mardi 4 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202144 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CARDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Cardi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2021 par lequel la préfète de l'Aveyron a institué une servitude pour l'établissement d'une canalisation d'eaux usées au profit de la communauté de communes de Conques Marcillac sur la parcelle cadastrée sous le numéro C 1544 dont elle est propriétaire, ensemble, la décision de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées ont été édictées par une autorité incompétente ;
- l'arrêté du 17 octobre 2021 de la préfète de l'Aveyron est entaché d'un vice de forme, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 152-10 du code rural et de la pêche maritime ;
- le tracé retenu pour le passage de la canalisation n'est pas le plus rationnel ni le moins dommageable à l'utilisation présente et future de son terrain.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, la préfète de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 1er février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lucas, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Rousseau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 15 décembre 2020, la communauté de communes de Conques Marcillac a sollicité l'ouverture d'une enquête préalable à l'établissement de servitudes pour la création d'un réseau d'eau usées sur des parcelles privées sur le territoire de la commune de Saint-Christophe-Vallon. Par un arrêté du 28 décembre 2020, la préfète de l'Aveyron a prescrit l'ouverture d'une enquête publique, laquelle s'est déroulée du 7 au 23 juin 2021. Par un arrêté du 17 octobre 2021, notifié à Mme B le 23 décembre 2021, la préfète de l'Aveyron a institué au profit de la communauté de communes de Conques Marcillac une servitude sur la parcelle cadastrée sous le numéro C 1544, dont est propriétaire la requérante. Celle-ci a exercé un recours gracieux contre cette décision le 24 janvier 2022, qui a été rejeté par la préfète de l'Aveyron le 17 février 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 11 juin 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète de l'Aveyron a donné délégation à Mme Knowles, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans ce département, dont fait partie la décision en litige. En outre, et alors en tout état de cause que Mme Knowles était également compétente pour signer la décision de rejet du recours gracieux formé Mme B, la requérante ne peut utilement critiquer les vices propres de cette décision. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 152-10 du code rural et de la pêche maritime : " Le préfet statue par arrêté sur l'établissement des servitudes. Dans l'arrêté, les propriétés sont désignées et l'identité des propriétaires est précisée conformément aux dispositions de l'article R. 132-2 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique. / Au cas où la définition du tracé et des servitudes par le préfet doit être différente de celle soumise à l'enquête et doit l'aggraver, les dispositions de l'article R. 152-9 du présent code relatives à une nouvelle consultation des intéressés et du commissaire enquêteur sont applicables ".
4. Il ressort des termes de l'article 1er de l'arrêté attaqué que la servitude instituée au profit de la communauté de communes de Conques-Marcillac est désignée dans un état parcellaire annexé à cet arrêté, lequel mentionne la désignation cadastrale de la parcelle concernée ainsi que l'identité de sa propriétaire. En outre, l'article 2 de l'arrêté en litige renvoie à un plan parcellaire, également annexé à cet arrêté, sur lequel figurent les numéros des parcelles du secteur et les noms de leurs propriétaires. Dans ces conditions, l'arrêté en litige mentionne bien l'identité de la propriétaire de la parcelle concernée par l'institution d'une servitude. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 152-10 du code rural et de la pêche maritime sur ce point doit être écarté.
5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 152-1 du code rural et de la pêche maritime : " Il est institué au profit des collectivités publiques, des établissements publics ou des concessionnaires de services publics qui entreprennent des travaux d'établissement de canalisations d'eau potable ou d'évacuation d'eaux usées ou pluviales une servitude leur conférant le droit d'établir à demeure des canalisations souterraines dans les terrains privés non bâtis, excepté les cours et jardins attenant aux habitations. / L'établissement de cette servitude ouvre droit à indemnité. Il fait l'objet d'une enquête publique réalisée selon les modalités prévues au livre Ier du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique. / Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application du présent article afin notamment que les conditions d'exercice de la servitude soient rationnelles et les moins dommageables à l'utilisation présente et future des terrains ". L'article R. 152-1 du même code prévoit : " Les personnes publiques définies au premier alinéa de l'article L. 152-1 et leurs concessionnaires, à qui les propriétaires intéressés n'ont pas donné les facilités nécessaires à l'établissement, au fonctionnement ou à l'entretien des canalisations souterraines d'eau potable ou d'évacuation d'eaux usées ou pluviales, peuvent obtenir l'établissement de la servitude prévue audit article, dans les conditions déterminées aux articles R. 152-2 à R. 152-15 ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le tracé de la servitude instituée par l'arrêté en litige permet de raccorder quatre bâtiments à un réseau d'évacuation des eaux usées afin de séparer les rejets d'eaux usées de ceux d'eaux pluviales, et ainsi de mettre fin à une situation de non-conformité à la réglementation en matière de gestion des eaux. Il ressort également des observations du commissaire-enquêteur que celui-ci a estimé que le tracé retenu, qui emprunte la parcelle cadastrée sous le numéro C 1544 au niveau de sa limite séparative avec la parcelle C 613, le long d'une piste permettant l'accès à la parcelle C 616 qui supporte la maison d'habitation de la requérante, était le plus rationnel parmi ceux ayant été envisagés dès lors qu'il s'agit du tracé le plus court, le plus direct, qu'il ne nécessite pas de destruction de la végétation et qu'il permet le meilleur écoulement des effluents, les tracés alternatifs entraînant " des sujétions techniques plus importantes ". Si la requérante soutient qu'un tracé empruntant la parcelle C 613 voisine aurait été plus rationnel et moins dommageable à l'utilisation présente et future de son terrain, il ressort des pièces du dossier qu'un tel tracé a été écarté en raison de la présence d'un alignement d'arbres fruitiers sur cette partie de la parcelle, ce qui n'est pas sérieusement contesté par Mme B, qui n'établit par ailleurs pas, par le seul rapport de l'expertise menée par son assureur qu'elle produit, que l'enfouissement de la canalisation entre cet alignement d'arbres et la limite de propriété serait possible. En outre, si la requérante se prévaut d'un projet de construction d'une maison d'habitation implantée à l'alignement avec la limite séparative avec la parcelle C 613 qui serait rendu impossible par l'institution de la servitude en litige, il ressort des pièces du dossier que son terrain est classé par le règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Christophe-Vallon en zone 2AU, ce qui correspond à une future zone d'urbanisation à moyen ou long terme, dont l'ouverture à l'urbanisation est subordonnée à une modification de ce document d'urbanisme. Au demeurant, l'implantation de la servitude en litige ne fait pas obstacle à de futures constructions sur une autre partie de la parcelle C 1544. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le tracé retenu ne serait pas le plus rationnel et le moins dommageable à l'utilisation présente et future de son terrain. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions contestées. Sa requête doit donc être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de l'Aveyron.
Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
Mme Bouisset, première conseillère,
Mme Lucas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.
La rapporteure,
E. LUCAS
Le président,
P. GRIMAUD
La greffière,
M.-E. LATIF
La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00589
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00031
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00061
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00081
09/04/2026