mercredi 6 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2203471 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DBGL AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juin 2022 et 25 juillet 2023, la société par actions simplifiée (SAS) MLC, représentée par la SELARL DBGL, agissant par Me Boulet, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires de taxe sur les salaires auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 à 2019, pour un montant global demeurant en litige de 53 608 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration fiscale a méconnu les dispositions de l'article 231 du code général des impôts, dès lors que les rémunérations de ses trois dirigeants, dont les missions n'ont pas de lien avec le secteur financier, ne peuvent être retenues pour la détermination de l'assiette de la taxe sur les salaires ;
- l'administration fiscale a méconnu les dispositions de l'article 231 du code général des impôts, dès lors que la rémunération de son responsable administratif et financier, dont les missions n'ont pas de lien avec le secteur financier, ne peut être retenue pour la détermination de l'assiette de la taxe sur les salaires ;
- la SAS Sabe, dont elle a depuis racheté les actions, a déjà fait l'objet d'une procédure de vérification de comptabilité en 2014 et à cette occasion, l'administration fiscale, après débat oral et contradictoire, avait décidé de ne pas notifier les rectifications initialement envisagées portant sur les rémunérations de ses dirigeants qui étaient les mêmes personnes que les personnes en cause dans le présent litige.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 novembre 2022 et 5 mars 2024, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SAS MLC ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sarraute,
- les conclusions de M. Luc, rapporteur public,
- et les observations de la SELARL DBGL, agissant par Me Boulet, représentant la SAS MLC.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) MLC est une holding mixte qui assure, d'une part, la gestion de ses participations, et d'autre part, une activité de prestations de services au bénéfice de ses filiales. Elle a fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'issue duquel, par une proposition de rectification du 5 novembre 2020, l'administration fiscale lui a notifié son intention de la soumettre à des cotisations supplémentaires de taxe sur les salaires au titre des années 2017 à 2019 ainsi qu'à des pénalités s'y rapportant. Après avoir, le 29 janvier 2021, rejeté les observations formées par la SAS MLC le 10 décembre 2020, puis, le 27 octobre 2021, rejeté son recours hiérarchique, l'administration fiscale, par un avis du 19 novembre 2021, a mis en recouvrement la somme totale de 53 608 euros au titre de ces impositions supplémentaires. Sa réclamation préalable formée le 18 janvier 2022 ayant été rejetée par une décision du 21 avril 2022, la SAS MLC demande au tribunal la décharge, en droits et pénalités, des impositions supplémentaires mises à sa charge au titre de la taxe sur les salaires pour les années 2017 à 2019.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
2. Aux termes du 1 de l'article 231 du code général des impôts, les employeurs doivent payer une taxe sur les salaires " lorsqu'ils ne sont pas assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée ou ne l'ont pas été sur 90 % au moins de leur chiffre d'affaires au titre de l'année civile précédant celle du paiement desdites rémunérations. L'assiette de la taxe due par ces personnes ou organismes est constituée par une partie des rémunérations versées, déterminée en appliquant à l'ensemble de ces rémunérations le rapport existant, au titre de cette même année, entre le chiffre d'affaires qui n'a pas été passible de la taxe sur la valeur ajoutée et le chiffre d'affaires total. () ".
3. Lorsque les activités d'une entreprise sont, pour l'exercice de ses droits à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), réparties en plusieurs secteurs distincts au sens de l'article 213 de l'annexe II au code général des impôts, la taxe sur les salaires doit être déterminée par secteur, en appliquant aux rémunérations des salariés affectés spécifiquement à chaque secteur le rapport d'assujettissement propre à ce secteur. Toutefois, la taxe sur les salaires des personnels concurremment affectés à plusieurs secteurs doit être établie en appliquant à leurs rémunérations le rapport existant pour l'entreprise dans son ensemble entre le chiffre d'affaires qui n'a pas été passible de la TVA et le chiffre d'affaires total. Les fonctions de directeur général d'une société anonyme ou d'une société par actions simplifiée confèrent à leurs titulaires, en vertu de l'article L. 225-56 du code de commerce, les pouvoirs les plus étendus dans la direction de la société et le président du conseil d'administration est investi, aux termes de l'article L. 225-51 du même code, d'une responsabilité générale. S'agissant d'une société holding, ces pouvoirs s'étendent en principe au secteur financier, même si le suivi des activités est sous-traité à des tiers ou confié à des salariés spécialement affectés à ce secteur et si le nombre des opérations relevant de ce secteur est très faible. Toutefois, s'il résulte des éléments produits par l'entreprise que certains de ses dirigeants n'ont pas d'attribution dans le secteur financier, notamment lorsque, compte tenu de l'organisation adoptée, l'un d'entre eux est dépourvu de tout contrôle et responsabilité en la matière, la rémunération de ce dirigeant doit être regardée comme relevant entièrement des secteurs passibles de la TVA et, par suite, comme placée hors du champ de la taxe sur les salaires.
