jeudi 14 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2200297 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LATAILLADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 20 janvier et 14 octobre 2022, M. E B, Mme F C et Mme A B, représentés par Me De Lataillade, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
A titre principal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Toulouse à verser à M. E B la somme totale de 540 621,06 euros, en réparation des préjudices subis ;
2°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Toulouse à verser à Mmes F C et A B une somme de 5 000 euros chacune, en réparation de leurs préjudices d'affection ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Toulouse les dépens ainsi que la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
A titre subsidiaire :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Toulouse à verser à M. E B la somme totale de 203 881,10 euros, en réparation des préjudices subis, et à Mmes F C et A B la somme de 2 000 euros chacune,, en réparation de leurs préjudices d'affection ;
2°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Limoges à verser à M. E B la somme totale de 336 740,02 euros, en réparation des préjudices subis et à Mmes F C et A B la somme de 3 000 euros chacune, en réparation de leurs préjudices d'affection ;
3°) de mettre à la charge solidaire des centres hospitaliers universitaires de Toulouse et de Limoges les dépens ainsi que la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- la responsabilité du CHU de Toulouse est engagée dès lors qu'il a commis une faute ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité doit être partagée entre les CHU de Toulouse et de Limoges ;
- les préjudices de M. B doivent être réparés comme suit :
*5 767,63 euros au titre des frais divers
* 10 572 euros au titre de l'assistance à tierce personne ;
*409 180,11 euros au titre des pertes de gains professionnels futurs ;
*8 341,32 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
*50 000 euros au titre des souffrances endurées ;
* 6 000 euros au titre du préjudice esthétique ;
*45 460 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
*5 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;
- les préjudices d'affection de Mmes C et B doivent être réparés à hauteur de 5 000 euros chacune.
Par un mémoire en intervention enregistré le 14 mars 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Vienne, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Toulouse et son assureur au paiement de sa créance définitive, d'un montant de 83 142,76 euros, assorti des intérêts au taux légal à compter du paiement des prestations ;
2°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Toulouse et son assureur au paiement de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
3°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Toulouse au versement de la somme de 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir une notification définitive des débours ainsi qu'une attestation d'imputabilité.
Par des mémoires en défense enregistrés les 29 juin, 17 août, 26 août et 2 novembre 2022, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par Me Cara, conclut au rejet de la requête et à titre subsidiaire à la modération des demandes.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable ;
- aucune faute ne lui est imputable ;
- sa responsabilité doit être limitée à hauteur de 40% ;
- les prétentions des parties doivent être modérées.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2022, le centre hospitalier universitaire de Limoges, représenté par Me Daumas, conclut au rejet de la requête en demandant sa mise hors de cause.
Il fait valoir qu'aucune faute n'a été retenue à son encontre par le rapport d'expertise.
La clôture de l'instruction a été fixée au 2 novembre 2022 par une ordonnance du 23 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jorda,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Montazeau substituant Me Cara, représentant le centre hospitalier universitaire de Toulouse.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B, porteur d'une anomalie cardiaque congénitale, a subi au mois de mai 1999, au centre hospitalier universitaire (CHU) de Limoges, une intervention chirurgicale comportant la mise en place d'une valve aortique biologique associée à un remplacement de l'aorte ascendante. Ayant montré des signes d'une dyspnée de stade II à partir de 2016, il a subi une échographie en avril 2017 qui a montré l'existence d'une sténose aortique avec calcification de la valve aortique. Il a été hospitalisé du 31 mai au 12 juin 2017 au CHU de Toulouse et, le 2 juin 2017, il a subi une intervention chirurgicale pour le remplacement de l'aorte ascendante et la mise en place d'une bioprothèse. A la suite de l'opération, un épanchement pleural droit a été constaté et drainé. Il est retourné à son domicile le 12 juin 2017. En raison de douleurs abdominales, il a été hospitalisé au CHU de Limoges à compter du 17 juin 2017 où un scanner a mis en évidence un hématome sous-capsulaire du foie avec saignement actif et un hémopéritoine. Par la suite, il a été transféré pour des soins de rééducation à l'hôpital à Saint Yrieix du 6 juillet au 4 août 2017. Puis il a été à nouveau hospitalisé au CHU de Limoges à partir du 4 novembre 2017 en raison de douleurs abdominales et d'un infarctus splénique. Après de nouveaux examens mettant en évidence une infection, il a subi le 10 novembre 2017 une opération de remplacement de la bioprothèse avec retrait du matériel infecté. Le 11 mars 2019, il a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) qui a désigné, en tant qu'experts, les docteurs Goudot, chirurgien cardiaque, et Sollet, expert en infectiologie et réanimation médicale. Ces derniers ont remis leur rapport le 8 avril 2020. Par un avis du 15 octobre 2020, la CCI a considéré qu'il incombait au CHU de Toulouse et à son assureur, la SHAM, de proposer à M. B une offre d'indemnisation, ce que le SHAM a refusé de faire par un courrier du 29 janvier 2021.
