mercredi 14 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2200715 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique cellule 7 |
| Avocat requérant | MAIGNIAL SALVAIRE ARNAUD-LAUR LABADIE BOONSTOPPEL GROS LAURENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 février 2022 et des pièces enregistrées le 7 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Labadie, demande au tribunal :
1) d'annuler la décision du 23 décembre 2021 par laquelle le directeur de Pôle emploi Occitanie, confirmant sur recours préalable obligatoire sa décision du 10 décembre 2021, a procédé à sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée d'un mois à compter du 10 décembre 2021 et supprimé le versement de ses allocations ;
2) de mettre à la charge de Pôle emploi Occitanie la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- la décision litigieuse est insuffisamment motivée ;
- la décision litigieuse est mal fondée ; Pôle emploi reproche une insuffisance de recherche d'emploi ce qui ne correspond pas à la réalité ; malgré ses graves soucis de santé, qui résultent du climat anxiogène à laquelle elle est confrontée quotidiennement et de plusieurs agressions, elle justifie avoir procédé régulièrement à des recherches d'emplois ; elle s'est vue reconnaître la qualité de travailleur handicapé ; la sanction prononcée par Pôle emploi est injustifiée.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 septembre 2022, Pôle emploi Occitanie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la décision litigieuse est bien fondée ; le demandeur d'emploi est tenu d'accomplir de manière permanente, tant sur proposition de Pôle emploi, que de sa propre initiative, des actes positifs et répétés en vue de trouver un emploi, de créer ou de reprendre une entreprise ; le caractère réel et sérieux des démarches entreprises par le demandeur d'emploi est apprécié compte tenu de la situation du demandeur et de la situation du marché du travail local ; Pôle emploi n'a commis aucune erreur en décidant de procéder au contrôle de la recherche d'emploi de la requérante dès lors qu'au regard de son dossier il y avait une absence totale de reprise d'emploi depuis 2015 ; le moyen tiré de l'étendue et de la consistance de l'obligation de recherche d'emploi devra en conséquence être rejeté comme inopérant ;
- la décision litigieuse est suffisamment motivée ; après avoir été informée de la procédure de contrôle et avoir été invitée à faire ses observations, la requérante n'a fourni que très peu d'éléments justifiant de la réalité de ses recherches ;
- il n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en constatant une insuffisance de démarches de recherches d'emploi ; le service du contrôle de la recherche d'emploi (CRE) a constaté que les justificatifs fournis portaient sur 40 offres d'emploi dont 28 sont postérieures à la procédure de contrôle et dont une quinzaine d'offres concernait des postes qui ne correspondent pas à sa formation ; les actes justifiant la recherche d'emploi doivent se situer dans la période précédant la procédure de contrôle et non postérieurement, ils doivent également correspondre à la formation, l'expérience et les qualifications du demandeur d'emploi ; ne peuvent être pris en compte les actes positifs de recherche d'emploi dépourvus d'une chance d'aboutir ; les soucis de santé évoqués, non étayés par un avis d'arrêt maladie sur un formulaire de la caisse primaire d'assurance maladie ou une inaptitude médicalement constatée sur un ou plusieurs postes de travail par la médecine du travail, n'ont aucune incidence sur la légalité de la décision de radiation ;
- la requérante ne peut soutenir ne pas avoir été informée de l'objet de la procédure de contrôle et de la sanction encourue.
