jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2101922 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | HIRTZLIN-PINÇON OLIVIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 avril, 6 et 11 mai 2021, et 9 septembre 2022, M. B C, représenté par Me Hirtzlin-Pinçon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a rejeté sa demande indemnitaire ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 956,88 euros au titre des heures non payées ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros au titre des dommages et intérêts et de son préjudice moral ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser les intérêts moratoires sur ces sommes, ainsi que la capitalisation de ces intérêts ;
5°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens, ainsi que le paiement de la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a effectué 46 heures de " colle " au lycée Bellevue ; chaque heure doit être rémunérée à hauteur de 64,28 euros ; il y a donc une créance certaine et exigible de 2 956,88 euros ;
- il n'a commis aucune négligence ; le dossier d'engagement a été confié au service du courrier de l'université Toulouse-III ;
- les autorisations de cumul sont toujours transmises à l'issue du service fait ;
- il a bien effectué 46 heures, malgré une erreur de frappe dans son courrier du 1er octobre 2018.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2022, le recteur de l'académie de Toulouse conclut à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet.
Il fait valoir que :
- le requérant n'a pas formé de demande indemnitaire préalable ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État ;
- le décret n° 2017-105 du 27 janvier 2017 relatif à l'exercice d'activités privées par des agents publics et certains agents contractuels de droit privé ayant cessé leurs fonctions, aux cumuls d'activités et à la commission de déontologie de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hecht,
- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est professeur des universités, employé par l'Université Toulouse III - Paul Sabatier. Par un courrier du 7 décembre 2020, notifié au rectorat de l'académie de Toulouse le 9 décembre 2020, il a demandé le paiement de 46 heures supplémentaires au titre d'heures d'interrogations orales, ou de " colle ", qu'il allègue avoir effectuées au lycée Bellevue de Toulouse, en classe préparatoire. Le silence gardé par le recteur durant deux mois a fait naître une décision implicite de refus. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision de refus et la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 2 956,88 euros au titre des heures effectuées, ainsi que la somme de 1 000 euros au titre de son préjudice moral, assorties des intérêts moratoires et de leur capitalisation.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Si le recteur soulève une fin de non-recevoir tirée de l'absence de demande indemnitaire préalable, il résulte toutefois de l'instruction, ainsi que le recteur le reconnaît lui-même dans son mémoire, que M. C a adressé au rectorat une demande indemnitaire datée du 7 décembre 2020, " transmis[e] le 9 décembre 2020 ". Par suite, cette fin de non-recevoir ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. La décision implicite par laquelle le recteur a rejeté la demande indemnitaire présentée par M. C dans son courrier du 7 décembre 2020 susmentionné a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de sa demande, qui s'inscrit dans le cadre d'un recours de plein contentieux. Au regard d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la créance de 2 956,88 euros dont le requérant demande le paiement :
4. Aux termes de l'article 25 septies de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, dans sa rédaction applicable au litige : " I.- Le fonctionnaire consacre l'intégralité de son activité professionnelle aux tâches qui lui sont confiées. Il ne peut exercer, à titre professionnel, une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit, sous réserve des II à V du présent article. () IV.- Le fonctionnaire peut être autorisé par l'autorité hiérarchique dont il relève à exercer à titre accessoire une activité, lucrative ou non, auprès d'une personne ou d'un organisme public ou privé dès lors que cette activité est compatible avec les fonctions qui lui sont confiées et n'affecte pas leur exercice. "
5. Aux termes de l'article 5 du décret du 27 janvier 2017 susvisé, dans sa rédaction applicable au litige : " Dans les conditions fixées aux I et IV de l'article 25 septies de la loi du 13 juillet 1983 précitée et celles prévues par le présent décret, l'agent peut être autorisé à cumuler une activité accessoire avec son activité principale, sous réserve que cette activité ne porte pas atteinte au fonctionnement normal, à l'indépendance ou à la neutralité du service ou ne mette pas l'intéressé en situation de méconnaître l'article 432-12 du code pénal. Cette activité peut être exercée auprès d'une personne publique ou privée. Un même agent peut être autorisé à exercer plusieurs activités accessoires. " Aux termes de son article 6 : " Les activités exercées à titre accessoire susceptibles d'être autorisées sont les suivantes : / 1° Dans les conditions prévues à l'article 5 : () b) Enseignement et formation ; () ". Aux termes du premier alinéa de son article 7 : " Le cumul d'une activité exercée à titre accessoire mentionnée à l'article 6 avec une activité exercée à titre principal est subordonné à la délivrance d'une autorisation par l'autorité dont relève l'agent intéressé. " Selon son article 8 : " Préalablement à l'exercice de toute activité accessoire soumise à autorisation, l'intéressé adresse à l'autorité dont il relève, qui lui en accuse réception, une demande écrite qui comprend les informations suivantes : / 1° Identité de l'employeur ou nature de l'organisme pour le compte duquel s'exercera l'activité accessoire envisagée ; / 2° Nature, durée, périodicité et conditions de rémunération de cette activité accessoire. / Toute autre information de nature à éclairer l'autorité mentionnée au premier alinéa sur l'activité accessoire envisagée peut figurer dans cette demande à l'initiative de l'agent. / L'autorité peut lui demander des informations complémentaires. " Et selon son article 9 : " L'autorité compétente notifie sa décision dans un délai d'un mois à compter de la réception de la demande. / La décision de l'autorité compétente autorisant l'exercice d'une activité accessoire peut comporter des réserves et recommandations visant à assurer le respect des obligations déontologiques mentionnées notamment à l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983 précitée, ainsi que le fonctionnement normal du service. / Lorsque l'autorité compétente estime ne pas disposer de toutes les informations lui permettant de statuer sur la demande, elle invite l'intéressé à la compléter dans un délai maximum de quinze jours à compter de la réception de sa demande. Le délai prévu au premier alinéa est alors porté à deux mois. / En l'absence de décision expresse écrite dans le délai de réponse mentionné aux premier et troisième alinéas, la demande d'autorisation d'exercer l'activité accessoire est réputée rejetée. / L'activité accessoire ne peut être exercée qu'en dehors des heures de service de l'intéressé. "