2. Par la présente requête, M. E B, Mme F C et Mme A B demandent au tribunal, à titre principal, de condamner le CHU de Toulouse à verser à M. E B la somme totale de 540 621,06 euros en réparation des préjudices subis, et à Mmes F C et A B, une somme de 5 000 euros chacune en réparation de leurs préjudices d'affection. A titre subsidiaire, ils demandent au tribunal de condamner le CHU de Toulouse et le CHU de Limoges à verser respectivement à M. E B les sommes de 203 881,10 euros et 336 740,02 euros, en réparation des préjudices subis, et à Mmes F C et A B, la somme de 2 000 euros et 3 000 euros chacune, en réparation de leurs préjudices d'affection. Par ailleurs, la CPAM de la Charente-Maritime, agissant pour le compte de la CPAM de la Haute-Vienne, demande au tribunal de condamner le CHU de Toulouse et son assureur au paiement de sa créance définitive d'un montant de 83 142,76 euros, assorti des intérêts au taux légal à compter du paiement des prestations, et de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L.376-1 du code de la sécurité sociale.
Sur la recevabilité de la requête :
3. D'une part, aux termes de l'article R.421-1 du code de justice administrative " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".
4. D'autre part, aux termes du dernier alinéa de l'article L.1142-7 du code de la santé publique, la saisine de la CCI " suspend les délais de prescription et de recours contentieux jusqu'au terme de la procédure prévue par le présent chapitre ". Et l'article L.1142-14 du même code précise que " Lorsque la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales estime qu'un dommage relevant du premier alinéa de l'article L. 1142-8 engage la responsabilité d'un professionnel de santé, d'un établissement de santé, d'un service de santé ou d'un organisme mentionné à l'article L. 1142-1 ou d'un producteur d'un produit de santé mentionné à l'article L. 1142-2, l'assureur qui garantit la responsabilité civile ou administrative de la personne considérée comme responsable par la commission adresse à la victime ou à ses ayants droit, dans un délai de quatre mois suivant la réception de l'avis, une offre d'indemnisation visant à la réparation intégrale des préjudices subis dans la limite des plafonds de garantie des contrats d'assurance ". L'article L.1142-15 du même code ajoute que " En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré ou la couverture d'assurance prévue à l'article L. 1142-2 est épuisée ou expirée, l'office institué à l'article L. 1142-22 est substitué à l'assureur. "
5. Le CHU de Toulouse soutient que la requête est irrecevable car tardive. Toutefois, par un courrier du 11 mars 2019, valant demande indemnitaire préalable au sens des dispositions précitées, M. E B a saisi la CCI, interrompant ainsi les délais de recours contentieux jusqu'au terme de la procédure initiée devant cette commission. Par un avis du 15 octobre 2020, la CCI a considéré qu'il incombait au CHU de Toulouse et à son assureur, la SHAM, de lui proposer une offre d'indemnisation. Par une lettre du 29 janvier 2021, la SHAM a refusé de proposer une offre et a invité M. B à se rapprocher de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM). Par un courrier du 22 février 2021, M. B a saisi l'ONIAM qui, par une lettre du 22 novembre 2021, a refusé de prendre en charge la réparation des préjudices subis, marquant ainsi la fin de la procédure initiée devant la CCI. La requête a été introduite le 20 janvier 2022, soit dans un délai de deux mois suivant le refus de l'ONIAM. Elle n'est dès lors pas tardive et la fin de non-recevoir opposée par le CHU de Toulouse doit ainsi être écartée.