Par une décision du 5 juillet 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse, Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. C a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, inscrite régulièrement sur la liste des demandeurs d'emploi depuis 1997 s'est réinscrite le 29 mai 2008. Elle bénéficiait du versement de l'allocation spécifique de solidarité (ASS) depuis juin 2014 sans interruption et, depuis 2015, elle ne déclarait plus aucune activité professionnelle à Pôle emploi. Par courrier du 25 octobre 2021, le service CRE de Pôle emploi a informé Mme B qu'une procédure de contrôle dans le cadre de son obligation de recherche d'emploi est mise en place. La requérante a alors été invitée à compléter un questionnaire et le renvoyer accompagné des justificatifs demandés. Le 5 novembre 2021, Pôle emploi a reçu le questionnaire, complété par la requérante, accompagné de quatre justificatifs de candidatures récentes et des copies de mises en relation d'offres d'emploi à l'initiative de son conseiller Pôle emploi mais sans tableau de bord. Par courrier du 23 novembre 2021, un avertissement avant radiation pour non-respect des obligations de recherche d'emploi est notifié à Mme B en l'invitant à formuler ses observations dans un délai de 10 jours. Par courriel du 23 novembre 2021, puis par courrier reçu le 30 novembre 2021, Mme B a présenté ses observations en soutenant qu'elle justifiait d'une recherche d'emploi et a reproché à Pôle emploi de ne pas tenir compte de sa situation personnelle et de ses problèmes de santé. Ainsi, à l'appui de ses observations et du questionnaire, Mme B a présenté la copie de 27 offres d'emploi datées du mois de novembre 2021 dont 24 effectuées entre le 21 et le 26 novembre 2021, 11 datées d'octobre 2021 et 2 de septembre 2021. Ainsi, le service CRE a constaté une insuffisance de la part de la requérante dans ses recherches d'emploi, ces dernières candidatures ayant été présentées postérieurement à la date à laquelle Mme B a été informé du contrôle de sa recherche d'emploi. Par courrier du 10 décembre 2021, Pôle emploi Occitanie a alors notifié à la requérante une décision de radiation pour insuffisance d'actions en vue de retrouver un emploi pour une durée d'un mois. Par courrier du 20 décembre 2021, Mme B a formé un recours administratif préalable obligatoire contre la décision de radiation. Par courrier du 23 décembre 2021, Pôle emploi Occitanie a rejeté son recours et a confirmé sa décision initiale. Par la présente, Mme B demande l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions en annulation :
2. Aux termes de l'article L. 5412-1 du code du travail : " Est radiée de la liste des demandeurs d'emploi, dans des conditions déterminées par un décret en Conseil d'Etat, la personne qui : 1° Soit ne peut justifier de l'accomplissement d'actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi, de créer, reprendre ou développer une entreprise ; () ". Aux termes de l'article R. 5412-1 du même code : " Le directeur délégué de l'Agence nationale pour l'emploi radie les personnes de la liste des demandeurs d'emploi dans les cas prévus à l'article L. 5412-1. / Dans le cas prévu au 2° de ce même article, les conditions de radiation sont appréciées au regard du projet personnalisé d'accès à l'emploi ". Aux termes de l'article R. 5412-7 du même code : " La décision de radiation du demandeur d'emploi intervient après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations. La décision, notifiée à l'intéressé, est motivée. Elle indique la durée de la radiation ".
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
4. Il appartient au juge du fond, saisi d'une contestation portant sur une sanction que l'administration inflige à un administré, de prendre une décision qui se substitue à celle de l'administration et, le cas échéant, de faire application d'une loi nouvelle plus douce entrée en vigueur entre la date à laquelle l'infraction a été commise et celle à laquelle il statue. Compte tenu des pouvoirs dont il dispose ainsi pour contrôler une sanction de cette nature, le juge se prononce sur la contestation dont il est saisi comme juge de plein contentieux.
5. En premier lieu, la décision attaquée fait référence à la décision du 10 décembre 2021 à laquelle elle se substitue, suite au recours administratif préalable formé par la requérante, et mentionne les dispositions légales et réglementaires, issues du code du travail, sur le fondement desquelles elle a été prise. Elle détaille également les éléments factuels ayant conduit Pôle emploi à considérer que la requérante n'établissait pas un motif légitime de nature à justifier son insuffisance d'actions en vue de retrouver un emploi. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, sans méconnaitre les dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit donc être écarté.
