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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105166

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105166

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105166
TypeDécision
RecoursAutorisation
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGUEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 3 septembre 2021 et le 3 octobre 2022, M. D C, représenté par Me Gueye, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er mars 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à titre principal au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer sans délai une autorisation de séjour, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et de son droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne ;

- le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée viole les stipulations des articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article 5 de l'accord franco-algérien dès lors qu'il est en possession d'une promesse d'embauche.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 novembre 2021 et le 12 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Gueye, représentant M. C, en sa présence.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 3 septembre 2021, est entré en France selon ses déclarations le 2 février 2010 sans documents et visas exigés par les conventions et règlements en vigueur. Il a sollicité le 29 juin 2020 son admission au séjour. Par une décision du 1er mars 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande. Par sa requête M. C sollicite l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. La décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé sa décision.

4. En deuxième lieu, tout d'abord, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " En l'espèce, la décision attaquée a été prise à la suite de la demande formulée par M. C, ce dernier ne peut ainsi utilement se prévaloir de ces dispositions.

5. Ensuite, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que si les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne s'adressent pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union et que le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est ainsi inopérant, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. Alors qu'il était loisible à M. C, dans le cadre de sa demande d'admission au séjour, de faire valoir auprès du préfet de la Haute-Garonne tout élément pertinent sur sa situation personnelle, le cas échéant en complétant son dossier de demande, le requérant n'établit ni même n'allègue avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux avant que ne soit prise la décision attaquée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, qui mentionnent explicitement des circonstances propres à la situation personnelle du requérant, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux et circonstancié de la situation personnelle de l'intéressé.

8. En quatrième lieu, alors qu'aucun motif de la décision attaquée n'est relatif à la menace à l'ordre public que représenterait M. C, celui-ci ne peut utilement soutenir que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en retenant qu'il représenterait une menace à l'ordre public.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article, ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale est délivré de plein droit : / 1. Au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autorisation de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus ; () " et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

10. D'une part, si M. C soutient être présent depuis plus de dix ans sur le territoire français, les pièces produites à l'appui de la requête sont pas de nature à en justifier, s'agissant notamment de la date de son entrée en France, de sa présence habituelle sur le territoire national entre 2010 et 2013, et au cours de l'année 2016.

11. D'autre part, M. C se prévaut de liens personnels et stables dès lors qu'il vit en concubinage et qu'un enfant est né de cette relation le 23 août 2019. Toutefois, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue en Algérie, pays dont sa concubine a également la nationalité et qui est en situation irrégulière en France, dès lors qu'elle a fait l'objet d'un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français le 3 juillet 2017, dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Toulouse du 11 octobre 2019 et par ordonnance de la présidente de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 17 février 2020. Par ailleurs, M. C n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches en Algérie, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de trente-neuf ans et où résident ses autres enfants et ses parents. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées du 5. de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doivent également être écartés.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi [ministre chargé des travailleurs immigrés], un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française. " Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) (a à d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent. ".

13. Si M. C soutient qu'il est en possession d'une promesse d'embauche pour un poste de boucher, il n'établit ni même n'allègue être titulaire d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, ainsi que l'exigent les stipulations précitées de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. En outre et en tout état de cause, n'étant pas muni du visa de long séjour exigé par les stipulations de l'article 9 de l'accord franco-algérien, le préfet était fondé, pour ce seul motif, à rejeter sa demande. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par le préfet dans l'application de ces stipulations doit être écarté.

14. En septième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

15. La décision attaquée n'a pas pour effet de séparer M. C de son fils. Il ne ressort pas par ailleurs des pièces du dossier que le fils de M. C, âgé de 18 mois à la date de la décision attaquée, qui a été inscrit pour la première fois en petite section de maternelle pour l'année scolaire 2021-2022, ne pourrait pas être scolarisé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision attaquée ne peut être regardée comme méconnaissant l'intérêt supérieur de l'enfant du requérant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

16. En huitième et dernier lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des stipulations du 1 de l'article 9 de la convention internationale des droits de l'enfant, qui ne crée d'obligations qu'entre les Etats. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté comme inopérant.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er mars 2021. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Gueye et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

B. B

La présidente,

F. HÉRY La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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