6. M. C soutient avoir dispensé 46 heures d'interrogations orales, ou " colle ", au lycée Bellevue de Toulouse au cours de l'année scolaire 2017-2018, pour des élèves de classe préparatoire d'un autre professeur, M. A, mais ne pas avoir été rémunéré en dépit de ce service fait. Premièrement, si le recteur fait valoir que le chef d'établissement n'aurait pas validé ce service et que le nombre d'heures dispensé ne serait pas établi en l'absence d'une liste d'émargement, il résulte toutefois de l'instruction, en particulier du courrier adressé au requérant par le proviseur du lycée Bellevue le 5 octobre 2018, que M. C a bien dispensé ces 46 heures, tandis qu'il ne résulte d'aucune disposition que l'absence de " validation de ce service " en amont par le chef d'établissement, dont les modalités ne sont d'ailleurs pas précisées, s'opposerait à la rémunération de ce service fait. Deuxièmement, si le recteur oppose l'absence d'accord de l'employeur de l'intéressé, à savoir l'université Toulouse-III, et l'absence d'autorisation de cumul pour donner des heures de cours au lycée, il résulte cependant de l'instruction, en particulier du courriel adressé à l'intéressé par les services de l'université le 16 juillet 2018, que M. C disposait bien de l'autorisation de cumul exigée. A ce titre, s'il résulte des dispositions du décret du 27 janvier 2017 susmentionné qu'un fonctionnaire doit obligatoirement disposer d'une autorisation préalable pour avoir le droit d'exercer une activité accessoire, en revanche il ne résulte ni de ces dispositions, ni d'aucune autre, que la délivrance d'une telle autorisation postérieurement au service fait s'opposerait à la rémunération de ce service. Troisièmement, si le recteur soutient qu'il ne revient pas aux enseignants, mais à l'autorité administrative, de fixer le service des enseignants et la répartition des heures de cours, ce principe ne s'oppose pas à ce que des heures d'interrogations orales en classe préparatoire soient confiées à un intervenant extérieur, étant observé que cette pratique n'a aucun impact sur la répartition de la dotation horaire globale d'un établissement. Quatrièmement, si le recteur allègue que le taux de rémunération horaire dont M. C se prévaut ne serait pas établi, il résulte toutefois de l'instruction que ce dernier a fourni, dès sa requête introductive d'instance, un tableau fourni par un syndicat d'enseignants qui indique que la rémunération d'une heure d'interrogation pour un professeur dans sa situation administrative est de 64,28 euros. Dès lors que le recteur ne fournit aucun élément sur le niveau de rémunération auquel M. C aurait droit, le droit de l'intéressé à être rémunéré au taux horaire sollicité de 64,28 euros doit être regardé comme établi.
7. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à M. C la somme sollicitée de 2 956,88 euros (= 46 x 64,28) au titre du service fait et non rémunéré.
Sur le préjudice moral :
8. Si M. C se prévaut d'un préjudice moral, il n'assortit cette allégation d'aucun commencement de preuve, ni d'aucune pièce. Par suite, son préjudice n'est pas établi.
Sur les intérêts :
9. M. C a droit aux intérêts au taux légal de la somme de 2 956,88 euros à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire préalable, le 9 décembre 2020.
Sur la capitalisation des intérêts :
10. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 6 avril 2021, dans la requête introductive d'instance. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 9 décembre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais d'instance :
11. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser la somme de 2 956,88 euros à M. C, assortie des intérêts au taux légal à compter 9 décembre 2020. Les intérêts échus à la date du 9 décembre 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'État versera à M. C la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports et des jeux olympiques et paralympiques.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Toulouse.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
Le rapporteur,
S. HECHT
La présidente,
S. CAROTENUTOLa greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports et des jeux olympiques et paralympiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Conseil d'État — N° 507200
**Solution rendue** : Le Conseil d'État rejette le pourvoi de la métropole du Grand Nancy. **Motif principal** : Aucun moyen sérieux n'est retenu, la cour administrative d'appel ayant correctement qualifié la voie d'accès d'équipement public et suffisamment motivé sa décision. **Portée** : Confirmation de la condamnation de la métropole à rembourser les frais de voirie et de signalisation imposés au pétitionnaire.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 506535
Le Conseil d’État a rejeté la requête de M. B... contre la sanction de l’AFLD. Il a jugé que la procédure était régulière et que la sanction de quatre ans était proportionnée. Cette décision confirme la rigueur de la lutte antidopage en France.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 504834
Le Conseil d'État rejette le pourvoi de M. B... contre l'ordonnance de la cour administrative d'appel de Marseille. Aucun des moyens soulevés (insuffisance de motivation, erreur de droit, dénaturation des pièces) n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi. La décision confirme que la requête était manifestement dépourvue de fondement sérieux.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 508061
08/04/2026