4. Il est constant que la SAS MLC, société holding, a deux secteurs d'activité l'un, à caractère financier, relatif à la gestion de ses participations, et l'autre, à caractère administratif, ayant pour objet la réalisation de prestations de services destinées à ses filiales. Ainsi, elle est soumise au titre de ce second secteur à la taxe sur la valeur ajoutée pour moins de 90 % de son chiffre d'affaires et est, de ce fait, passible de la taxe sur les salaires.
5. En premier lieu, la SAS MLC fait valoir que son président et ses deux directeurs généraux exercent, dans le cadre de contrats de travail, pour le premier, des fonctions de directeur des opérations et, pour les deuxième et troisième, celles de directeur commercial et de directeur administratif et financier du groupe, l'activité financière étant externalisée auprès d'un cabinet d'avocat. Elle n'établit toutefois pas que ces trois personnes seraient privées de leurs pouvoirs sur le secteur financier, qu'ils tiennent des statuts de la société et de leurs mandats sociaux. Au surplus, la circonstance que le directeur administratif et financier ne consacre que très peu de son temps à l'activité financière de la société n'est pas de nature à remettre en cause le fait qu'il y participe. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a retenu dans le calcul de la base d'imposition de la taxe sur les salaires pour les années 2017 à 2019 les rémunérations perçues par ces trois personnes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 231 du code général des impôts du fait de l'absence de lien des missions exercées par le président et les deux directeurs généraux de la société avec le secteur financier de la société doit être écarté.
6. En second lieu, il résulte de l'instruction que Rémy Courtin exerce, selon son contrat de travail, les fonctions de comptable au sein de la SAS MLC, ainsi que, selon un courrier adressé par la société requérante à l'administration fiscale dans le cadre du débat oral et contradictoire, celles de responsable administratif. Or, tant l'activité de comptable, par définition, que celle de responsable administratif, dont la fiche de poste mentionne notamment, parmi ses missions, celle d'" assurer la bonne tenue de la comptabilité et le respect des obligations légales de l'entreprise ", se rapportent à l'activité financière de la société. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a retenu dans le calcul de la base d'imposition de la taxe sur les salaires pour les années 2017 à 2019 la rémunération perçue par Rémy Courtin. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 231 du code général des impôts du fait de l'absence de lien des mission exercées par Rémy Courtin avec le secteur financier de la société doit être écarté.
En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :
7. Aux termes de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : () / 10° Lorsque, dans le cadre d'un examen ou d'une vérification de comptabilité et sur demande écrite du contribuable présentée conformément au 1° du présent article, avant envoi de toute proposition de rectification, l'administration a formellement pris position sur un point qu'elle a examiné au cours du contrôle () ".
8. La SAS MLC ne peut utilement se prévaloir de ce que lors d'une précédente vérification de comptabilité réalisée en 2014, qui avait concerné la SAS Sabe, alors dirigée par les mêmes personnes que celles concernées par le présent litige, et dont elle a depuis racheté les parts sociales, l'administration fiscale, après le débat oral et contradictoire, avait finalement décidé de ne pas procéder aux rectifications initialement envisagées au titre de la taxe sur les salaires, la position alors adoptée par l'administration fiscale, qui au demeurant ne concernait pas la SAS MLC, ne pouvant en effet s'analyser comme une prise de position formelle sur l'appréciation d'une situation de fait.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la SAS MLC doivent être rejetées.
Sur les dépens :
10. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre sont sans objet. Par suite, elles ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par la SAS MLC au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS MLC est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS MLC et l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal Sud-Pyrénées.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.
La rapporteure,
N. SARRAUTELa présidente,
S. CHERRIER
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2301720
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2517965
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2209847
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2302791
01/07/2026