Sur la responsabilité :
6. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Il appartient au juge saisi par la victime d'un accident médical de conclusions indemnitaires invoquant la responsabilité pour faute d'un professionnel de santé ou d'un établissement, service ou organisme mentionné au I de l'article L.1142-1 du code de la santé publique, de déterminer si l'accident médical a été directement causé par la faute invoquée et, dans ce cas, si l'acte fautif est à l'origine des dommages corporels invoqués ou seulement d'une perte de chance de les éviter.
7. Il résulte de l'instruction qu'en raison d'une sténose aortique avec calcification de la valve aortique décelée en avril 2017, M. B a subi, le 2 juin 2017, une intervention chirurgicale au CHU de Toulouse, pour le remplacement de 'aorte ascendante et la mise en place d'une bioprothèse. Au cours de cette intervention, un épanchement pleural droit ayant été relevé, un drain thoracique a été posé. Souffrant de douleurs abdominales, M. B a été hospitalisé le 17 juin 2017 au CHU de Limoges, où un scanner a mis en évidence un hématome sous-capsulaire du foie. Il résulte du rapport d'expertise du 8 avril 2020 que cet hématome est la conséquence directe d'une lésion du foie. Alors même que les experts n'ont pas pu établir les circonstances exactes dans lesquelles le drainage pleural a été réalisé, ils retiennent que M. B s'est plaint de douleurs abdominales juste après sa réalisation et que ces douleurs se sont ensuite intensifiées jusqu'à l'hospitalisation de l'intéressé au CHU de Limoges, où l'hématome sous-capsulaire du foie a été diagnostiqué. Ils en concluent que cet hématome est la conséquence du drainage pleural, au cours duquel la lésion du foie s'est donc produite, et précisent qu'il est anormal d'atteindre un organe de voisinage situé sous le diaphragme lors de la réalisation de ce geste technique. Par suite, et outre que l'hématome sous-capsulaire du foie doit ainsi être regardé comme la conséquence directe du drainage pleural réalisé le 2 juin 2017, il ne s'analyse pas, contrairement à ce que soutient le CHU de Toulouse, comme un risque inhérent à l'acte de soin mais comme une complication exceptionnelle et anormale s'expliquant par le fait " que le site d'introduction du drain était probablement situé trop bas ". Le geste technique l'ayant occasionné présente par conséquent un caractère fautif.
8. Les experts ont par ailleurs estimé que les actes d'exploration et de soins effectués au CHU de Limoges entre le 17 juin et le 6 juillet 2017, pour le diagnostic et le traitement de l'hématome sous-capsulaire du foie, sont à l'origine d'une infection nosocomiale par Staphylococcus epidermidis, elle-même à l'origine d'une endocardite, d'un infarctus splénique et rénal ainsi que de multiples emboles. Il résulte à cet égard de l'instruction que les trois hémocultures réalisées au CHU de Toulouse, au mois de juin 2017 sont revenues stériles, alors que les prélèvements bactériologiques effectués les 5, 6 et 10 novembre 2017 ont révélé la présence d'un Staphylococcus epidermidis. Cette infection bactériologique, qui s'analyse comme une infection nosocomiale dès lors qu'aucune cause étrangère n'est alléguée, doit par suite être regardée comme ayant été contractée par M. B au décours de son hospitalisation au CHU de Limoges, au mois de juin 2017. Or, il résulte de l'instruction que l'endocardite due à cette infection a nécessité une nouvelle intervention chirurgicale réalisée le 10 novembre 2017 au CHU de Limoges, avec le remplacement de la valvulaire aortique infectée, à la suite de laquelle M. B a présenté des douleurs neurogènes du membre supérieur droit pour lesquelles il a effectué une rééducation à Saint Yrieix.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la faute commise au CHU de Toulouse lors de la réalisation du drainage pleural ayant conduit à l'apparition d'un hématome sous-capsulaire du foie, a rendu nécessaire la réalisation, le 17 juin 2017, d'actes d'exploration et de soins au CHU de Limoges pour le traitement de cet hématome, au cours desquels l'intéressé a contracté une infection nosocomiale. Dans ces conditions, ladite faute doit être regardée comme la cause directe et exclusive de cette infection et donc des dommages qui en ont résulté. Par suite, contrairement à ce qu'il soutient, la responsabilité du CHU de Toulouse doit être engagée pour l'intégralité des conséquences dommageables.
