Le Tribunal Administratif de Nîmes, statuant en référé, rejette la demande de suspension d'une décision implicite de rejet de titre de séjour. Le juge estime que le requérant, qui sollicite un premier titre de séjour, n'apporte pas la preuve de circonstances particulières caractérisant l'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative. La demande est donc jugée mal fondée sur ce point essentiel, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens soulevés.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 mars 2026, M. D... B... A... représenté par Me Feriani, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision implicite née le 4 février 2026 par laquelle le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet du Gard de procéder au réexamen de sa situation dès la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite car il se trouve dans une précarité extrême qui met en péril l’équilibre de sa vie familiale. Privé de tout droit au travail, il ne peut subvenir aux besoins de son foyer et est empêché de se rendre en Colombie pour rendre visite à sa famille ;
- la décision est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle méconnaît l’article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il remplit les conditions ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d’appréciation sur sa situation ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné M. Roux, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. M. B... A..., de nationalité colombienne, a présenté, le 3 octobre 2025, auprès des services de la préfecture du Gard, une demande de titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Du silence gardé par le préfet du Gard durant quatre mois est née une décision implicite de rejet de cette demande. M. B... A... demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l’exécution de cette décision implicite.
2. En application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité. Si l'article L. 522-1 du même code impose au juge des référés de statuer au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, et d’informer sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique, l'article L. 522-3 de ce code lui permet néanmoins de rejeter une demande par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1, lorsqu’elle ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de cette demande, qu’elle ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. L’urgence à suspendre l’exécution de la décision en litige, qui n’a pas pour objet de refuser de renouveler ou de retirer un titre de séjour, ne saurait être présumée. Pour en justifier, M. B... A... soutient se trouver dans une situation administrative précaire qui le prive de la possibilité d’exercer une activité professionnelle lui permettant de subvenir à ses besoins et à ceux de son ménage. Toutefois, M. B... A..., entré en France en 2021, s’est trouvé depuis plusieurs années dans la situation administrative qu’il décrit sans avoir sollicité sa régularisation avant le mois d’octobre 2025. Par ailleurs, il résulte de l’instruction que le requérant s’est pacsé avec Mme C..., ressortissante espagnole disposant d’un contrat de travail à durée indéterminée et percevant des revenus, avec laquelle il réside chez le père de Mme C... et il n’est pas démontré par les pièces produites que leur ménage se trouverait dans la situation de précarité matérielle et financière dont le requérant se borne à faire état. Il n’est pas davantage établi que le requérant se trouverait privé de la possibilité de répondre favorablement à une proposition d’emploi qui lui aurait été formulée à brève échéance ni de poursuivre une formation qu’il aurait débutée en France. Enfin, cette décision lui refusant le bénéfice d’un titre de séjour ne le prive pas de sa liberté d’aller et venir et notamment de son droit de quitter le territoire français pour rendre éventuellement visite à sa mère malade et de revenir en France sous couvert d’un visa dûment obtenu. Au regard de l’ensemble de ces éléments, les circonstances générales invoquées par M. B... A... ne suffisent à caractériser une situation d’urgence telle qu’elle justifierait l’intervention du juge des référés dans le cadre des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
5. Il résulte de ce qui précède qu’à défaut de caractère urgent, la requête de M. B... A... doit être rejetée par la procédure prévue par les dispositions de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de M. B... A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D... B... A....
Copie en sera adressée au préfet du Gard.
Fait à Nîmes, le 23 mars 2026.
Le juge des référés,
G. ROUX
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,