mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2002057 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP DEGIOANNI PONTACQ GUY-FAVIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 4 mai 2020, le 14 mai 2020, le 10 juillet 2020 et le 26 février 2021, M. D A et Mme C A, représentés par Me Chaboussou, doivent être regardés comme demandant au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2020 par lequel le maire de la commune de Cadarcet a interdit le stationnement de tout véhicule le long de la totalité de la voie communale depuis le chemin de Moutou jusqu'à la parcelle cadastrée section B n° 694 ;
2°) de condamner la commune de Cadarcet à leur verser la somme de 60 euros par jour de location de leur gîte depuis l'édiction de l'arrêté attaqué et jusqu'à son annulation, en réparation de leur préjudice financier et des troubles dans leurs conditions d'existence ;
3°) de mettre à la charge de la commune Cadarcet la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
M. et Mme A soutiennent que :
- leur requête est recevable dès lors qu'ils sont directement concernés par l'arrêté attaqué ;
- le maire de la commune de Cadarcet n'était pas régulièrement habilité par le conseil municipal à défendre dans la présente instance ;
- l'arrêté attaqué est illégal dès lors qu'il a été adopté sans concertation préalable ;
- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 ; il n'est pas motivé et ne leur a pas été notifié ;
- il n'était pas nécessaire de prendre cet arrêté en l'absence de trouble à l'ordre public ;
- l'arrêté attaqué est illégal dès lors que l'interdiction de stationnement est disproportionnée ;
- l'arrêté attaqué porte atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie ;
- l'arrêté attaqué est illégal dès lors que la voie communale sur laquelle il tend à s'appliquer n'est pas identifiable à la date à laquelle il a été pris ;
- l'arrêté attaqué a été pris dans l'unique but de faciliter le passage vers le GAEC de la Coumes alors que ce dernier dispose d'un accès depuis la voie communale en passant par la parcelle B695 ;
- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article L. 2411-10 du code général des collectivités territoriales ;
- l'arrêté attaqué crée des troubles dans leurs conditions d'existence et porte atteinte à leur vie privée et professionnelle ;
- l'interdiction de stationnement porte atteinte au bon fonctionnement de leur entreprise : dès lors ce préjudice financier doit être réparé à hauteur de soixante euros par jour de location de leur gîte à compter de la date de la prise de l'arrêté jusqu'à son annulation.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juin 2020, la commune de Cadarcet, représentée par la SCP d'avocats Goguyer Lalande Degioanni Pontacq, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme A au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Biscarel, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A sont propriétaires d'une habitation cadastrée section B n° 690 et 827 située au Hameau de Gayet sur le territoire de la commune de Cadarcet. Par arrêté du 20 avril 2020, le maire de la commune de Cadarcet a interdit le stationnement de tout véhicule le long de la totalité de la voie communale depuis le chemin de Moutou jusqu'à la parcelle cadastrée section B n° 694. Le 20 mai 2020, M. et Mme A ont adressé une demande indemnitaire préalable à la commune de Cadarcet tendant à la réparation des troubles dans leurs conditions d'existence et du préjudice financier causé par l'application de cet arrêté. Par leur requête, M. et Mme A demandent au tribunal d'annuler cet arrêté et de condamner la commune de Cadarcet à la réparation de leurs préjudices.
Sur la recevabilité du mémoire en défense :
2. Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat :/ () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que par délibération du 10 avril 2014, le conseil municipal de Cadarcet a donné délégation au maire pour intenter au nom de la commune les actions en justice ou défendre la commune dans les actions intentées contre elle. A la date de l'enregistrement du mémoire en défense, le 12 juin 2020, la délégation dont bénéficiait le maire était toujours en vigueur, le conseil municipal étant toujours en place, dès lors que le second tour des élections municipales s'est déroulé postérieurement le 28 juin 2020. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le mémoire en défense enregistré le 12 juin 2020 pour la commune de Cadarcet serait irrecevable au motif que le maire de la commune n'aurait pas été habilité à représenter celle-ci.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques () ". Aux termes de l'article L. 2213-2 du même code : " Le maire peut, par arrêté motivé, eu égard aux nécessités de la circulation et de la protection de l'environnement : () 2° Réglementer l'arrêt et le stationnement des véhicules ou de certaines catégories d'entre eux, ainsi que la desserte des immeubles riverains () ".