Sur les préjudices :
10. Il résulte de l'instruction que la dyspnée d'effort, l'insuffisance rénale modérée, les paresthésies de la main droite (côté dominant du patient) et les conséquences psychologiques en découlant constituent les dommages en lien direct et certain avec les l'acte médical fautif et ses suites.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux de la victime directe :
11. S'agissant des frais divers, il résulte de l'instruction que M B a exposé des frais pour un montant total de 2 747,83 euros, correspondant aux honoraires du médecin-conseil qui l'a assisté lors des expertises (2 640 euros), à des frais de photocopie et d'envoi des dossiers médicaux (82,03 euros) ainsi qu'à des frais de télévision (25,80 euros). S'il soutient par ailleurs qu'il a acquitté des frais de transport à hauteur de 3 019,80 euros, seuls les quinze rendez-vous de consultations et d'examens au CHU de Limoges, au cours de la période du 25 juillet 2017 au 29 mai 2019, peuvent être pris en compte, à l'exclusion des déplacements antérieurs qui ne présentent pas de lien avec la faute reprochée. Ce CHU étant situé à 3,7 km de son domicile, au regard du barème fiscal de 0,595 en vigueur entre 2017 et 2019, pour un véhicule de 8 chevaux, il justifie de frais de trajet en voiture d'un montant de 66,05 euros. Par conséquent, au regard des justificatifs fournis, M. B a droit au versement d'une indemnité d'un montant de 2 813,88 euros.
12. S'agissant de l'assistance à tierce personne, il ressort du rapport d'expertise que, du 31 mai au 12 juin 2017, M. B était en convalescence des suites normales du remplacement valvulaire effectué. Dans ces conditions, aucune indemnité ne peut être octroyée au titre de cette période qui ne présente pas de lien avec la faute retenue. En revanche, il y a lieu d'évaluer le besoin d'assistance par une aide non spécialisée consécutif aux dommages directement imputables à l'accident médical fautif, à une heure par jour du 13 juin au 16 juin 2017 et quatre heures par semaine du 5 août au 15 octobre 2017, à trois heures par jour du 12 au 29 décembre 2017 et une heure par jour du 16 octobre au 3 novembre 2017 et du 30 décembre 2017 au 31 mars 2018, et, enfin, à quatre heures par semaine du 1er avril 2018 au 9 octobre 2019. En prenant pour base de calcul un coût horaire de 14 euros, les requérants ne justifiant d'aucun frais réellement exposé, et, comme ils le demandent, une année de 412 jours afin d'inclure les congés et les jours fériés, M. B a droit au versement d'une indemnité d'un montant de 4 456,37 euros.
13. S'agissant des pertes de gains professionnels futurs, il résulte de l'instruction que M. B, alors âgé de 61 ans, exerçait les fonctions de manager en marketing depuis septembre 2014, qu'il a été déclaré inapte à son poste de travail et a été licencié pour inaptitude le 26 octobre 2018, avant d'être placé à la retraite à l'âge de 62 ans. M. B se prévaut de l'attestation de la directrice des ressources humaines de son entreprise, rédigée le 21 décembre 2020 pour les besoins de la cause, et fait valoir qu'il avait vocation à occuper son emploi jusqu'en 2024, soit jusque l'âge de 67 ans. Toutefois, il résulte de l'estimation indicative globale qu'il pouvait bénéficier d'une retraite à taux plein à compter du 1er octobre 2019, soit dès l'âge de 62 ans. En outre, s'il fait valoir qu'il aurait pu percevoir une retraite d'un montant supérieur en travaillant plus longtemps, il résulte de l'instruction qu'à la suite de son licenciement intervenu le 26 octobre 2018, il est demeuré au chômage alors même qu'il n'avait pas été déclaré inapte à l'exercice de tout emploi et qu'il pouvait suivre une formation pour occuper un autre poste adapté à son état de santé. Ainsi, M. B établit une perte de gains liée à l'interruption anticipée et définitive de son activité professionnelle seulement pour la période comprise entre octobre 2018 et mars 2020, soit dix-sept mois. Dès lors qu'il est constant que son salaire mensuel moyen était de 7 632,27 euros, ses pertes de gains professionnels futurs s'élèvent à la somme de 129 755,90 euros, de laquelle il convient de déduire les aides qu'il a pu percevoir. Il résulte des attestations de pôle emploi du 9 février 2020 et du 1er février 2021 qu'il a perçu, au cours de cette période, au titre de l'aide au retour à l'emploi, les sommes de 43 154,82 euros et 11 311,30 euros. Par conséquent, au regard des justificatifs fournis, M. B a droit au versement d'une indemnité d'un montant de 75 289,78 euros.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux de la victime directe :