6. En second lieu, la décision de radiation de la liste des demandeurs d'emploi a été prononcée à l'encontre de Mme B au motif que cette dernière n'a pas respecté son obligation de recherche d'emploi. Mme B s'est vue notifier un questionnaire de contrôle de ses recherches d'emploi par un courrier du 25 octobre 2021. L'intéressée a produit à l'occasion de ce contrôle différentes captures d'écran qui révèlent qu'elle a postulé à plus de vingtaine d'offre d'emploi via la plateforme Pôle emploi à compter du 21 octobre 2021. Toutefois, les emplois de bouchère, de vendeuse en prêt à porter, d'électricien, de plombière, de maçonne ou de couvreuse ne sont pas des emplois compatibles avec sa formation antérieure. En effet, Mme B produit à l'appui de ses prétentions plusieurs certificats de travail faisant état, dans un premier temps, qu'elle occupait les fonctions de secrétaire d'accueil pour la période du 21 mars 2005 au 20 septembre 2005 de l'entreprise Les Couralies, puis de vendeuse réceptionniste pour la période du 21 janvier 2013 au 4 février 2013 auprès de l'association C.E.D.C.J. Languedoc, puis d'aide à domicile pour la période du 30 avril 2009 au 16 mars 2010 auprès de l'entreprise A2MICILE Montpellier Nord, puis d'aide-ménagère à domicile pour la période du 16 octobre 2008 au 8 janvier 2013 auprès d'un particulier et, enfin, d'agent de bureau pour la période du 1er mars 1998 au 7 juin 1999 auprès du centre hospitalier universitaire de Montpellier. Ainsi, les emplois pour lesquels Mme B justifie l'envoie d'une candidature sont tous incompatibles avec son expérience professionnelle antérieure. En outre, les candidatures de Mme B ont été présentées en très grande majorité après la date de mise en œuvre du contrôle. Ainsi, au regard de ces éléments, dès lors que les candidatures présentées par la requérante afin de justifier de son obligation de recherche d'emploi étaient dépourvues d'une chance raisonnable d'aboutir et que ces démarches sont principalement postérieures à la notification du contrôle, c'est sans commettre d'erreur de droit que Pôle emploi a pu regarder ces actes de recherche d'emploi comme notoirement insuffisants au sens des dispositions précitées du code du travail et que son directeur a pu se fonder sur cette insuffisance pour prononcer la décision de radiation de la liste des demandeurs d'emploi. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation ne pourra qu'être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées.
Sur les frais de procès :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Pôle emploi Occitanie, qui n'est pas la partie perdante au principal, dans la présente instance, la somme que demande Mme B sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A B, à Pôle emploi Occitanie et au ministre en charge du travail.
Copie en sera délivrée à Me Bruno Labadie.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.
Le magistrat désigné,
Alain C
La greffière,
Sandrine Furbeyre
La République mande et ordonne au ministre du travail, de l'insertion et du plein emploi en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431026
Le Tribunal administratif de Paris a été saisi d’un recours en plein contentieux par M. B... contre une décision du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) refusant de lui délivrer un agrément dirigeant. Par un mémoire enregistré le 6 mai 2026, M. B... s’est désisté de sa requête. Le tribunal, constatant que rien ne s’opposait à ce désistement, en a donné acte par ordonnance, sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2604862
Le Tribunal Administratif de Strasbourg, statuant par ordonnance, a été saisi par Mme D... d’un recours contestant le refus de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées du Bas-Rhin de lui accorder l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH) et la prestation de compensation du handicap (PCH) pour son fils. En application des articles L. 241-6 et L. 241-9 du code de l’action sociale et des familles, le tribunal a constaté que ces décisions relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire. Par conséquent, il a ordonné la transmission de la requête au tribunal judiciaire de Mulhouse, compétent pour en connaître.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2604824
Le Tribunal Administratif de Strasbourg, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. C... qui demandait l’annulation d’un refus d’admission à l’aide médicale d’État et la suspension d’un titre exécutoire de 11 404 euros. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, faute pour le requérant d’avoir produit le titre exécutoire contesté et d’avoir démontré une situation justifiant une intervention dans un délai de 48 heures. La décision s’appuie sur les articles L. 521-2 et L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que sur l’article L. 252-3 du code de l’action sociale et des familles.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2604772
Le Tribunal administratif de Strasbourg, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A... qui demandait la suspension de la décision de France Travail réduisant son allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) par application de la dégressivité. Le juge a estimé que le litige, portant sur une prestation du régime d'assurance chômage, ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative mais du juge judiciaire, en application des articles L. 5312-1 et L. 5312-12 du code du travail. Par conséquent, la requête a été rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent, sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026