5. En premier lieu, l'arrêté du 24 avril 2020 portant interdiction de stationnement de tout véhicule le long de la voie communale depuis le chemin de Moutou (entrée entreprise MDC) jusqu'à la parcelle B 694 (GAEC de la Coumes), devait être motivé en application des dispositions précitées de l'article L. 2213-2 du code général des collectivités territoriales. Si l'arrêté attaqué ne vise pas expressément cet article, qui en constitue le fondement légal, il vise cependant de manière générale le code général des collectivités territoriales et notamment ses articles L. 2212-1 et L. 2411. Ces mentions suffisent à le motiver en droit. Toutefois, en se bornant à éditer une interdiction de stationnement sans préciser les circonstances de fait qui en constituent le fondement, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme suffisamment motivé en fait. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être accueilli.
6. En deuxième lieu, pour justifier de la nécessité de prendre l'arrêté attaqué, la commune de Cadarcet produit un courriel émanant d'un des membres du groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) de la Coumes daté du 12 avril 2020, au demeurant postérieur à cet arrêté, intitulé " problèmes d'accès à Gayet ", et faisant état de " gros problèmes pour accéder à nos parcelles (véhicules stationnés) et nos bâtiments d'élevage (aménagement de voie réduite et jardin sur la voie publique ". Toutefois, cette pièce n'est pas de nature à établir, à elle seule, la réalité d'un stationnement gênant sur le chemin communal ayant rendu nécessaire l'édiction de l'arrêté attaqué.
7. En troisième lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de contrôler la proportionnalité des mesures de police administrative prises par un maire pour réglementer la circulation et le stationnement des véhicules dans sa commune.
8. L'interdiction de stationnement édictée par l'arrêté du 24 avril 2020 concerne tous les véhicules, y compris ceux des riverains du hameau de Gayet, sur près d'un kilomètre et s'applique de manière permanente toute l'année et à toute heure de la journée, ne réservant aucun créneau horaire ouvert au stationnement. Ainsi, cette mesure présente un caractère général. Dans ces conditions, l'interdiction de stationnement prescrite par cet arrêté revêt un caractère disproportionné. Dès lors, l'arrêté attaqué du 24 avril 2020 est entaché d'erreur d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. et Mme A sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 24 avril 2020.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
10. Toute illégalité fautive est susceptible de donner lieu à indemnisation, dès lors qu'elle est à l'origine des préjudices subis dont il incombe au requérant de démontrer la réalité et qu'elle présente un lien de causalité suffisamment direct et certain avec ces préjudices.
11. M. et Mme A soutiennent que l'interdiction de stationnement le long du chemin Gayet dont ils sont riverains leur cause un trouble dans leurs conditions d'existence ainsi qu'un préjudice financier dès lors que ni eux ni leurs clients ne peuvent stationner devant leur habitation. Toutefois, ils n'apportent aucun élément de nature à établir l'existence d'un tel préjudice ni, en toute hypothèse, l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice tiré de l'absence de location de leur gîte, à le supposer même établi, et les illégalités fautives entachant l'arrêté attaqué. Dès lors, les requérants ne démontrent pas qu'une telle illégalité fautive serait, de manière directe et certaine, à l'origine des préjudices allégués.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. et Mme A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Cadarcet la somme globale de 1 500 euros à verser à M. et Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la commune de Cadarcet soit mise à la charge de M. et Mme A, qui ne sont pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Cadarcet du 24 avril 2020 est annulé.
Article 2 : La commune de Cadarcet versera la somme globale de 1 500 euros à M. et Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Cadarcet sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Mme C A et à la commune de Cadarcet.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.
La rapporteure,
B. BISCAREL
La présidente,
F. HÉRY La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
N°2002057
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026