14. S'agissant du déficit fonctionnel temporaire, il ressort du rapport d'expertise que, du 31 mai au 12 juin 2017, M. B était en convalescence des suites normales du remplacement valvulaire effectué. Aucune indemnité ne peut lui être octroyée pour cette période qui ne présente pas de liens avec la faute retenue. S'agissant en revanche des dommages imputables à l'accident médical fautif, il résulte du rapport d'expertise que l'intéressé a présenté un déficit fonctionnel temporaire total du 17 juin au 4 août 2018 ainsi qu'un déficit fonctionnel temporaire de classe III du 13 au 16 juin 2017 et de classe II du 5 août au 10 octobre 2017, un déficit fonctionnel temporaire total du 4 novembre au 11 décembre 2017, ainsi qu'un déficit fonctionnel temporaire de classe IV du 12 au 29 décembre 2017, de classe III du 16 octobre au 3 novembre 2017 et du 30 décembre 2017 au 31 mars 2018 et au taux de 26% du 1er avril 2018 au 9 octobre 2019, la date du 10 octobre 2019 devant être retenue comme celle de sa consolidation. En retenant un taux journalier d'un montant de 18 euros, M. B est fondé à demander le versement de la somme de 5 450,58 euros.
15. S'agissant des souffrances endurées, il résulte du rapport d'expertise qu'elles ont été évaluées à 6 sur une échelle comprise entre 1 et 7, du fait, non seulement des nouvelles interventions chirurgicales subies, des hospitalisations et explorations rendues nécessaires ainsi que de l'antibiothérapie de type IV qui a été prolongée, mais également de la rééducation et des surveillances cardiaque et rénale qui ont été rendues nécessaires. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à M. B la somme de 24 000 euros.
16. S'agissant du préjudice esthétique temporaire, il résulte du rapport d'expertise qu'il a été évalué à 2,5 sur une échelle comprise entre 1 et 7, du fait des soins apportées pendant les périodes d'hospitalisation et d'hospitalisation à domicile. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à M. B la somme de 2 000 euros.
17. S'agissant du déficit fonctionnel permanent, au regard de l'insuffisance rénale chronique, de la dyspnée à l'effort plus importante que celle attendue sans complication, des paresthésies de la main droite et du retentissement psychologique, il doit être fixé à 26%. Eu égard à l'âge du patient à la date de consolidation, fixée au 10 octobre 2019, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice, en allouant à M. B la somme de 30 000 euros.
18. S'agissant du préjudice d'agrément, il résulte du rapport d'expertise qu'en raison du risque d'essoufflement en côte, M. B ne peut plus pratiquer le vélo, et qu'en raison des séquelles à la main droite, il ne peut plus jouer de la guitare. Toutefois, au regard des attestations produites, M. B n'établit qu'une pratique irrégulière de ces activités. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui allouant la somme de 1 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices des victimes indirectes
19. En raison des difficultés rencontrées pour identifier l'existence de l'hématome sous-capsulaire du foie et les causes de l'endocardite dont souffrait M. B, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affectation de Mme F C, sa concubine, et de Mme A B, sa fille, en leur allouant à chacune la somme de 1 000 euros.
20. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Toulouse le versement à M. B de la somme totale 145 010,61 euros, et à Mme C et à Mme B de la somme de 1 000 euros chacune.
Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie
En ce qui concerne les dépenses de santé :
21. S'agissant des dépenses de santé actuelles, il résulte de la notification définitive des débours du 10 mars 2022 de la CPAM de Charente-Maritime, représentée par la CPAM de la Haute-Vienne, et de l'attestation d'imputabilité établie le 20 juillet 2021 par le médecin-conseil chargé du recours contre tiers, que la CPAM de Charente-Maritime a engagé, pour le compte de M. B, des frais hospitaliers du 17 juin au 4 août 2017, pour un montant total de 11 020,35 euros, en lien avec l'accident médical fautif et des frais hospitaliers du 25 septembre 2017 au 8 mars 2018, pour un montant total de 53 038,54 euros, ainsi que des frais pharmaceutiques, le 2 février 2018, pour un montant de 71,19 euros. Par ailleurs, elle a engagé des frais médicaux, d'appareillage et de transport pour la période du 15 juin 2017 au 10 septembre 2019, pour un montant de 2 196,88 euros, duquel il convient de déduire la franchise de 86 euros. Par suite, la CPAM est fondée à demander au CHU de Toulouse le remboursement du montant de 66 240,96 euros au titre de ces dépenses.
