suffisants pour permettre à la requérante d'être informées des bases de la liquidation et de pouvoir en contester le fondement. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas été régulièrement informée des bases et éléments de calcul des dettes dont il lui était demandé règlement.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin de décharge et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au département du Gard.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2025.

Le président,

C. B

La greffière,

I. MASSOT

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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