22. S'agissant des dépenses de santé futures, il résulte du rapport d'expertise que l'état de santé de M. B nécessite une surveillance pérenne de la fonction rénale. Cette surveillance s'effectue par analyse sanguine et nécessite donc un prélèvement par infirmier diplômé d'état. Ces dépenses seront remboursées à la CPAM sur présentation des justificatifs.
En ce qui concerne les pertes de gains actuels
23. Il résulte de l'instruction qu'en l'absence de toute complication, la période d'arrêt de travail de M. B aurait été comprise entre le 30 mai et le 14 juillet 2017. Il résulte du rapport d'expertise que les périodes d'arrêt de travail du 15 juillet 2017 au 4 août 2017 et du 5 août 2017 au 16 juillet 2018 sont en lien avec l'accident médical fautif et ses suites. La CPAM a versé 876 euros au titre des indemnités journalières pour la première période, et 14 585,40 euros pour la seconde. Dans ces conditions, la CPAM est fondée à demander le remboursement de la somme totale de 15 461,40 euros au CHU de Toulouse.
24. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Toulouse le versement à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Vienne la somme totale 81 702,36 euros, assortie des intérêts au taux à compter de 14 mars 2022, date d'enregistrement de sa requête, et de prévoir le remboursement des dépenses de santé futures sur présentation des justificatifs.
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion
25. En application des dispositions combinées des articles L. 376-1 du code de la sécurité sociale et 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion, la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Vienne a droit à l'indemnité forfaitaire au taux de 1 162 euros. Il y a donc lieu de mettre cette somme à la charge du centre hospitalier universitaire de Toulouse.
Sur les frais liés au litige :
26. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Toulouse le versement à M. B, à Mme C et à Mme B d'une somme totale de 1 500 euros et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Vienne une somme de 300 euros.
27. En revanche, en l'absence de dépens, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à leur paiement.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Toulouse versera à M. B la somme totale 145 010,61 euros, en réparation des préjudices subis. Il versera à Mme C et à Mme B la somme de 1 000 euros chacune, en réparation de leurs préjudices.
Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Toulouse versera, au titre des débours, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Vienne la somme totale 81 702,36 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de 14 mars 2022, date d'enregistrement de sa requête et remboursera sur présentation des justificatifs les dépenses de santé futures. Il versera à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Vienne la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Toulouse versera à M. E B, à Mme F C, à Mme A B, la somme totale de 1 500 euros et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Vienne la somme de 300 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Mme F C, à Mme A B, au centre hospitalier universitaire de Toulouse et au centre hospitalier universitaire de Limoges.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.
La rapporteure,
V. JORDALa présidente,
S. CHERRIERLa greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au ministre de la santé en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef
Conseil d'État — N° 507200
**Solution rendue** : Le Conseil d'État rejette le pourvoi de la métropole du Grand Nancy. **Motif principal** : Aucun moyen sérieux n'est retenu, la cour administrative d'appel ayant correctement qualifié la voie d'accès d'équipement public et suffisamment motivé sa décision. **Portée** : Confirmation de la condamnation de la métropole à rembourser les frais de voirie et de signalisation imposés au pétitionnaire.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 506535
Le Conseil d’État a rejeté la requête de M. B... contre la sanction de l’AFLD. Il a jugé que la procédure était régulière et que la sanction de quatre ans était proportionnée. Cette décision confirme la rigueur de la lutte antidopage en France.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 504834
Le Conseil d'État rejette le pourvoi de M. B... contre l'ordonnance de la cour administrative d'appel de Marseille. Aucun des moyens soulevés (insuffisance de motivation, erreur de droit, dénaturation des pièces) n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi. La décision confirme que la requête était manifestement dépourvue de fondement sérieux.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 508061
08/04/2026